Les femmes de Bussang

Du 13 juillet au 25 août, la Belgique ne sera pas seule à l’affiche du Théâtre du Peuple de Bussang ! Il y aura aussi la figure de la femme. Avec « La jeune fille folle de son âme », la pièce de Fernand Crommelynck et Darina Al-Joundi, la comédienne franco-libanaise qui est l’invitée de la confédération  syndicale CGT à sa traditionnelle rencontre-débat.

 

 

 

theatre-de-faceSi randonneurs et autochtones savent de longue date où dénicher l’ancienne borne près de Bussang qui délimitait au siècle dernier le territoire entre Allemagne et France, il leur faudra cette fois fixer le regard sur d’autres horizons. Du côté de la Belgique, plus précisément, une terre qui a vu naître au fil des décennies de grands serviteurs de la langue française, tant poètes que romanciers ou hommes de théâtre… Pour cette 118ème édition de la scène vosgienne, Vincent Goethals, le directeur du lieu, a confié en effet les clefs du Théâtre du Peuple à deux trublions wallons, Michel Delaunoy et Stanislas Cotton

Le premier nommé, directeur artistique du Rideau de Bruxelles et professeur au Conservatoire royal de Mons, assure la mise en scène de « La jeune fille folle de son âme », une pièce de l’auteur belge disparu en 1970, Fernand Crommelynck. L’histoire d’une longue nuit de noces qui se termine par un étrange bal masqué, un jeu dangereux pour de jeunes époux ne sachant plus vraiment qui est qui… « Une langue d’une inventivité poétique étourdissante, faisant le grand écart entre raffinement et truculence », précise le metteur en scène, « une pièce étrange et fascinante où seul un belge pouvait ainsi malmener la langue de Molière pour en extraire une sève si enivrante »… Une ivresse qui transforme la noce endiablée en un bal tragique. Avec cette question qui surgit : la femme doit-elle être en permanence offerte en sacrifice sur l’autel du désir des hommes, jugée coupable et responsable des pulsions sexuelles des uns et des autres ?

Au terme de la représentation du 20 juillet, en fin d’après-midi, il ne fait aucun doute qu’une autre femme, imagesDarina Al-Joundi, aura quelques éléments de réponse au coin des lèvres ! La grande comédienne libanaise, nouvellement naturalisée française, est en effet l’invitée de la CGT, le « Grand témoin » à la traditionnelle rencontre initiée conjointement par le comité régional et l’Union Départementale des Vosges, en partenariat avec la commission « Politique culturelle » de la confédération. Dans son premier spectacle, « Le jour où Nina Simone a cessé de chanter », elle avait dévoilé avec émotion, force et poésie, le combat que, femme, elle avait du mener pour rester libre dans un Liban traumatisé par la guerre et la montée du rigorisme religieux. Noun, son héroïne, et Darina ? Une même figure de femme qui veut demeurer libre de chanter ce qu’elle veut et d’aimer qui elle veut, libre d’assumer et de vivre ses choix quels qu’ils soient, fugaces ou durables, intimes ou publics ! Las, pour la rebelle qui veut rester debout, pour la femme qui s’obstine à prendre son avenir en main, un seul horizon possible : la fuite et, après moult pérégrinations, l’exil en France où elle dépose son dossier de naturalisation. Une autre galère, un autre parcours de la combattante narrant dans son second spectacle, « Ma Marseillaise », les travers d’une République exigeant beaucoup de ces enfants orphelins de leur pays. Comme elle l’aime pourtant la France, la gamine de Beyrouth, sa langue, sa terre d’accueil, ce pays renommé des droits de l’homme et de la laïcité… A débattre et dialoguer avec Darina Al-Joundi, les spectateurs en seront vite convaincus, avec cette nouvelle « enfant de la patrie », c’est vraiment tout bonheur que de fredonner l’hymne national en sa compagnie !

 Rire, émotion et contestation sociale seront encore au rendez-vous, chaque soir du mois d’août ! Sous la houlette cette fois de Vincent Goethals qui met en scène les textes et chansons de l’auteur de théâtre et romancier belge Stanislas Cotton. Un singulier cabaret, « Et si nos pas nous portent…« , durant lequel quatre comédiens décryptent et chantent le monde tel qu’il va et ne va pas, dévoilent « ses heurs, ses malheurs, ses anomalies, ses injustices. Et le metteur en scène de préciser : « Cotton ? Une écriture rythmique, charnelle, physique… Nous sommes dans une poésie qui ne s’épargne pas d’être politique, sociale, à l’écoute des bruits du monde, au plus près de la condition humaine ».

