Le cinéaste Marc Picavez prend le large

Au LiFE – Saint-Nazaire, « alvéole 14 » de la base des sous-marins, le réalisateur Marc Picavez met en images et en espace la réalité du travail des hommes de la mer. Jetez l’ancre au « Seamen’s club », une étonnante exposition !

Marc Picavez-DR

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Dès l’abord, le cinéaste Marc Picavez nous donne à voir et à ressentir, il nous embarque vers un monde inconnu. D’un espace l’autre, à chaque fois un dispositif différent… Qu’il serait malvenu de trop décrire, enlevant ainsi au visiteur le piment de la surprise, gâchant son plaisir de naviguer entre étonnement et dépaysement : au « Seamen’s club », le cinéma se fait proximité, intimité, si réelles qu’on en éprouve parfois le mal de mer ! Pourtant, nos pieds restent fermement arrimés à la masse de béton de la base sous-marine, cet édifice que construisirent ici les Allemands lors de la dernière guerre pour protéger leurs sous-marins, et leurs équipages, des bombes alliées. Nous ressentons la mer, nous éprouvons l’isolement. Mais aussi l’attraction des grands espaces, la fraternité de communautés de vie…

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Au LiFE – Saint-Nazaire, le visiteur est accueilli par les « sirènes » : des portraits de femmes de marins projetés sur grand écran, communiquant par Skipe avec leur mari… Une musique étrange, semblant venir des profondeurs marines, renforce encore ce sentiment d’immersion dans un autre monde. Une déambulation, à la fois libre et naturelle, nous fait découvrir les réalités de la pleine mer, celles de l’escale, de la vie des « seamen’s club » : des foyers implantés dans les ports pour accueillir les marins à terre. Dans chacun d’eux, des bénévoles se mobilisent pour leur offrir l’accès à internet, un peu de chaleur humaine, de menus services qui rendent la vie plus simple et légère.

Comment ne pas se laisser émouvoir par ce jeune marin qui nous présente sa femme sur l’écran de l’ordinateur, nous précisant qu’il s’est marié il y a six mois ? Il trouve les mots justes pour dire avec pudeur combien elle lui manque… Ou cet autre montrant un bébé toujours à l’écran de l’ordinateur, expliquant qu’il s’agit de son fils, né depuis son départ, et qu’il lui tarde de le prendre dans ses bras… Dure réalité et en même temps merveille de la technologie qui offre aujourd’hui aux aventuriers du grand large une possibilité de communication avec leurs proches, une opportunité inaccessible aux générations précédentes de marins !

Tout cela semble si beau, si généreux, si irréel ! Mais ce n’est pas un rêve : au sol, comme pour baliser ce voyage inattendu, des

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vignettes nous donnent accès à quelques chiffres sur le commerce maritime. Des repères nécessaires pour mesurer une réalité si méconnue et aller d’étonnement en étonnement ! Non pas une avalanche de chiffres, justes quelques « balises » significatives, choisies avec l’intelligence du pédagogue qui caractérise Paul Tourret, le directeur de l’Institut Supérieur d’Economie Maritime Nantes – Saint-Nazaire (ISEMAR). Marc Picavez a choisi de porter son regard sur cette réalité au cours d’une résidence d’artiste dans quatre comités d’entreprises, à l’initiative du Centre de Culture Populaire (C.C.P.) de Saint-Nazaire. Habitué de ces immersions insolites, le C.C.P. les invite à chaque fois à faire œuvre double : une création collective avec les salariés, un projet personnel de création.

Le travail de Marc Picavez a déjà donné naissance à un court métrage, « Le monde est derrière nous » (Coup de cœur du jury – Festival Point Doc 2013, Grand prix du jury – Festival de Lanton 2013), qui fut notamment présenté à « Filmer le travail », le remarquable festival de Poitiers. Son film a conquis les services culturels de la Ville de Saint-Nazaire, lui offrant en retour les moyens de cette magnifique mise en espace de ses images.

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Le 20 juin, après avoir visité l’exposition, la Confédération générale du travail (CGT) organisait une rencontre sur le thème « La marine marchande, laboratoire de la mondialisation ». Une initiative qui mit en avant une réalité humaine et économique peu connue, souleva les questions qu’elle engendre pour le mouvement syndical et le droit du travail, posa les perspectives d’intervention du mouvement social pour peu qu’il soit capable d’anticipation… Ce double mouvement lors d’un temps fort que représente une exposition, création artistique et intervention sociale, apporte la preuve que le monde du travail est en capacité de partager ses réalités, ses doutes et ses espoirs pour peu qu’il s’en donne les moyens… L’accueil de l’artiste au cœur de l’entreprise initié par le Centre de Culture Populaire, la rencontre atypique entre des marins et un réalisateur de cinéma soutenue sur le long cours par Sandrine Floc’h furent les éléments déclencheurs et fédérateurs. Nathalie Poux, la commissaire de l’exposition, a remarquablement oeuvré en tandem avec Philippe Comte, qui signe là une superbe scénographie.

Pour redécouvrir que le beau et le sensible ne sont pas nécessairement évasion hors des réalités de la vie et du travail, l’exposition « Seamen’s Club » vous invite à prendre le large à Saint-Nazaire. Cet été, bronzez intelligent sur la plage, embarquez à la base des sous-marins ! Serge Le Glaunec

L’exposition Seamen’s Club : jusqu’au 08/9/13 au LiFE base des sous-marins, alvéole 14, boulevard de la Légion d’Honneur, St Nazaire (44). Ouverture du mardi au dimanche, de 11h00 à 19h00. Entrée libre et gratuite.

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