Intermittents, le feu aux planches !

La colère gronde. La nouvelle convention d’assurance chômage réduit les droits de la plupart des chômeurs. Pour dégrader fortement ceux des plus précaires, comme les artistes et techniciens du spectacle.

 

 

Sacré grisbi. Un milliard d’euros ! C’est ce que coûterait le régime d’assurance chômage des intermittents du spectacle à l’Unedic (106 000 allocataires), à en croire le Medef qui s’arc-boutait sur ce chiffre lors des dernières négociations sur l’assurance chômage !
spectacle2« Évoquer un déficit d’un milliard des annexes 8 et 10 (annexes qui concernent explicitement les techniciens et les artistes) de l’assurance chômage est une approche purement comptable, qui n’a guère de sens », écrit le parlementaire Jean-Patrick Gille, auteur d’un rapport sur le sujet. « Si ce régime spécifique était supprimé, le déficit ne passerait pas à zéro. Les intermittents basculeraient alors dans le régime général et continueraient à bénéficier de droits conséquents alors que leurs cotisations baisseraient de 100 millions ». L’Unedic a calculé qu’en cas de suppression du régime spécifique, les économies seraient au mieux de 320 millions d’euros, compte tenu des allocataires à réintégrer au régime général… En juin 2013, le ministre du Travail, Michel Sapin, rappelait par ailleurs que « l’assurance chômage, qui relève de la protection sociale, est bâtie sur une logique de solidarité interprofessionnelle […] Il est logique que ceux qui connaissent le plus de risques, bénéficient de l’appui de ceux qui ne connaîtront pas ou peu le chômage. […] Chercher à identifier un déficit propre à une catégorie d’actifs ne fait pas grand sens. Je n’ai vu personne chercher à calculer un déficit de l’assurance maladie limité aux patients ou de la branche famille limité aux seuls ménages avec enfants ».

spectacle3Le souhait du patronat ne s’est pas exaucé. Il n’est pas parvenu à supprimer le régime spécifique des intermittents. Néanmoins, l’accord conclu le 22 mars 2014 avec la CFDT, FO et la CFTC acte une série de reculs pour les intermittents. « On parle beaucoup d’eux, mais la nouvelle convention abaisse les droits de tous les précaires et notamment ceux qui exercent une activité réduite qui autorisait à cumuler une activité avec une allocation chômage. Or, le nombre de personnes en activité réduite a triplé en dix ans pour atteindre 1,3 million », précise Denis Gravouil, secrétaire général de la fédération CGT du spectacle. Le différé d’indemnisation, réservé jusqu’ici aux intermittents aux revenus les plus élevés (9 % d’entre eux), est élargi dorénavant à 47 % d’entre eux, y compris les plus modestes ! Par ailleurs, le plafond du cumul indemnités/salaires, qui n’existait pas, est fixé à 4 282 euros mensuels. Quant au taux de cotisation sur les salaires, il passe de 10,8 à 12,8 % (dont 4,8 % pour les salariés) induisant une perte de salaire net de 1 %. Économies réalisées : 165 millions d’euros sur le dos des intermittents, qui cotisent de fait deux fois plus que les salariés relevant du régime général !
Loin de nier les difficultés de l’Unedic (4 milliards d’euros de déficit prévus en 2014), la CGT-Spectacle a fait des propositions. Pour les intermittents, elle revendique la mise en place d’une annexe unique garantissant l’égalité de traitement entre artistes et techniciens. La condition pour ouvrir des droits serait fixée à 507 heures de travail sur douze mois, comme cela était le cas avant le durcissement du régime en 2003. Seraient prises en compte les périodes de maladie, maternité et accidents du travail. En effet, à l’heure actuelle, les périodes de maladie, par exemple, ne le sont pas. Comme pour les salariés du régime général, elle revendique la continuité des droits attachés à la personne entre travail et chômage, dans le cadre d’une sécurité sociale professionnelle. Pour financer ces mesures, la CGT propose une « sur-cotisation » des contrats précaires, qui coûtent la bagatelle de 8,5 milliards d’euros à l’Unedic, arguant du fait qu’il est normal que les employeurs assument financièrement les conséquences de leur politique.

Sans surprise, les intermittents se mobilisent fortement pour dénoncer laspectacle1 convention censée entrer en vigueur le 1er juillet. Multiples « Marche pour la culture », actions au Festival de Cannes et d’autres à prévoir avant l’ouverture des grands festivals d’été… Comme en 2003, lors de l’annulation historique du festival d’Avignon, un premier feu s’est déjà déclaré à l’ouverture du « Printemps des comédiens » de Montpellier : grève votée et reconduite pour l’heure… Qui risque de se propager aux festivals de Sète, d’Alès et de Lyon, prélude à un possible embrasement général si le ministère du travail accorde son agrément au nouvel accord sur l’assurance-chômage ! Lors de la soirée des Molières diffusée le 2 juin sur France 2, le comédien Nicolas Bouchaud décernait un « Molière de la meilleure trahison à François Rebsamen, ministre du Travail, pour son rôle d’employé du Medef », alors que Philippe Torreton ( Molière du meilleur comédien dans le théâtre public pour « Cyrano de Bergerac ») dédiait son prix à tous les intermittents, estimant « lamentable d’avoir à le faire sous un gouvernement socialiste ».
La Coordination des intermittents et précaires l’affirme, « nous déclarons persona non grata tous les membres du gouvernement dans les festivals, les spectacles auxquels ils veulent assister n’auront pas lieu ». De l’avis de tous, cette nouvelle convention est une feuille de route du Medef validée par le gouvernement, elle est dangereuse du début à la fin. La réponse du premier ministre, Manuel Valls, dans l’espoir de déminer la situation ? Nommer un médiateur, le député Jean-Patrick Gille, qui a déjà pris position en faveur de l’agrément… Pour sa part, la CGT-Spectacle a déposé un préavis de grève et il appelle à une grande journée de mobilisation le 16 juin, date à laquelle se réunit le Conseil national des professions du spectacle (CNPS) présidé par la ministre de la Culture, Aurélie Filippetti. Quant à la confédération, elle saisit l’occasion pour fustiger à nouveau le recours abusif à l’intermittence, là où l’emploi permanent devrait être de mise. Elle a déjà fait condamner TF1 sur le sujet. Dans son rapport sur la loi de finances 2013, la députée Martine Martinel dénonçait d’ailleurs la proportion grandissante du recours aux emplois non permanents par France Télévision, dont le taux (19,1 % en 2011) excède le seuil fixé par la tutelle. Eva Emeyriat

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Festivals, Rideau rouge, Sur le pavé

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s