Dis-moi qui tu fréquentes…

Tout est calme au 20ème étage de la tour Boucry. Il est 23h. Dans l’appartement de la famille Mézières, Dominique somnole dans un fauteuil. Soudain, la sonnette retentit. Dominique se lève et ouvre la porte.
– « Salut, Boris »
– « Bonsoir, Do. Je peux dormir chez vous, ce soir ? »
– « Bah oui, pourquoi ? Qu’est-ce qui ce passe ? »
– « Lucie m’a foutu à la porte »

 

Six mois plus tôt.

Lucie et Boris sont attablés. Les deux jeunes gens prennent leur petit-déjeuner sur le balcon, le regard tourné vers l’extérieur, admirant la vue qui s’offre à eux. Paris est à leur pied.
– « Quelle chance nous avons », s’exclame Boris
– « J’avoue que le panorama est splendide », renchérit Lucie
dis13– « Tu vois qu’il ne faut pas s’arrêter à des idées préconçues. Lorsque nous avons vu cette annonce, « Petit F1 près de la Porte de la Chapelle », on s’attendait à tout, sauf à ça ! Au début, tu ne voulais même pas le visiter… Décidément, je ne m’en lasse pas, c’est magnifique »
– « Boris, bois ton café, il refroidit. La vue est belle mais nous avons deux trois bricoles à régler. Tu te souviens ? ». Elle lui désigne l’intérieur du studio : les meubles encore démontés, les cartons et l’électroménager en désordre au milieu de la pièce principale. Seul un lit, émergeant du fouillis, semble à sa place.
– « On a tout le week-end », objecte Boris, « laisse-toi bercer par le temps qui passe. Profite de la vie ». Il se lève prend Lucie par la main, l’entraine dans l’appartement. « Tu es toujours pressée. Regarde, le lit n’attend que nous », lui murmure-t-il en l’embrassant dans le cou.
– « Ah non Boris, tu me connais. Je ne peux pas, dans tout ce bazar. Je ne suis pas assez détendue. Allez. On a du pain sur la planche »
– « Puisque tu préfères t’occuper du pain ! », souffle Boris.

Quelques jours plus tard, Lucie traverse le hall d’entrée de la tour. Une voix féminine résonne. Elle tourne la tête. Sur sa droite, deux hommes sont au garde à vous devant un petit bout de bonne femme.
– « Vous êtes bien les agents de surveillance chargés de faire respecter les règles de vie dans cet immeuble ? »
– « Oui, Madame Gallois », lui répond un jeune blondinet
– « Alors faites votre travail. C’est insupportable à la fin. Voici une semaine qu’ils sont revenus et le cirque recommence »
Intriguée, Lucie s’arrête une poignée de secondes. Histoire d’en savoir plus. Au même instant, arrive un homme d’une cinquantaine d’année, grand, cheveux longs poivre et sel, le visage buriné. Il lance à destination des surveillants, un joyeux « Salut les loubards, ça baigne ? ». Il s’apprête à sortir mais la petite dame l’interpelle.
– « Alors Monsieur Mézières, on fait semblant de ne pas me voir ? Je m’entretenais avec ces messieurs de la sécurité à votre sujet. Si vous continuez votre chahut, je me verrai contrainte de porter plainte.
– « Détendez-vous, Madame Gallois. À vous entendre, on mettrait un souk du diable du matin au soir »
dis8– « Mais c’est le cas ! Du bruit tous les soirs, des allées et venues incessantes jusqu’au milieu de la nuit… »
– « Ce que vous appelez du bruit, c’est de la musique ! On jouera un peu moins fort, promis. Nous allons faire attention pour préserver votre tranquillité », répond-il d’un ton mielleux.
– « Je vois que vous prenez tout ça à la rigolade, comme d’habitude… Méfiez-vous, un jour c’est aux policiers que vous aurez à faire »
Sur ces mots, la petite dame tourne les talons et quitte l’immeuble.

La semaine suivante, Lucie s’apprête à sortir pour se rendre à son travail. Elle entend deux hommes se disputer devant les portes d’ascenseurs.
– « Tu commences à me gonfler sérieux avec tes histoires à la mords moi le nœud »
– « Mais écoute-moi au moins, Do. Je te dis que ma camionnette est tombée en carafe »
– « Putain, t’as toujours une bonne raison, je ne peux pas te faire confiance. Et comme d’habitude, c’est moi qui rattrape l’affaire. Il faut maintenant que je me démerde pour livrer le Ricard au club de boules. En plus, ce soir j’ai du matos à transporter pour un spectacle.
– « Je sais, je sais, mais c’est des choses qui arrivent, bordel. Je te promets que la semaine prochaine, ma caisse sera réparée »
– « Tu fais comme tu veux, Dimitri. Mais me poses pas un lapin, sinon ça va chier »
Les deux hommes poursuivent leur explication en s’engouffrant dans l’ascenseur.