Décidément, Bussang et son Théâtre du Peuple, fondé la même année que la CGT, n’en finissent pas de faire leur révolution des planches ! Loïc Maxime

 

Du 13/07 au 25/08 : « La jeune fille folle de son âme » à 15H, « Et si nos pas nous portent… » à 20H30. Théâtre du Peuple, 40 rue du Théâtre, 88540 Bussang (Tél. : 03.29.61.50.48). Le 20/07 à 15H : représentation et débat CGT. UD CGT des Vosges, 4 rue Aristide Briand, 88000 Epinal (Tél. :  03.29.82.58.81. Courriel : udcgt.vosges@orange.fr ).

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3 Commentaires

Classé dans Festivals, Rideau rouge

3 réponses à “Les femmes de Bussang

  1. Févotte

    Pottecher, réveille-toi, les bobos te volent ton Théâtre !
    Si les choix de pièces et de mise en scène se confirment l’an prochain, il me semble que nous sommes à la croisée des chemins où le Théâtre change de public…
    Ces deux pièces n’ont rien de populaire et sont ennuyeuses pour ceux qui viennent simplement se changer les idées et prendre du plaisir tout en appréciant des textes exigeants…
    Je pense même qu’une telle évolution remet en cause le partenariat avec la CGT.
    Malheureusement – pour le Théâtre – cette réflexion est partagée par beaucoup de camarades…
    Notre ambition de faire venir des salariés via leur Comité d’Entreprise en est contrariée : la programmation 2013 risque de faire fuir ceux qui n’ont pas l’habitude de venir au théâtre !
    Le seul point positif pour les deux pièces, c’est le jeu des acteurs.
    Mais, la CGT doit se poser la question de sa présence à Bussang : affichage politique pour un coup de « com » ou construction patient d’un travail pour s’inscrire dans le théâtre populaire et le diffuser auprès de publics dont ce n’est pas la pratique. D’ailleurs, n’est-ce pas un échec que de constater que nous réussissons à y faire venir plusieurs centaines de personnes pour une séance… mais qu’il n’y a aucun salarié, ni même militant de la vallée de Bussang….
    Pascal Févotte.

    • Cher Pascal,
      Merci, d’abord, pour votre commentaire ! Il est une preuve que « Chantiers de culture » ne laisse pas ses lecteurs indifférents. Encore plus pour des hommes et des femmes, comme vous, qui se veulent proches et solidaires de la thématique, travail et culture, qu’il tente d’illustrer…
      Vos propos sur Bussang me semblent cependant bien sévères et catégoriques, même si je dois le reconnaître : au sortir de la représentation, j’ai entendu divers propos de spectateurs qui rejoignaient vos remarques et appréciations ! Lorsque l’on regarde cependant la majorité du public qui se rend chaque été à Bussang, et cette année encore, je ne crois pas toutefois que l’on puisse parler d’une invasion des « bobos »… C’est la grande richesse du théâtre justement, quel qu’il soit, de permettre à divers publics de se rassembler au coeur de leurs différences pour partager découvertes et émotions. La grande force du Théâtre du Peuple, son originalité ? Se vouloir un théâtre populaire, il doit le demeurer et il perdrait sa mission de « service public », comme le disait si joliment Vilar, s’il se révèle dans les années à venir incapable de conserver et rejoindre hommes et femmes, militants et syndiqués, dont vous vous faîtes un emblématique porte-parole. Sur ce point, je ne puis que vous donnez raison.
      Bien à vous, mes amitiés.
      Yonnel Liegeois

      • Cher Pascal Févotte,
        Dans ma réponse, et dans la précipitation, j’ai oublié de vous transmettre les références d’un papier qui rejoint, en des termes différents bien sûr, quelques-unes de vos préoccupations sur l’avenir de Bussang. Un article que ma consoeur du Figaro, la chère Armelle, a publié sur son blog. Je me permets donc de vous en proposer le lien :
        http://blog.lefigaro.fr/cgi-bin/mt/mt-ftsearch.fcgi?search=bussang&IncludeBlogs=13&limit=20
        Je vous en cite un petit extrait : « L’équipe de direction du Théâtre du Peuple de Bussang doit faire attention. Il y a ici une très délicate alchimie et l’on doit compter avec les sensibilités du public sans le heurter inutilement… une certaine partie du public potentiel rêve de ferveur partagée, rêve de classiques plus connus et surtout d’oeuvres plus exaltantes…il y a à Bussang une réconciliation à opérer avec les « anciens », des hommes et des femmes ouverts et heureux d’être étonnés… ».
        Voilà, cher ami, de quoi nourrir le débat, surtout la réflexion !
        Yonnel Liegeois

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