Guidoni, MacCarthy, Garcia-Fons : des mots et des notes

L’un reprend les mots de Leprest, l’autre quelques grands standards de jazz, le dernier caresse sa contrebasse avec amour… Jean Guidoni, Valérie MacCarthy et Renaud Garcia-Fons s’éclatent sur scène ! Avec Lisa Simone, Sally Nyolo et Antonio Placer, une palette d’artistes à (re)découvrir.

 

 

Trente ans de carrière déjà au compteur et pourtant Guidoni nous revient, ni fatigué ni lassé ! Nanti d’un CD, « Paris-Milan », où il a gravé douze titres inédits d’Allain Leprest orchestrés par Romain Didier… Le verbe poétique de l’un s’allie à merveille avec la voix et l’univers singulier de l’autre, ils étaient faits pour se rencontrer. L’approche amoureuse débuta il y a quelque temps déjà, au lendemain de la mort d’Allain Leprest : en octobre 2013, en compagnie de Romain Didier et d’Yves Jamait, Jean Guidoni offrait sur la mythique scène de l’Alhambra parisien « Où vont les chevaux quand ils dorment », un formidable spectacle hommage au poète disparu !
Celui qui nous quitta tragiquement en 2011, « l’un des plus foudroyants auteurs que guidoni2j’ai entendu au ciel de la langue française » selon Nougaro, osait tutoyer Villon, Rimbaud et Hugo. Avec des mots ciselés au plus fin du quotidien des humains, des pépites en guise de ritournelles… Un phrasé tranché à la faucille et au marteau pour interpeller nantis et puissants, de subtils couplets pour apostropher le chaland sur l’état du monde et l’avenir des enfants, une poésie à s’en écarteler cœur et poumons. De sa voix chaude et tourmentée, sur les voies de cet original « Paris-Milan« , Guidoni s’éclipse avec finesse quand « Le jour baisse toujours trop tôt » pour « Reviendre » traiter l’aimée de « Putain trainée salope »… Ainsi va l’« Homosapiens », d’un couplet l’autre de Leprest, un florilège de sentiments où la mélancolie le dispute à la tendresse, l’amour fou à la détresse.

Avec Valérie MacCarthy, changement de registre ! La belle américaine ne se refuse aucune expérience, la traditionnelle chanteuse d’opéra ose poser sa voix sur quelques standards de jazz, dont le mythique Thelonius Monk n’aurait point à rougir… Bien servie et accompagnée par une équipe de musiciens qui se livret + Cot.qxdfrottent eux-aussi depuis plus de sept ans à tous les styles de musique, le fameux Jean Chaudron Trio : le premier nommé à la contrebasse, Bernard Désormières au piano et Alain Bouchaux aux percussions ! A n’en pas douter, cette bande des quatre en impose sur scène, dans le doux et le sévère, l’intime ou l’impétueux : sensuelle, voluptueuse, la voix de Maccarthy tremble sur les notes de piano de Désormières, se fait ouragan entre deux coups de baguette de Bouchaux, se coule à la perfection sur les compositions originales de Chaudron. Un récital d’une incroyable facture qui emballe corps et esprit, presque un retour aux sources du jazz populaire…
Une belle découverte, que les plus aventureux poursuivront en compagnie de deux autres voix féminines d’une richesse aussi exceptionnelle : l’américaine Lisa Simone et la camerounaise Sally Nyolo ! La première, fille de… Nina, Lisa _Simone_AllisWellamoureuse comme sa mère de la terre française, sort son premier album, « All is Well » d’une beauté fulgurante ! « Plus qu’un disque, un document d’intimité et une quête », celle d’une petite fille emportée dans les tourments de sa maman, en témoigne « Child in me » quand « tu étais ma vie et à chacun de tes départs je me consumais,… Tu as sacrifié une vie normale à l’amour de ton peuple et aux droits civiques ». Avec « Tiger Run », Sally « la fille des moustaches du tigre » chante les laissés-pour-compte des méfaits de la mondialisation, elle la déracinée qui dut aussi redécouvrir ses racines et son pays. « La misère, la galère, la vie précaire », ça n’arrive pas qu’aux autres et la jeune chanteuse le déclame sur des rythmes envoûtants.

De l’Afrique à l’Argentine, il n’y a qu’un pas de côté à faire, sur un air de tango, pour se plonger avec Antonio Placer dans « Un jardin pour Gardel » ! Un CD presque exclusivement consacré aux compositions du célèbre franco-toulousain-argentin que Placer revisite avec la fougue et la passion qui le caractérisent. Homme de toutes les cultures, galicien exilé en France, poète et musicien, celui pour qui « chaque être humain est comme une maison d’hôtes » y chante aussi quelques-unes de ses créations.
… Et se taire, enfin, pour laisser enfler et grandir la douce mélopée surgie de

Photo Nicolas Dattilesi

Photo Nicolas Dattilesi

l’accord parfait entre le plus grand et le plus petit des instruments à archet, la contrebasse et le kemence ! Le premier ne nous est point inconnu : avec Renaud Garcia-Fons, toute musique est contrebasse, un orchestre à lui-seul ! Il manie l’archet avec jubilation, faisant vibrer les cordes avec un talent inouï, faisant pleurer ou chanter son instrument en des sonorités qui vous transpercent le cœur comme le corps… Français d’origine espagnole, depuis plus de vingt ans déjà, il peaufine sa créativité en bousculant les clichés musicaux, en laissant libre cours à son instinct et à son imagination ! Ici, en compagnie du musicien turc Derya Türkan et de son kemence, une petite vièle à trois cordes d’Asie centrale, en quatorze titres « Silk Moon » nous entraîne dans un fantastique tourbillon de sonorités orientales et méditerranéennes. Aérien, magique, un pari musical réussi. Yonnel Liégeois

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Classé dans Musique et chanson

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