Amos Gitaï, la force de l’amour !

Nouvellement sorti en salles, « Ana arabia, Je suis une arabe », le film d’Amos Gitai, touche et émeut. L’histoire véridique d’un village où juifs et musulmans, palestiniens et israéliens, tentent de coexister en parfaite harmonie. Un regard de paix en période de guerre.

 

 

Qu’il nous fait du bien ce film, « Ana arabia – Je suis une arabe » ! Alors que nous vivons de nouvelles heures noires du conflit israélo-palestinien, nous découvrons un petit bout de terre où israéliens et palestiniens cohabitent sous le même ciel et en bonne intelligence.

Droits réservés

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Un doux rêve qui ne doit plus hanter le cerveau d’aucun diplomate. Il faut bien toute l’imagination d’un artiste tel qu’Amos Gitai pour inventer cela, se dit-on. Que nenni ! Ce film est construit sur une histoire vraie. Une femme juive, née dans les camps de concentration, rejoint Israël et y trouve le grand amour dans les bras d’un… arabe ! Rejetés de tous, ils trouveront abri dans cette enclave. Autour d’eux, se développera une communauté familiale. Une jeune journaliste les rejoint, l’instant d’un reportage, dans le but de faire un super papier à sensation. Elle se laissera séduire par leur humanité, et le spectateur à sa suite.

Et c’est bien d’une suite dont il s’agit, comme on le dit en musique : une « petite suite » pour cœurs simples, pourrait-on l’intituler. Ce film n’est qu’un seul et même plan. Impossible de décrocher : nous sommes entraînés comme dans la spirale d’un siphon, nous aspirant jusqu’au ciel. Ce n’est pas qu’une métaphore puisque, littéralement, la caméra s’envole à la fin du film pour nous permettre de réaliser ce qu’est vraiment ce petit bout de terre, enclave faite de bric et de broc au milieu d’un urbanisme menaçant. Si ce film nous conduit au ciel, il est loin d’être éthéré. Il s’enracine dans cette terre comme le tronc noueux de ce vieil arbre autour duquel la caméra semble inlassablement tourner. Une terre foulée, une terre habitée, une terre qui abrite ces femmes et ces hommes, une terre qui les constitue au point de ne plus faire qu’une avec leur histoire. C’est toute la force de l’écriture cinématographique d’Amos Gitai, nous faire ressentir le défi pour ces peuples : la paix ne passera pas par l’abandon de la terre par les uns ou les autres mais par leur capacité à l’habiter ensemble, à en faire par cet effort de rencontre de l’autre, oserons-nous dire de fraternité, une terre sacrée.

GitaiDans un article relayé par Courrier international, Yaïr Assulin, journaliste au Ha’Aretz, dit que ce film est une œuvre qui célèbre « ha’Makom », c’est-à-dire littéralement en hébreux « le lieu », un nom aussi pour désigner Dieu. Sans être juif, cette transcendance, nous la ressentons. Comme le tronc massif de cet arbre, la terre pour chacun est celle que nous nous sommes choisie, avec plus ou moins de liberté, là où nos racines se sont enfoncées. La force d’Amos Gitai ? Nous le faire ressentir sans qu’aucun discours ne vienne altérer, contraindre, notre perception. Pour comprendre le drame de la Palestine, en grand artiste, le cinéaste nous parle en rejoignant notre propre sensibilité, notre propre expérience de ce qui est notre attachement à une terre et à une histoire faites d’attirances et de rejets.
Si la terre est le centre du propos du film, si elle en est en quelque sorte l’actrice principal, il ne faudrait pas oublier de saluer le jeu si juste, si précis de tous les acteurs : sans pathos, sans démonstrations excessives, dans une économie de mots et de mouvements. Et en particulier la prestation toute en sensibilité de Yuval Scharf qui interprète le rôle de la journaliste, accoucheuse de mots comme des maux.

L’œuvre d’Amos Gitai n’a de cesse de chercher à nous faire ressentir la violence et l’injustice d’un conflit. Et si, juif, il sait faire la différence entre occupés et occupants, il révèle combien ce conflit abîme l’un et l’autre des peuples. Ici, c’est d’espérance qu’il nous cause. Espérance qu’il enracine dans la force de l’histoire vraie d’une famille qui répond à la violence et au mépris par la douceur et la force d’une détermination sans faille. Avec cette idée forte : pour s’aimer, se respecter, il faut d’abord se connaître. Et ce n’est pas là la moindre conséquence de cet abominable mur que de rendre impossible la rencontre de deux peuples voisins. Aller voir ce film est sans doute une manière de manifester notre désir d’un autre avenir pour ce territoire. C’est aussi prendre un bol d’optimisme, espérer que l’homme puisse être autre chose qu’un loup pour l’homme. Que cet espoir trouve son origine au cœur d’un bidonville, parmi les plus pauvres, et non pas d’abord dans les salons feutrés de la diplomatie, nous invite à reprendre confiance dans le pouvoir d’agir des peuples quand ses armes sont le désir de la rencontre et du dialogue.

arabia« Ana arabia » est une cure de jouvence dans cet été meurtrier, là-bas, et cet autonome difficile qui se profile ici. Ne boudons pas notre plaisir, avant que les lois de la programmation cinématographique ne fassent disparaître des salles noires et des écrans blancs cet « OCNI, objet cinématographique non identifiable ». Une belle manière d’occuper l’une de ces journées pluvieuses que nous réserve la météo estivale. Serge Le Glaunec

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1 commentaire

Classé dans Cinéma

Une réponse à “Amos Gitaï, la force de l’amour !

  1. Didier Niel

    Bonjour,

    J’ai vu ce film à sa sortie et je partage tout à fait les commentaires de Serge Le Glaunec, l’auteur de l’article.

    Bien à vous, Didier

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