Cuny, l’amoureux des couleurs

Conducteur de machines par profession, militant syndical par conviction, Jérôme Cuny* mène une double vie par passion. Que ses doigts, « toujours couverts de peinture », trahissent : graffeur et artiste-peintre !

Régis Frutier – Comment est née votre passion pour les couleurs ?

Co Bapoushoo

Co Bapoushoo

Jérôme Cuny – Elle a débuté sur les murs, avec les graffs. Les premiers traits que j’ai tracés à la bombe m’ont vraiment bien plu. Pour moi, c’était juste histoire de mélanger des couleurs et de réaliser quelque chose en pleine rue, plutôt légalement de préférence : à mon avis, il est toujours mieux de voir un mur coloré plutôt qu’un mur vierge ! Surtout si le thème travaillé est en adéquation, en harmonie avec le lieu… Durant des années, je me suis entraîné dans mon garage pour acquérir le trait, et j’ai persévéré pour atteindre un certain niveau. Par la suite, l’usage de la bombe m’a appris à développer ma curiosité vis-à-vis de l’acrylique et d’autres matériaux. Mon objectif ? Devenir polyvalent, parce que j’adore les matières et les couleurs. De la bombe de peinture, je suis donc allé vers la toile, en y ajoutant cependant des éléments comme la pierre ou le tissu. Les faire vivre par le biais des couleurs et avoir en même temps cette petite touche « art contemporain » avec l’ambiance graff, c’était là le but recherché !

R.F. – Taguer les murs n’est pas toujours bien perçu par une majorité de citoyens ?

IMG_4498-2J.C. – Il ne s’agit pas de tags qu’on pourrait assimiler à des injures. Sortir la nuit pour faire trois gribouillis ? Je n’y vois aucun intérêt. Lorsque tu croises un jeune en capuche, bombe en main, dans une résidence, ça le fait pas trop… Le monde du graff, pour moi, c’est prendre avant tout le temps de discuter avec les gens, leur faire partager ma passion. Graffer exige une certaine ouverture d’esprit. Un exemple ? J’ai peint le mur d’un garage automobile. Dans la file d’attente, les gens me regardaient peindre, ils discutaient avec moi de ce que j’étais en train de réaliser. Le soir, ils revenaient voir comment le graff avait avancé, Il y a un côté social dans cette manière de vivre sa passion. Les mamies du coin étaient très intriguées par ce que je faisais dans mon garage mais, d’une rencontre à l’autre, j’ai vu leurs mentalités changer, au fil de nos discussions leur vision a évolué. Elles ont compris que je n’étais pas méchant, que je pratiquai mon art dans un esprit artistique, non par volonté de dégradation. Tous ces échanges furent de vrais encouragements, ils m’ont permis d’aller de l’avant.

R.F. – Au regard de votre expérience, la pratique du graff est avant tout un exercice solitaire ou peut-elle se partager ?

walls (13)J.C. – C’est une inspiration personnelle, bien sûr. Pour autant, j’ai des expériences très agréables avec les autres. Par exemple, je suis allé dans le service pédiatrique d’un hôpital en Lorraine, j’ai passé trois jours avec les enfants, histoire de leur faire oublier leurs problèmes. On a touché une bombe de peinture ensemble. J’ai d’autres projets de ce genre. Comment je partage avec d’autres ? Si quelqu’un me sollicite pour un travail, j’en discute d’abord longuement avec la personne pour m’imprégner du but et du sens de la demande, chaque travail est unique. Qu’il s’agisse d’un mur, d’un capot ou d’un pot de fleur, ce qui m’importe, c’est de donner une âme au lieu ou à l’objet, lui insuffler peut-être une seconde vie. J’adore détourner le destin premier des objets et tant que je n’ai pas l’étincelle, je continue de les travailler ! En définitive peu m’importe le support, ce qui m’inspire en permanence, c’est de lui apporter une touche de poésie. Je peins avant tout pour me faire plaisir, ma signature c’est « Tribal » et ça fait maintenant presque dix ans que j’impose ce blase-là. Ce qui me rend le plus triste en tant que graffeur ? Voir tant de murs vierges qu’on pourrait si agréablement colorer ! Propos recueillis par Régis Frutier

*Diverses œuvres sont à voir sur sa page Facebook : Jérôme Graffeur Cuny

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