Frésil, des bêtes et des hommes

Avec « Entrée du personnel », Manuela Frésil donne à voir et à entendre le travail dans les abattoirs. Avec beaucoup d’intelligence et un dispositif qui respecte autant la parole des salariés que leur nécessaire anonymat dans un secteur où la répression est féroce. Un film fort et percutant.

 

« A l’origine de ce projet, il y a l’expérience sidérante de la visite d’un abattoir industriel, le plus grand de Bretagne. Je voulais voir l’outil, les procédures par lesquelles l’industrie agro-alimentaire qui nous nourrit, transforme les bêtes en viande. Le choc a été rude », confesse Manuela Frésil. clip_image001Après une introduction en douceur, bercé par le ballet des camions chargeant et déchargeant dans la brume du petit matin, le spectateur sera lui aussi saisi par ces images d’apocalypse. Et puis, petit à petit, son regard se pose sur les femmes et les hommes, les gestes du travail, son oreille accepte d’entendre les récits des salariés. Tout y est : leurs rêves et bonheurs, leurs difficultés, la pénibilité et la maladie, leur attachement au travail et à la vie avec les collègues, leur volonté de ne pas s’avouer vaincu.

 « Au-delà du vertige que produit le lieu de l’abattoir, l’enjeu central de ce film, est bien la question du travail », commente la réalisatrice.  » Pour en rendre compte il faut mettre en rapport la chaîne, ce qu’on en voit, ce qu’on peut en filmer, avec cette parole des ouvriers. Le film se construit autour de ces deux pôles. D’un côté la rationalité et la modernité de l’usine à viande, le trouble produit par ce mode de transformation du vivant en matière inerte et consommable ; et de l’autre, le récit par les ouvriers de ce travail qui les détruit ». De l’intention à la réalisation, tout fonctionne !

« Pour pouvoir leur parler, j’ai proposé une réunion dans le local du syndicat. j’avais en tête mes questions de morale, ils m’ont répondu en me racontant leur vie au travail », témoigne Manuela Frésil. « Ils m’ont raconté comment le geste de tuer, dépecer, couper, désosser, répété et répété, use leur propre corps. J’étais particulièrement frappée et émue quand ils m’expliquaient les gestes qu’ils faisaient sur la chaîne de découpe… A chaque fois, j’ai été touchée par la précision des mots, des phrases, des expressions que les gens employaient ».

« Entrée du personnel » donne à voir le quotidien de vies de labeur, les gestes du travail. Pas de commentaires sur cette réalité, ils ne sont pas nécessaires. Les mots et les images parlent d’eux-mêmes, ils nous percutent, nous interrogent sur les moyens de reprendre la main sur les organisations du travail. Des mots puissants et des images fortes qui nous invitent à écrire un second épisode où le travailleur, comme le consommateur, y retrouverait son compte. À voir, absolument. Serge Le Glaunec

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Classé dans Cinéma, Sur le pavé

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