Un mois après, Dominique Mézières sonne chez Boris et Lucie. Lucie ouvre.
– « Salut »
– « Bonjour Monsieur »
– « Vous venez de vous installer à l’étage. Je m’appelle Dominique, mais tout le monde m’appelle Do. J’habite au bout du couloir. Je suis venu vous inviter à prendre l’apéro chez nous. Vous avez peut-être prévu quelque chose ?
– « Euh, oui, enfin non, je ne sais pas trop », bredouille-t-elle. « Mon compagnon est un peu fatigué. Je ne sais pas »
– « Allez, vous ne pouvez pas me refuser. Ici, c’est la tradition. On accueille les nouveaux arrivants »
Boris rejoint Lucie. Dominique Mézières lui renouvelle son invitation. Boris accepte sans hésiter.
dis12– « Parfait, on vous attend dans une heure. C’est l’appartement 20-18 »
– « Pas de problème, avec plaisir », se réjouit Boris
La porte refermée, il se tourne vers Lucie, un grand sourire aux lèvres.
– « C’est vraiment sympa. On dit que dans ces tours il n’y a pas de contacts humains et bah tu vois… ». Il marque un temps d’arrêt devant la mine renfrognée de Lucie. « Tu as l’air mécontente. Quelque chose ne va pas ? »
– « Tu n’aurais pas dû accepter cette invitation. Il me fait mauvaise impression, ce type. Je te l’ai déjà dit pourtant. Il a tout de la grande gueule, du poivrot qui crée des problèmes.
– « Ah, tout de suite, tu as une façon de cataloguer les gens ! Tu peux rester ici, si tu veux. Moi j’y vais »
– « Et pour qui je vais passer ? Non, je t’accompagne. Je suis juste méfiante, cet individu ne me parait pas très fréquentable »

– « Alors les tourtereaux », s’exclame Dominique. « Entrez, faîtes comme chez vous »
Lucie et Boris se frayent un chemin dans un couloir envahi de chaque côté par des piles de livres, des jouets, des outils, des ustensiles de cuisine et d’autres objets en tout genre. Ils accèdent à la salle à manger. Une vaste pièce enfumée vibrant au rythme d’un morceau de blues. Une demi-douzaine de personnes sont installées sur des poufs, des fauteuils ou à même le sol sur une natte de corde. Au centre, une table basse abondamment garnie de bouteilles, de verres, de gâteaux à apéritif. Des photos et des affiches de toutes sortes décorent la pièce, des murs au plafond. Dans un coin, posée sur un meuble bas, une chaine stéréo et des dizaines de disques. Plus loin, des instruments de musique alignés : saxophone, accordéon, clavier et guitares…
« Entrez mes amis, ne soyez pas timides. Je vous présente la troupe. À votre gauche, le petit bout tout frisé c’est Vincent, l’intellectuel de la famille.
– « Papa je t’en prie »
– « Quoi, t’es pas le seul à suivre des études ici ? Bon alors, je continue. À côté de lui mon autre fils, Etienne, et sa copine la belle Melinda. Le petit gros dans le fauteuil, Dimitri un frangin, notre beau-frère Daniel et sa femme Corinne.
– « Merci pour la présentation Do, moi c’est Christiane »
Boris et Lucie voit apparaitre une femme rousse aux cheveux courts, vêtue d’une longue robe noire au large décolleté, les bras chargés de pizzas.
– « Je ne t’avais pas oublié, ma colombe. Surtout aujourd’hui. Tu es encore plus en beauté que d’habitude », réplique Dominique en lui caressant les fesses.
– « Touche pas au matériel, bonhomme, ce n’est pas encore le moment. Occupe-toi des invités »
– « Prenez place, mes amis », poursuit Dominique. « Qu’est-ce que je vous sers ? Je vous préviens, on fait dans le classique : whisky, ricard, porto, Kir. Ou jus d’orange, au cas où il aurait des amateurs… Il parait que ça existe »
– « Je prendrai bien un jus d’orange », annonce Lucie
– « Ah bah voilà la preuve, parfois ça arrive ! Boris, ce sera quoi ? »
– « Un whisky, merci »
– « Je vous préviens, c’est la première et dernière fois que je m’occupe des liquides. Après, vous faites comme chez vous. En parlant de chez vous, vous êtes bien installés, contents de vivre dans la tour ?
– « Je ne supporte pas trop le bruit, en règle générale », répond Lucie
– « Je vois, je vois. Et bien au moins, vous savez ce que vous voulez », répond Dominique en s’adressant du regard à Boris.
Celui-ci approuve mollement et s’empresse de changer de sujet. « Je remarque qu’il y a beaucoup d’instruments. Il doit y avoir pas mal de musiciens dans la famille ? », interroge -t-il, avant d’indiquer qu’il est lui-même amateur de blues.

