Le Québec à l’assaut des Vosges !

Au cœur de la forêt vosgienne, le Théâtre du Peuple poursuit sa tournée en territoire francophone. Après la Belgique, c’est le Québec qui est l’invité d’honneur de la nouvelle édition du festival de Bussang (88), du 12 juillet au 24 août. Avec « Small Talk », la pièce de la dramaturge Carole Fréchette.

 

 

« J’ai souhaité que mes trois premières saisons à la tête du Théâtre du Peuple soient consacrées aux écritures francophones », confesse bussang1Vincent Goethals, le directeur et metteur en scène du lieu. « Aussi, après la France et la Belgique, j’ai choisi de convier le public à une saison québécoise et j’ai donc proposé à l’écrivaine Carole Fréchette de se lancer dans l’écriture d’une grande fresque, « Small Talk », pleine d’humanité, de drôleries et d’émotions ». Un paradoxe, présenter sous le label de la francophonie une œuvre au titre anglais ? Une expression dont Timothée, l’un des personnages principaux, nous livre la traduction presque au final de la pièce : « Parler de tout et de rien », Small Talk, du nom du bar où il travaille…
Les héros de Carole Fréchette n’ont pas encore dit adieu au bussang3langage, comme peut le faire Godard dans son dernier film, il n’empêche, tous ont quelques problèmes avec les mots ! Parler, parler encore et beaucoup, certes Justine et Timothée en sont capables, ils en usent et en abusent même ! Las, pour eux-mêmes, en des soliloques interminables, impuissants à engager une conversation avec les autres, bloqués à l’idée de parler pour ne rien dire… Ce monde qui les entoure, bavard et de pacotille, ne semble pas fait pour eux, parler et dialoguer est trop une affaire essentielle pour la dilapider en de futiles palabres ! Pour l’une et l’autre, les blessures sont encore trop vives pour les mettre en mots : une mère qui a perdu l’usage du langage pour Justine, une amoureuse disparue à jamais pour Timothée. Autour d’eux, s’agitent collègues de travail et fratries en de vaines paroles : un frère animateur à succès d’un show télévisé, une fiancée russe à la maîtrise incertaine de la langue française, une chorale d’éclopés du verbe… C’est tendre, émouvant et comique certes ! S’avance pourtant masquée, une fois le son coupé, une satire féroce de notre société en mal de silence, noyée sous un flot de bruits et de sons, de mots et de paroles sans intérêt majeur !
Une œuvre forte de l’auteure à succès québécoise, native de Montréal et lauréate de nombreux prix, dont celui de la Francophonie en 2002… Ses pièces, tels « Les sept jours de Simon Labrosse » ou « Jean et Béatrice », sont traduites en de multiples langues et jouées sur les cinq continents. Elle pimente son propos « de sonorités gouleyantes à la dissonance charmeuse, de tournures qui sentent bon le vieux français », témoigne Vincent Goethals. Et ce sera un autre grand serviteur du Verbe, Jean-Pierre Siméon, qui lui donnera la réplique en fin de représentation le 26 juillet ! Le poète et directeur de l’emblématique « Printemps des poètes » est en effet le « Grand Témoin » de cette journée exceptionnelle qu’initie chaque été la CGT des Vosges, en partenariat avec la commission nationale « Politique culturelle » du bussang2syndicat. Lui-même homme de théâtre (« Stabat Mater Furiosa », « Philoctète » avec l’inoubliable Laurent Terzieff…), poète associé au TNP de Villeurbanne, il saura par son propos dévoiler toute la richesse langagière de nos cousins d’Amérique, offrir au public un vibrant plaidoyer sur le sens et le poids des mots.
Et certainement aussi renouveler son appel en faveur d’un théâtre, comme celui de Carole Fréchette, ouvert à l’émotion… « Je crois que le théâtre doit être d’abord le lieu d’une émotion partagée, que l’émotion n’interdit pas la pensée, que le théâtre est précisément l’occasion d’une émotion qui ouvre à la réflexion », déclarait-il en 2008 à la sortie de son ouvrage « Quel théâtre pour aujourd’hui ? Petite contribution au débat sur les travers du théâtre contemporain ». Un éminent œuvrier du verbe et de la pensée, lorsqu’il rappelle à qui veut l’entendre la haute fonction politique qu’il assigne au théâtre, de l’antiquité à aujourd’hui : « le théâtre est dans la cité ce lieu incroyable où l’on se rassemble pour assister à la manifestation de la pensée, de la langue, du poème. Où l’on s’assemble pour penser l’humain et interroger la complexité du destin individuel et collectif. Cela ne sert à rien sinon à alerter les consciences, à les rendre plus alertes, à les exercer au doute, au désir, à l’inconnu ». Et de conclure, « le théâtre est à mes yeux une université populaire permanente » !
Fréchette, Siméon ? Une double rencontre riche de promesses, à n’en pas douter encore un grand souffle d’air frais pour le peuple de Bussang, son public coutumier ou nouveau venu. Yonnel Liégeois

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Classé dans Festivals, Rideau rouge

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