Desproges, l’humour à la une

Le 18 avril 1988, il y a plus de vingt cinq ans, disparaissait Pierre Desproges. Un humoriste de grand talent qui sévissait avec bonheur, tant à la radio qu’à la télévision ou sur scène. En cette date anniversaire, s’impose une rafraîchissante plongée dans l’univers du rire et de la dérision que le chroniqueur de la « haine ordinaire » distillait en irrévérencieux libelles.

 

Plus cancéreux que moi, tumeur !
S’il n’y avait pas la science, malheureux cloportes suintants d’ingratitude aveugle et d’ignorance crasse, s’il n’y avait pas la Science, combien d’entre nous pourraient profiter de leur cancer pendant plus de cinq ans ?

La naïveté grotesque des enfants fait peine à voir, surtout si on veut bien la comparer à la maturité sereine qui caractérise les adultes. Par exemple, l’enfant croit au Père Noël. L’adulte, non. L’adulte ne croit pas au Père Noël. Il vote.

desprogesPourquoi l’idée que mes enfants souffrent m’est-elle si complètement insupportable, alors que je dors, dîne et baise en paix quand ceux des autres s’écrasent en autocar, se cloquent au napalm ou crèvent de faim sur le sein flapi d’une négresse efflanquée ?

Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien. Plus je connais les femmes, moins j’aime ma chienne.
Les femmes n’ont jamais eu envie de porter un fusil, pour moi c’est quand même un signe d’élégance morale.

Si c’est les meilleurs qui partent les premiers, que penser des éjaculateurs précoces ?
Qu’est-ce que le premier janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassées d’imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l’inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père Lachaise…

Si les ministères concernés m’avaient fait l’honneur de solliciter mon avis, quant aux paroles de la Marseillaise, j’eusse depuis longtemps déploré que les soldats y mugissassent et préconisé vivement que les objecteurs y roucoulassent, que les bergères y fredonnassent et que les troubadours s’y complussent.
Il ne faut pas désespérer des imbéciles. Avec un peu d’entraînement, on peut arriver à en faire des militaires.

Le cochon offre de nombreux points de comparaison avec un autre mammifère sans poils passé expert dans l’art de semer la merde et de se vautrer dedans.

On ne m’ôtera pas de l’idée que, pendant la dernière guerre mondiale, de nombreux juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi.
Il faut toujours faire un choix, comme disait Himmler en quittant Auschwitz pour aller visiter la Hollande, on ne peut pas être à la fois au four et au moulin.

Aujourd’hui encore, quand on fait l’inventaire des ustensiles de cuisine que les balaises du Jésus’Fan Club n’hésitaient pas à enfoncer sous les ongles des hérétiques, ce n’est pas sans une légitime appréhension qu’on va chez sa manucure.
Si on ne parlait que de ce qu’on a vu, est-ce que les curés parleraient de Dieu ? Est-ce que le pape parlerait du stérilet de ma belle-sœur ? Est-ce que Giscard parlerait des pauvres ? Est-ce que les communistes parleraient de liberté ? Est-ce que je parlerai des communistes ?

Les animaux sont moins intolérants que nous : un cochon affamé mangera du musulman.

Attention, un suspect pour un flic ce n’est pas forcément un arabe ou un jeune. Là, par exemple, c’était un nègre.
Les étrangers basanés font rien qu’à nous empêcher de dormir en vidant bruyamment nos poubelles dès l’aube alors que, tous les médecins vous le diront, le Blanc a besoin de sommeil.

La culture, c’est comme l’amour. Il faut y aller par petits coups au début pour bien en jouir plus tard.

 

Tout Desproges
Rire et se moquer de tout, mais pas avec n’importe qui… Telle était la devise de Pierre Desproges à (re)découvrir dans ce « Tout Desproges », enrichi d’un DVD de ses « interviews bidon » et de textes lus par quelques grands comédiens. Profondément antimilitariste depuis son service militaire au temps de la guerre d’Algérie, l’humoriste irrévérencieux fit ses classes dans les colonnes de l’Aurore, un journal réactionnaire où il tenait une rubrique abracadabrante. Son esprit de dérision explosa dans les années 80 au micro de France Inter, à l’heure de l’inénarrable « Tribunal des flagrants délires » en compagnie de deux autres trublions de service, Claude Villers et Luis Régo. Teinté d’inquiétude rentrée et d’une profonde humanité pour les gens de peu, Desproges maniait l’humour avec intelligence et érudition. Un homme de plume qui se risqua même sur scène avec un égal succès.

Yonnel Liégeois

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Classé dans Littérature, Rideau rouge

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