Il n’en fallait pas plus pour lancer la conversation sur la musique. Boris apprend aussitôt que la plupart des dis4gens présents joue d’un instrument. Christiane chante sur les marchés, à la terrasse des cafés et dans les bars. La chanson réaliste, comme principal répertoire. Son fils Etienne l’accompagne la plupart du temps à l’accordéon. Il invite Boris à regarder de plus près les instruments. Peu à peu, les convives reprennent leurs conversations. Si bien que Lucie, un peu délaissée, en profite pour observer le comportement de tous ces gens, les allées et venues incessantes des voisins de palier. Ils s’installent, se servent un verre. Quelques-uns prennent place sur le balcon, d’autres repartent. Parmi une bonne dizaine de visiteurs, Lucie remarque particulièrement une jeune femme. Elle s’asseoit sur les genoux de Vincent et l’enlace tendrement. Puis elle se lève et lui demande de la suivre. Ils quittent la pièce sous les quolibets de Dominique.
– « Bonne fin de soirée les jeunes. Soyez discret, il y a des oreilles chastes ici », lance-t-il en leur adressant un clin d’œil.
– « C’est bon papa, t’es lourd. »
Sans prêter attention aux propos de son fils, il se tourne vers Lucie.
– « Ah l’amour, y’a que ça de vrai ! Tu veux boire autre chose ? »
Lucie décline l’offre, force un sourire. Elle n’a qu’une idée : rentrer ! Devant elle, les verres se vident et se remplissent à un rythme effréné. Un pétard commence à tourner. Boris, accoudé au balcon, siffle whisky sur whisky en bavardant avec Etienne et deux voisins de palier. Finalement, ils quittent le logement des Mézières vers 22h. En sortant, ils croisent deux couples, les bras chargés de bouteilles de vin.

De retour dans leur studio, Lucie explose. « Merci, Boris, pour cette soirée. Tu me la recopieras ! »
– « De rien », bafoue-t-il. « Sympa, la famille ! »
– « Ah, je me suis rendue compte que tu les trouvais à ton goût. Tu m’as laissé comme une gourde, dans le bruit et la fumée au milieu d’une bande de poivrots. Le Dominique est encore plus grossier que je l’imaginais et sa femme ne vaut pas mieux. Si tu apprécies leur compagnie ce n’est pas mon cas, je te prie de me croire. Je ne suis pas prête d’y retourner »
– « Tu exagères. Au fond ce sont des artistes ! »
– « Des mal-élevés, oui ! J’ai une autre idée du monde artistique, figure-toi. Là-dessus, bonsoir, je vais me coucher »
Boris rejoint Lucie au lit. Il s’approche d’elle, glisse une main entre ses cuisses. Elle repousse son bras brusquement. « Certainement pas, tu pues l’alcool ».
Quelques semaines plus tard, Lucie rencontre Madame Gallois sur le palier.
– « Ce n’est pas Dieu possible », marmonne-t-elle. Quelle bande de porcs ! »
– « De qui parlez-vous ? »
– « Des Mézières, pardi ! Qui d’autre vit ici comme dans un camp de Romanichels ? Ils déposent tout leur barda dans le couloir, sans se soucier des voisins. Quel foutoir, mon Dieu mais quel foutoir !
– « Ils sont sans gêne », acquiesce Lucie en accompagnant la femme dans l’ascenseur. L’après-midi même, Boris prévient Lucie qu’il rentrera plus tard. Il aide Dominique Mézières à transporter de l’outillage pour la dis11réfection d’un appartement. Invité à l’apéritif en guise de remerciement, il s’attarde et rentre vers 23h.
– « Tu étais encore avec ce type. Décidément c’est le grand amour ! »
– « Quand un voisin a besoin d’un coup de main, ce n’est pas un crime de donner un peu de son temps.
– « Un peu de son temps ? », s’énerve Lucie. « Mais il y a toujours quelque chose pour passer des heures chez eux. Une fois c’est pour prêter des disques au fils, une fois c’est pour réparer la voiture du frère, et maintenant c’est pour le bricolage. Et chaque fois, tu reviens saoul »
– « N’importe quoi »
– « Parfaitement », s’écrie Lucie. « Avec eux, tu bois comme un trou. Je t’ai déjà prévenu, je ne vivrai pas avec un poivrot. Tu ferais bien mieux d’utiliser ton énergie pour ton évolution professionnelle.
– « Pourquoi faire ? J’aime bien ce que je fais. Agent hospitalier, c’est intéressant et ça laisse du temps libre.
– « Et ton salaire ? Tu l’aimes bien aussi ? »
– « C’est vrai que je ne gagne pas lourd »
– « Et bien si tu veux améliorer ta situation, il faut te remuer. Boris, crois-moi, ce n’est pas la fréquentation de cette famille de traine-savate qui te sera bénéfique. Il faut être ambitieux dans la vie. Se fixer des objectifs pour progresser »

