Guyot, le châtelain de Guédelon

Châtelain de Saint-Fargeau en Puisaye, créateur du site médiéval de Guédelon, Michel Guyot n’est pourtant point duc de Bourgogne. Juste un homme au blason plutôt désargenté, passionné de chevaux et de vieilles pierres, surtout un étonnant bâtisseur de rêves qui construit des châteaux pour de vrai.

 

 

106En cet après-midi printanier, les portes du château s’ouvrent aux visiteurs. Quittant le banc installé en la somptueuse cour de Saint-Fargeau, l’homme se lève subitement pour sonner la cloche. Une vraie, une authentique pour rassembler la foule sous l’aimable autorité de la guide du moment… Le groupe de touristes s’en va remonter le temps, plus de 1000 ans d’histoire, dans des salles magnifiquement rénovées sous les vigilantes auspices des Monuments Historiques. Le “ patron ” des lieux les suit d’un regard attendri, Michel Guyot est ainsi, seigneur en sa demeure : sonneur de cloches, collectionneur de vieilles locomotives à vapeur, metteur en scène de spectacles son et lumière, “ murmureur ” à l’oreille de ses chevaux, veilleur éclairé devant un tas de vielles pierres… À plus de soixante piges, il garde ce visage de gamin toujours émerveillé d’avoir osé et pu donner corps à ses rêves. Les pieds bien en terre, les yeux toujours fixés sur la ligne d’horizon. Du haut de son donjon, bien réel ou imaginaire…

Né à Bourges en 1947, Michel Guyot n’est pas peu fier de sa famille. Une lignée implantée dans le Berry depuis sept générations, un papa formé à la prestigieuse École Boulle, spécialisé dans la vente de meubles et la décoration. Un père et une mère bien accrochés à leur terre natale, qui transmettent aux six enfants le goût et l’amour du terroir, le goût et l’amour des chevaux à Michel et son frère Jacques. Dès cette date, l’achat d’une jument de concours aux seize ans du Michel, ces deux-là ne se quitteront plus et batifoleront de concert dans tous leurs projets et aventures, aboutis ou inachevés… Après cinq ans d’études aux Beaux-Arts de Bourges, le “ Don Quichotte ” du Berry organise d’abord des stages d’équitation dans les prestigieuses écuries du château de Valençay, encore plus obnubilé par sa passion : pas celle des moulins à vent !

En 1979, c’est le coup de foudre : Jacques et lui découvrent le château de Saint-Fargeau, décor d’une série télévisée. À la recherche déjà d’une “ ruine ” depuis de longs mois, ils n’hésitent pas : ce sera celle-là, pas une autre ! “ On n’avait pas un sou, on était jeunes, ce ne fut pas facile de convaincre les banquiers à nous consentir les prêts indispensables. Notre seule ligne de crédit ? Nos convictions, notre passion communicative, nos projets fous mais pas éthérés ”. Et les deux frangins réussissent l’impossible : pour un million de francs, les voilà propriétaires d’un château vide et délabré avec deux hectares de toitures à restaurer, pas vraiment une sinécure ni une vie de prince héritier ! Trois décennies plus tard, le visiteur succombe d’émerveillement devant la splendeur de ce bijou architectural, ce mastodonte aussi finement ciselé et rénové : le château et son parc, la ferme et ses dépendances.

Chez les Guyot, n’allez pas croire qu’un rêve chasse l’autre, Freud ne les démentira pas, il nourrit surtout le suivant encore plus fou, plus démesuré, plus insensé : pas seulement poursuivre leur quête de châteaux à sauver et rénover, en construire un vrai de vrai, quelque chose de beau et de fort, un château fort, donc, pour l’amoureux de l’histoire médiévale.

1275513054_Vue panoramique 1C’est ainsi que Guédelon voit le jour !    Un chantier ouvert en 1997, où se construit un authentique château fort comme au temps du roi Philippe Auguste, dans le respect des techniques du XIIIème siècle, un chantier du bâtiment au silence impressionnant puisque seuls se font entendre le chant des oiseaux, le hennissement des chevaux, les coups de ciseau sur la pierre… Une leçon d’histoire à ciel ouvert pour tous les petits écoliers, puisque ce sont les parchemins d’antan qui livrent les process de fabrication, puisque rien n’est entrepris qui ne soit certifié par les chercheurs et universitaires qui composent le comité scientifique… Fort du travail de la cinquantaine de compagnons et tailleurs de pierre à l’œuvre chaque jour, en l’an de grâce 2021 le château de Guédelon devrait enfin imposer sa grâce et sa majesté en Puisaye. Le vœu de Michel Guyot, à l’intention de chacun ? “ Comme moi, oser aller au bout de ses rêves, qu’ils soient petits ou grands ”. Vivre ses passions, au risque de l’échec, tenter au moins pour ne pas nourrir de regrets. Yonnel Liégeois

“ J’ai rêvé d’un château ”, par Michel Guyot (Éd. JC Lattès, 213 p., 17€50).

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