Le Théâtre 13 tire le bon numéro !

Ils sont de retour, les saltimbanques envahissent la capitale ! Le Théâtre 13 plus précisément, du 7 janvier jusqu’au 16 février… Durant six semaines, L’Agence de voyages imaginaires revisite trois chefs d’œuvre du répertoire : « Le bourgeois gentilhomme » de Molière, « Antigone » de Sophocle et « Le Cid » de Corneille. Trois moments d’exception.

Car

 

Deux accordéonistes grimés de blanc et à fausses moustaches au devant du plateau, une douce voix qui s’élève des fauteuils tandis que le public s’installe dans la salle… Les yeux cherchent, les têtes tournent : installé au milieu des spectateurs un insolite nez rouge poursuit sa mélopée et appelle chacun à « être vigilant, résister, se tenir debout » ! Noir de scène, étrangeté de la représentation : trois clowns pour interpréter Antigone, la tragédie antique de Sophocle, trois femmes pour assumer l’ensemble des personnages convoqués sur le plateau ! D’emblée, le public est conquis, une nouvelle fois la magie du théâtre opère grâce au talent des interprètes de l’« Agence de voyages imaginaires », la compagnie marseillaise dirigée par l’excentrique Philippe Car.

Antigone, Photo Elian Bachini

Antigone, Photo Elian Bachini

L’originalité de ce trublion et empêcheur de jouer en rond, encouragé par toute sa bande à l’imagination aussi délirante ? Revisiter les grands textes du répertoire, les donner à voir et à entendre de manière décalée et différente sans ne rien enlever pour autant à la poésie, au comique ou au tragique du texte originel. Paradoxe, c’est donc avec humour et fantaisie que chacun est pris par la main, invité à s’engager « Sur le chemin d’Antigone » selon le titre exact du spectacle, pour revivre la résistance de l’héroïne au pouvoir hégémonique de son oncle Créon. Jusqu’à sa mort en fidélité à ses convictions, ses valeurs… C’est beau, c’est fort, on rit et l’on pleure ! L’imagination prend le pouvoir d’une scène à l’autre, de trois bouts de ficelle un superbe décor est planté. Lorsqu’une géante marionnette vêtue rouge sang tente d’imposer la loi du tyran, le petit point rouge de la tête du clown lui fait comme un pied de nez au sens fort du terme. Une authentique merveille servie par trois fantastiques comédiennes (Valérie Bournet, Lucie Botiveau, Marie Favereau).

El Cid, Photo Elian Bachini

El Cid, Photo Elian Bachini

Le principe de création, pour les « abonnés » de l’Agence ? Partir plusieurs semaines durant, avec roulottes et casseroles, sur des lieux autres pour nourrir l’imaginaire de chacun : le Burkina Faso pour Antigone, L’Espagne et le Maroc pour le Cid, le Japon pour le Bourgeois… Et de s’immerger alors dans le cadre local, créer le spectacle sous le regard des autochtones invités à assister au processus de création, à partager les doutes et les errements des comédiens et comédiennes à la découverte de leur personnage ! Un authentique laboratoire de création théâtrale à ciel ouvert où sont proposés stages, ateliers et rencontres aux passants, aux curieux, aux étudiants mais aussi aux artistes professionnels , musiciens – comédiens – plasticiens : des moments magiques qui nourrissent le travail artistique de la compagnie.

Le bourgeois, Photo Elian Bachini

Le bourgeois, Photo Elian Bachini

Ainsi virent le jour, après trois mois d’itinérance en terre étrangère, les « Chimène » et « Rodrigue » de Méditerranée qui investissent aujourd’hui Paris. Une mise en scène détonante et décoiffante du chef d’œuvre cornélien qui mêle tous les arts sans dénaturer l’original : du théâtre populaire dans le meilleur sens du terme. Entre rire et émotion, dans un décor d’opérette ou de Foire du trône à l’accent du Sud, l’humour et l’amour sur fond de vengeance clanique se font la guerre à l’heure où les héros ont perdu de leur stature noble et chevalière. Une représentation qui fait exploser les codes de l’académisme, comme Corneille à son époque qui se libère des règles théâtrales en usage, une authentique « re-création » d’une pièce immortelle où l’esprit de tréteau fait vaciller les planches pour le plus grand bonheur du spectateur. Un « Cid » voyageur, nouvel Ulysse sur les berges de Méditerranée, un spectacle qui nourrit l’imaginaire des petits comme des grands. Et pour rire encore et toujours, s’interroger aussi sur les futilités et vaines prétentions humaines d’hier à aujourd’hui, « Le bourgeois gentilhomme » s’invite aussi à la fête ! Devenu pour l’occasion un spectacle pour « pantins, marionnettes, robot et acteurs »…

Une fête totale, car l’Agence de Voyages Imaginaires ne se contente pas de déchirer votre billet à l’entrée du spectacle ! Expos et vidéos des pérégrinations de la bande attendent le spectateur dès son arrivée. Pour finir la soirée en chansons et musique, autour d’un verre, avec les artistes de la troupe. Trois spectacles, mais au moins treize bonnes raisons pour se rendre au théâtre du même nom : vous avez tiré le bon numéro ! Yonnel Liégeois

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Rideau rouge

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s