Les semaines s’écoulent. La tension s’accroit entre Boris et Lucie. Les accrochages se multiplient au sujet de leur avenir. Boris continue de fréquenter la famille Mézières, mais plus discrètement. Son emploi du temps lui permet de les rencontrer en cours de journée, il consacre de nombreuses heures à jouer au club de boules.
Un jour, Lucie décide de quitter le bureau en début d’après-midi. Elle longe les terrains de boules situés à quelques mètres de la tour, lorsqu’il lui semble entendre la voix de Boris.
– « À toi de jouer Do. C’est le moment de te sortir les doigts du cul. Sinon, la tournée de Ricard est pour toi ». Lucie se retourne et reste là, figée. Soudain, elle aperçoit une jeune femme.
– « Salut Boris », crie-t-elle. Elle court vers lui, le prend par le cou et l’embrasse tendrement sur la joue. « J’espère que tu pourras rester un peu plus tard avec nous ce soir », lance-t-elle en s’éloignant.
Au même instant, Boris remarque Lucie. Il lui adresse un timide signe de la main. Elle se retourne sans lui répondre et s’engage sur l’escalator qui mène à l’entrée de l’immeuble.

Une heure après, lorsqu’il pénètre dans le studio, Lucie alpague Boris.
– « De mieux en mieux. Qui c’est, cette poufiasse ?
– « Tout de suite, les injures ! C’est Graziella, la sœur d’un copain de Vincent »
– « Ça fait longtemps que vous couchez ensemble ? »
– « N’importe quoi. C’est une copine »
– « Boris, je pense que tu fais fausse route », reprend Lucie après une profonde inspiration. « En ce qui me dis6concerne, je te préviens, je n’ai pas l’intention de croupir avec un mec qui a pour seule ambition de picoler et de jouer aux boules avec une bande de dégénérés »
– « Mais c’est important dans la vie de prendre du bon temps »
– « Et bien continue à t’éclater. Tu prouves seulement que n’es capable que de végéter au bas de l’échelle sociale et de te satisfaire d’une existence minable »
– « Tu penses ça de moi ? »
– « Vu ton comportement, je ne vois pas ce que je pourrais penser d’autre »
Boris accuse le coup. « Ce que tu viens de me dire mérite réflexion »
– « C’est à toi d’en juger ».
Boris restera une partie de la nuit à méditer sur le balcon, à fumer cigarette sur cigarette.

La semaine suivante, en milieu d’après-midi, Boris reçoit un SMS de Lucie lui rappelant qu’elle prenait un pot avec des collègues. « Je rentrerai plus tard », avait-elle indiqué. Boris ferme son portable, un léger sourire au coin des lèvres.
À 22h, Lucie sort de l’ascenseur. Elle se retrouve nez à nez avec Madame Gallois.
– « Alors, c’est la fête aussi chez vous », dit-elle en souriant. « Bonne soirée », ajoute-t-elle en entrant dans l’ascenseur.
Lucie ouvre la porte, franchit le petit couloir. Au seuil de la pièce principale, elle reste ahurie. Dans une atmosphère irrespirable, Christiane chante, accompagnée à la guitare par Boris. Une douzaine de personnes sont entassées par terre, des verres à la main. Certains sont vautrés sur le lit. Lucie y reconnait, entre autres, Graziella. Sans dire un mot, elle tourne les talons et sort.

 

– « Comment ça, elle t’a foutu à la porte ?
– « Et bien, après la soirée, Lucie n’est pas rentrée. Le lendemain, je partais une semaine en vacances chez mes parents. Je rentre ce soir. Lucie a fait changer la serrure et laissé un mot sur la porte. Tiens, lis-le ».
Dominique saisit le papier, le déchiffre à haute voix : « Boris, tu mèneras sans moi ta vie de bohémien. Je vis désormais chez ma sœur. J’ai donné le préavis à l’agence. Adieu. Lucie ». Dominique reste un instant sans réaction. Finalement, il regarde Boris.
– « Tu veux peut-être boire quelque chose ? »
– « Avec plaisir. Une bière bien fraiche, s’il te plait », répond-il avec un large sourire.

Philippe Gitton

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Classé dans Des mots et des maux

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