Chaumont, ses jardins en plein art

Jusqu’au 3 novembre se déroule, au domaine de Chaumont-Sur-Loire, le 23ème Festival international des jardins. En vingt-six parcelles colorées, de la « Gourmanderie » à « Ma cassette », une édition qui plante le décor des sept péchés capitaux. Une rencontre gourmande et fleurie entre artistes paysagistes et plasticiens.

 

 

 

Entre rives alanguies et bancs de sable, Saint-Nazaire à 291 km et le Mont Gerbier de Jonc à 721, toujours aussi sauvage mais un peu moins rebelle, s’étire la Loire. Un paysage grandiose, classé au Patrimoine mondial vivant de l’UNESCO, qui s’affiche dans sa pleine majesté au pied du château de Chaumont en Loir et Cher, l’ancienne résidence de Catherine de Médicis puis de Marie Say, la future Princesse de Broglie… Célèbre depuis 1992 avec la création de son fameux Festival International des jardins, devenu propriété de la région Centre en 2007, le domaine de Chaumont s’enorgueillit ainsi de mêler l’art populaire, le jardinage, aux créations les plus audacieuses des plasticiens contemporains.

Que le péché se pare de belles couleurs, ose affirmer le promeneur solitaire égaré en ces paysages bénis des dieux ou de Lucifer ! Qu’il est doux de flâner, entre senteurs capiteuses et visions paradisiaques, même au pays de l’avarice ou de la gourmandise… En ces lieux où le travail du végétal s’allie à celui du métal en parfaite symbiose, la fleur ou l’arbuste soulignent l’ingéniosité de l’installation plasticienne, si ce n’est l’inverse ! « C’est sur un thème privilégié de l’Histoire de l’art que les concepteurs des jardins de cette 23ème édition du festival de Chaumont sur Loire ont été invités à réfléchir », souligne François Barré, le président du Domaine,

Ma cassette, ma cassette... Co E. Sander

Ma cassette, ma cassette… Co E. Sander

« et nul doute que le sujet les a inspirés »… Entre compositions florales et audaces artistiques, sur chaque parcelle de surface identique, l’imagination a pris le pouvoir pour donner à voir au public, toujours plus important et enthousiaste d’une année à l’autre, de multiples interprétations des célèbres péchés capitaux. Paysagistes et plasticiens viennent du monde entier déposer leurs projets, avec l’espoir de les planter en terre sur les bords de Loire. Las, comme chaque année, seule une poignée sera retenue, 26 sur 300 pour cette édition 2014, par un jury présidé par William Christie, le fondateur de l’ensemble orchestral « Les Arts Florissants » mais aussi créateur d’un merveilleux jardin en Vendée… « J’avais six ans lorsque j’ai planté mon premier jardin, c’est aussi à cet âge-là que j’ai pris mes premières leçons de musique », confesse le Maître. « Dans mon jardin, j’ai créé un théâtre de verdure et une douzaine d’autres endroits où il est possible de jouer de la musique, intime et grandiose tout à la fois ».

Les parcelles élues ? Difficile de les décrire sur papier, tant leur originalité exige éveil des pupilles et glissement des pas dans les allées… S’aventurer sous le dôme de verdure d’Harpagon pour lui dérober sa cassette ?

Le jardin mis en boîte Co E. Sander

Le jardin mis en boîte
Co E. Sander

Se révéler joyeux glouton entre les boîtes de conserve devenues pots de fleurs ? Se glisser regard concupiscent dans l’une des sept chambres du jardin des pécheresses ? Se draper d’un habit de lumière dans celui de « Haute culture » ? Se perdre dans les volutes amoureuses des volcans d’un jardin Maori… Au sens fort du terme, la déambulation d’un espace à l’autre est authentique magie des sens : les couleurs à l’œil, les senteurs au nez, le chant des oiseaux et le bourdonnement des insectes à l’oreille… La belle et capiteuse Circé semble aux aguets derrière plantes, fleurs et arbustes, tel pour Ulysse l’envoûtement et l’enchantement produisent leurs effets : à l’invitation de Voltaire, nouveaux Candide, d’aucuns rêvent de planter là racines pour cultiver leur jardin en toute éternité ! A défaut, le visiteur peut aller aussi errer sur l’ensemble des pelouses du domaine où « carte verte » est donnée à moult paysagistes-plasticiens : le « presse-citron » en buis de Betty Bui, le sculpteur d’arbres Marc Nucera, les « fleurs d’outre-tombe » de Jean-Philippe Poirée-Ville, la « cour des jardiniers » de Camille Muller, le « jardin japonais » de Fumiaki Takano.

Le volcan Maori Co E. Sander

Le volcan Maori
Co E. Sander

En ces couleurs précoces d’automne, les jardins de Chaumont sont prétexte à flânerie poétique et « cultivée » entre sculpture des végétaux et taille des matériaux. Un double acte créateur pour l’œuvrier, plasticien ou jardinier. Yonnel Liégeois

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Classé dans Expos, installations, Festivals

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