Dario FO, un drôle de théâtre

Faut pas payer ? Une pièce de Dario Fo toute aussi désopilante que grinçante écrite en 1974 et qui, pourtant, n’a pris aucune ride. Une pièce d’une actualité brûlante, dénonçant l’urgence sociale à l’heure où la France aujourd’hui, l’Italie hier, sombre dans l’urgence sécuritaire.

 

 

En une semaine, il peut s’en passer des choses ! C’est ce qu’affirme Antonia à son mari incrédule devant la grossesse subite de Margherita, sa voisine de quartier. Giovanni veut bien admettre ne rien comprendre aux femmes, mais tout de même : il l’a encore vue le dimanche précédent, “ normale ”, et aujourd’hui il la retrouve “ toute gonflée par devant, un ventre énorme ”… Et le brave homme ira de surprise en surprise en constatant les rondeurs inattendues de toutes les femmes du quartier, de la grand-mère à la jeune fille pubère !

darioQuel événement extraordinaire secoue ainsi l’Italie des années 70 pour que toutes les femmes se retrouvent miraculeusement enceintes ? Certes le pape interdit toujours l’usage de la pilule aux femmes, et Margherita se confesse fervente catholique. Il n’empêche, à défaut de conception miraculeuse, il faut bien admettre qu’il se trame des choses étranges sous les jupes des filles. En vérité, la péninsule est en train d’accoucher d’un monde où la misère et la faim tenaillent les couches populaires, où la flambée des prix engloutit les petits salaires des banlieues ouvrières. Salarié de la Fiat et intègre militant communiste, fidèle à la cause prolétarienne mais foncièrement opposé aux débordements des groupes d’extrême-gauche, Giovanni ne sait pas encore que sa femme ne règle plus les factures de loyer et d’électricité depuis belle lurette. Encore moins qu’elle s’est improvisée voleuse et receleuse devant la violence sociale qu’elle subit.

Prix Nobel de littérature en 1997 pour avoir, “ dans la tradition des bateleurs médiévaux, fustigé les pouvoirs et restauré la dignité des humiliés ”, Dario Fo écrit “ Faut pas payer ” en 1974, la seule œuvre de son répertoire intitulée “ farce ”. Pour dénoncer cette Italie des puissants qui plonge le peuple dans la crise, délocalisation – chômage – faim – expulsion, “ Non si paga !Non si paga ! ” use d’un énorme rire libérateur. dario1Le subterfuge est si gros que le spectateur n’y croit pas un instant et pourtant, il semble une réponse si appropriée à la révolte des femmes que personne ne doute de sa possible véracité. L’état de grossesse n’est-il pas synonyme de vie, d’un futur possible, d’espoir en l’avenir du monde ? À sa façon, Dario Fo appelle chacun d’entre nous “ à ne pas baisser la tête, à ne pas plier devant ce réel qu’il chauffe à blanc et pousse à bout, violence et vitalité vont ici de pair » dans ce tonitruant et hilarant brûlot théâtral. Une œuvre d’une brûlante actualité, qui réjouit autant les zygomatiques que les neurones du public.

Quand l’humour se marie avec autant d’intelligence à la contestation sociale, des “ années de plomb ” italiennes à la révolte des banlieues françaises, il est aisé de reconnaître une pièce mineure d’une œuvre à répertorier parmi les “ classiques ” du répertoire : actualité et modernité en balisent les fondements hors du temps. Sans vulgarité, de la jouissance sur les planches jusqu’à l’enfantement final d’un nouveau monde. Yonnel Liégeois

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Classé dans Rideau rouge, Sur le pavé

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