Yolande Moreau, une femme de géant

Bleu-vert, telle est la couleur des yeux de Yolande Moreau ! Comme la couleur de la moquette ou des papiers qu’elle projette d’installer dans la maison de “ Quand la mer monte ” ! Il est difficile de ne pas tomber sous le charme de la grande dame, tant elle respire la spontanéité. Prix Louis Delluc en 2004 pour son premier film, deux César en 2005, l’actrice est restée égale à elle-même : simple et naturelle.

 

 

 

“ Quand la mer monte ” ? Un film impressionniste, sensible et poétique, à l’image de la petite fille native de Bruxelles, nourrie de cette double culture familiale, flamande yolande1pour la maman et wallonne pour le papa… Une enfance dans un milieu quelque peu strict, une éducation pour le moins “ dirigée ” dans un pensionnat religieux, une adolescence rebelle et “ assez tumultueuse ”, autant de facteurs qui vont façonner l’imaginaire de la gamine. “ Mon rêve, à l’époque ? Sortir avec des garçons mais comme j’étais assez tenue à la maison, j’ai passé beaucoup de mon temps à lire de la poésie et faire de la peinture. Autant de choses que je retrouverai plus tard ”. Suivront ensuite les cours de théâtre à l’Académie, puis le théâtre expérimental dans les années 70… “ En 68, moi -aussi je me prenais pour une rebelle contre la société de consommation, c’est plus tard que l’on relativise ”.

Deux naissances, une fille et un garçon, des petits boulots pour vivre puis à nouveau le théâtre, pour enfants… “ Plusieurs années, j’ai travaillé au Théâtre de la Ville à Bruxelles où ma sœur aînée exerçait déjà son métier de comédienne. Déjà là, je n’avais pas les rôles de princesse, plutôt un emploi de comique ”. Elle y fait des yolanderencontres extraordinaires, celle de Zouc et du clown tchèque Bolleck. Yolande Moreau le reconnaît, elle est le fruit d’un parcours atypique, nourrie au “ Lagarde –Michard ”, ce manuel scolaire de littérature qui rythmait aussi les cours des lycéens belges. Chez elle, pas de référence spontanée aux grands auteurs du répertoire, le théâtre de l’époque elle le trouve même plutôt “ poussiéreux ” … Le grand saut, sur les traces aussi célèbres que Brel le grand Jacques, il se produit dans les années 80. À son arrivée à Paris… “ Je m’inscris au cours de Philippe Gaulier, un ancien de l’école Lecoq… J’adore ce mec, j’adore ses cours et ce que j’entrevois alors du théâtre : la comedia dell’arte, le masque… Je découvre une autre liberté de parole, l’écriture. Je me mets à écrire, à arpenter les rues et fréquenter les bistrots avec mon costume et mon masque. C’est ainsi que naît en 1982 “ Une sale affaire, du sexe et du crime ” : avec un culot monstrueux, en faisant confiance à des touts petits riens, je capte l’attention du public. C’est comme avec vous en ce moment, j’aime bien passer ainsi du coq à l’âne, du théâtre au cinéma, tricoter la vie en y mettant cette indispensable petite part de rêve ”.

Le film “ Quand la mer monte ” est à l’image de ce tricotage dont raffole la belle Yolande. “ Dries porte un géant sur ses épaules, moi le masque sur ma figure… Lui règle ses comptes dans la vie, moi j’en règle d’autre sur scène. Deux univers qui yolande2n’auraient jamais dû se rencontrer… Avec le film et le spectacle qui a suivi, j’ai fait en quelque sorte mon “ deux en un ”, comme le shampoing ! ”. Comme pour le shampoing, la comédienne aime bien ce qui “ mousse ” entre les mots, toujours en réserve de ce qui relève du bavardage, elle préfère un “ cinéma d’images ”.

Avec son compère Gilles Porte, elle avait le pressentiment d’avoir fait un bon film, mais elle ne s’attendait pas à un tel succès ! Consciente d’appartenir à une famille artistique, celles des Deschiens en particulier, mais refusant de se laisser étiqueter, fière d’être Belge et de ses racines, amoureuse de cette région du Nord qui lui est familière mais n’envisageant toujours pas de prendre la nationalité française ! “ J’aime cette région au passé ouvrier où se niche un vrai sens des autres, celui de la fête et du bistrot. Le café n’est pas un endroit glauque, c’est un lieu où souvent on refait le monde ”. Yonnel Liégeois

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Classé dans Cinéma, Rideau rouge

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