Charleville, l’Olympe des pantins

Du 20 au 29 septembre, au cœur des Ardennes, Charleville-Mézières fête la 17ème édition de son Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes qui rassemble durant plus d’une semaine le gotha international des troupes à fil ou à gaine. Un événement incontournable pour tous les amoureux d’un art vivant fait de bric et de broc, de bois ou de chiffons.

 

ChristianIl ne manque pas d’humour, cet original « homme des forêts », unique ordonnateur d’un spectacle emblématique qu’il interprète de longue date dans son castelet fait de feuilles et de branches… « Pour une compagnie comme la mienne qui refuse les subventions pour sauvegarder indépendance et autonomie, il est plus facile d’embaucher des marionnettes que des comédiens ! », clame ainsi Christian Ribiere en son Théâtre Burle. Qui sillonne villes et campagnes de France, « de la fête de village aux planches des scènes nationales », avec les quatre spectacles inscrits à son répertoire…

De fil en aiguille, le trublion à l’esprit révolté commence dès l’âge de vingt ans à monter ses propres spectacles et à découvrir l’univers du « Jeune public ». Et de s’essayer déjà à la manipulation d’objets ! Un art, un exercice pas évident, « il m’a bien fallu dix ans d’apprentissage pour passer sur scène de l’objet utilitaire à l’objet artistique », confesse Christian. Qui fonde en 1998 le Théâtre Burle en Lorraine et privilégie désormais le jeu de marionnettes à tout autre genre théâtral, en raison surtout de la grande liberté de création qu’il autorise, de l’originalité des formes permises à l’image du théâtre de rue… Et l’artiste de s’éclater à voir l’émerveillement dans les yeux des enfants comme de leurs parents et la presse unanime de saluer la performance du comédien dans ses « Petites histoires de la forêt », l’hebdomadaire Télérama n’hésitant pas à le présenter comme « l’un des artistes les plus singuliers de sa génération, n’en déplaise à sa modestie » : à hauteur d’enfant, la découverte de la nature et de notre environnement dans un théâtre de verdure construit de tressage de bois, vannerie et végétaux…

C4Pour Christian Ribiere, en tout cas, le doute n’est point de mise : Charleville est bien la « Mecque » de la marionnette ! Créé en 1961 par Jacques Félix, le fondateur de la compagnie des Petits Comédiens de Chiffons, le festival s’impose aujourd’hui sur la scène internationale comme le rendez-vous incontournable du pantin de bois, de chiffon ou de papier ! Qui rassemble cette année plus d’une centaine de projets d’artistes des cinq continents, en provenance de vingt-sept pays aux cultures et aux pratiques très différentes, qui réunit les plus grands noms du genre avec en particulier le français Philippe Genty et l’américain Bread and Puppet Thater, qui offre carte blanche à deux invités, Bérangère Vantusso la lorraine avec sa compagnie « Trois Six-Trente » et le belge Stéphane Georis en « Polichineur de tiroirs »… Pour la directrice Anne-François Cabanis, « outre le travail artistique développé tout au long de l’année sur le territoire, surtout auprès des publics les plus éloignés de la culture, tout ne va pas sans inquiétude avec la baisse des subventions ». Qu’en sera-t-il demain ? « Si nous voulons garder un Festival à la réputation reconnue dans le monde entier, il faut s’en donner les moyens ! ». Sa grande fierté, cependant, réaffirmée lors du cinquantenaire de la manifestation en 2011 ? Un fort enracinement du Festival dans l’esprit des Carolomacériens, voire de tous les citoyens des Ardennes, petits et grands… Au pays de Rimbaud, l’imaginaire poétique et artistique demeure vivace, même s’il importe encore de faire rentrer la marionnette à l’école toujours plus et mieux. Il n’empêche, le réseau des maisons de quartier et de la culture joue son rôle à plein sous la houlette de la MJC Gambetta en charge de l’organisation du Off. Christian Ribière a participé aux éditions précédentes, tant dans le In que dans le Off… « Vraiment c’est à Charleville que l’on voit ce qui se fait de mieux au monde, pour les compagnies c’est un passage obligé à la rencontre des programmateurs ! Avec les risques liés au système pervers de l’intermittence, la dure réalité de la précarité théâtrale ». Syndiqué au SFA, le Syndicat Français des Artistes Interprètes, Christian a découvert la CGT il y a quelques vingt ans. A l’occasion d’un dossier aux Prud’hommes à défendre, une cause perdue aux dires de chacun mais gagnée haut la main ! Depuis ce jour, il se bat au quotidien pour défendre les droits et le statut des comédiens.

C2Pour l’édition 2013 du Festival Mondial des Théâtres de Marionnettes, il assume une nouvelle fonction : la direction artistique de la programmation à… la Bourse du Travail, une tâche qui lui a été confiée par la CGT des Ardennes impliquée dans l’événement depuis 2009… Un coup d’essai devenu coup de maître : 3000 spectateurs au spectacle offert à la Bourse lors de cette première participation, quinze adhésions au syndicat en lien direct avec la manifestation ! « Dans un département en pleine galère, quand des boîtes ferment, ce n’est pas évident d’investir ainsi dans la culture et d’inviter syndiqués et salariés à découvrir autre chose que Disneyland…», constate avec plaisir Christian.  Secrétaire de l’Union départementale CGT des Ardennes, Pascal Lattuada est catégorique, « la Bourse du travail ne peut rester fermée durant ce rendez-vous exceptionnel sur notre agglomération, nous voulons tenir la place qu’une organisation syndicale se doit de prendre en faveur de la démocratie culturelle et du droit à la culture pour tous ». D’autant que le constat est amer, mais pas désabusé pour le responsable syndical : le mouvement social a progressivement abandonné le champ de l’éducation populaire. D’où l’enjeu de la reconquête pour que le syndicat redevienne un « bouillon de culture ».

C3Cette année encore, la CGT accueille donc trois spectacles présentés par « La brigade d’agitateurs de la jeunesse » et la compagnie de « L’échelle« . Un programme qui s’enrichit de diverses expositions et rencontres-débats durant tout le festival. Et comme une bonne nouvelle ne peut s’annoncer sans en appeler une autre, que le public francilien se réjouisse : jusqu’alors seule grande capitale européenne sans outil spécifique, Paris s’offre enfin une scène exclusivement dédiée aux arts de la marionnette, « Le Mouffetard« , qui ouvrira officiellement ses portes aux premiers jours de novembre ! « Nous souhaitons que ce lieu s’impose comme le rendez-vous de tous les amoureux des mots comme des images« , témoigne Isabelle Bertola, sa directrice. Avec une programmation qui alternera les spectacles marquants des dernières années de la création marionnettique autant que l’histoire du Théâtre de la Marionnette à Paris depuis vingt ans : à n’en pas douter, une nouvelle révolution des castelets en perspective ! Yonnel Liégeois

A noter, du 23/11 au 8/12 sur sept villes des Hauts de Seine, la 14è édition du Festival MAR.T.O. dédié à la marionnette et aux théâtres d’objets pour adultes. A l’affiche, en particulier, trois spectacles créés au Festival Mondial de Charleville : « Ouroboros » par le Handspring Puppet Company, « Ombre claire » par le Théâtre du Mouvement, « Silence » par la compagnie Night Shop Théâtre.

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