Jean Genet, un rebelle

Dans la nuit du 14 au 15 avril 1986, disparaissait Jean Genet. Un grand poète et dramaturge, défenseur des Noirs américains et du peuple palestinien, au parcours atypique : repris de justice et homosexuel. Un authentique rebelle à la plume flamboyante.

Description de cette image, également commentée ci-après

1966, théâtre de l’Odéon. Aux abords de ce lieu emblématique dirigé par Jean-Louis Barrault, veillent quelques cordons de gardes mobiles : l’émeute gronde, depuis que le metteur en scène Roger Blin a décidé de monter “ Les paravents ”, la pièce sulfureuse de Jean Genet… Les nostalgiques de la guerre d’Algérie n’ont pas encore désarmé, il faut toute la pugnacité de Malraux alors ministre de la Culture pour que l’œuvre soit maintenue à l’affiche !

Une provocation gratuite du “ Condamné à mort ”, selon le titre de ce premier et sublime poème écrit à l’automne 1942 alors qu’il est incarcéré à Fresnes ? Nullement, car l’homme, par tempérament autant que par conviction, est un rebelle né, un vagabond, un voyageur impénitent dont seuls les dieux de pierre grecs et les oliviers du Maroc parviennent à apaiser fougue et rage. Là où désormais repose son corps, dans le village marocain de Larache à quelques mètres de la petite maison achetée pour son dernier ami et compagnon Mohamed El Katrani. Face à la mer, en direction de La Mecque, le soleil au zénith…

Il meurt, loin de son soleil, dans un petit hôtel du 13ème arrondissement de Paris. mais tout près d’une autre célèbre prison, celle de la Santé. Très jeune, Genet a plus souvent connu la noirceur des cellules que la lumière du ciel. Orphelin et placé dans une famille d’accueil, il multiplie fugues et petits larcins. Il connaît sa première expérience carcérale à l’âge de quinze ans, avant d’être condamné à la détention jusqu’à sa majorité à la colonie pénitentiaire de Mettray, non loin de Tours. Désertion, vagabondage, vols : de 1937 à 1942, il est l’objet d’une douzaine d’inculpations. Détenu à Fresnes, il compose ses premières œuvres : Le condamné à mort, Notre-dame des fleurs, le miracle de la rose… Grâce à l’intervention de Jean Cocteau, il échappe à la relégation perpétuelle, il est libéré en 1944 puis définitivement grâcié en 1949.

C’est à Mettray qu’il fait une rencontre extraordinaire : celle du livre, de la langue et de la poésie de Ronsard ! Un phrasé, un verbe qui lui permettront de prendre sa revanche sur la vie, l’ordre établi. Qu’il écrive pour le théâtre ou le roman, Genet use d’une langue d’une éclatante beauté, “ il me fallait être irréprochable, je faisais tout pour que la phrase soit taillée comme un diamant ”, confessera-t-il plus tard. Il suffit de relire “ Le captif amoureux ”, “ Le bagne ”, “ Les bonnes ” ou “ Les nègres ” pour s’en convaincre. Lui, l’ami de Cocteau et de Sartre, sera aussi celui des Black Panthers et des Palestiniens. C’est au terme de sa vie qu’il écrit le plus important de ses textes politiques, “ Quatre heures à Chatila ”, après avoir assisté aux massacres des camps en 1982. Genet ? Un cri de rage au crépuscule d’un Occident qu’il estimait décati, un cri poétique à proférer avec tous les exclus de notre siècle. Yonnel Liégeois

Genet aujourd’hui

Les éditions EPM ont édité un superbe coffret, “ Jean Genet 1910-1986, un chant d’amour ”. Livre, DVD et deux CD nous offrent un authentique voyage dans l’œuvre cinématographique, poétique et théâtrale de Genet. Une rencontre au cœur de la création artistique, au plus près de ses combats politiques (39€).

Tous les ouvrages de Genet sont disponibles chez Gallimard, en poche (Folio) ou dans la collection La Pléiade.

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Classé dans Littérature, Rideau rouge

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