Corinne Masiero, une gueule et un cœur

Révélée dans « Louise Wimmer », le film de Cyril Mennegun, Corinne Masiero est la marraine du festival Visions sociales, qui se déroule durant celui de Cannes. Autour d’un café, chez elle à Roubaix, rencontre avec une grande gueule au grand cœur.

 
Cyrielle Blaire – Tu t’es fait connaître du grand public avec « Louise Wimmer ». Ce rôle, il est arrivé comment dans ta vie ?
Corinne Masiero – J’étais à Lille avec des copains, je reçois un coup de fil : « Bonjour, je voudrais vous proposer un premier rôle dans mon film ». J’ai cru que c’était un de mes potes qui faisait la blague ! Je lui ai dit : « C’est çà, ouais ! ». En fait, c’était Cyril (Mennegun, le réalisateur, ndrl). Il ne voulait pas un visage connu du grand public ou une actrice trop éloignée du rôle, ça s’est fait comme çà.

C.B. – Le personnage de Louise faisait alors écho à des gens que tu avais connus, à ton propre vécu ?
C.M. – Comme tu peux le voir, je n’habite pas dans un coron, mais j’ai beaucoup galéré jusqu’à mes trente ans. Je le porte encore en moi. Aussi, ce n’est pas compliqué, il suffit de regarder autour de soi. Moi, quand je suis là, je donne des coups de main. louise1Samedi matin, j’étais dans un campement de citoyens roms juste à côté. On loue des bennes, on aide à la propreté du campement. On est là pour çà, non ? Pour que ce qu’on laisse derrière nous, ça soit un petit peu plus propre ? Là, je prépare la coordination InterLuttants des précaires de toute la France. Après, « Louise Wimmer », ça parlait aussi de la solitude, de la combativité, du fait de ne pas baisser les bras, du regard sur soi… Les gens s’y sont reconnus. Une fois, à Saint-Jean-de-Luz, une grosse bagnole s’arrête et un mec sort. Le stéréotype du bourge. « Excusez-moi, j’ai été très touché… » et il se met à braire (elle mime celui qui pleure). C’était trop beau !

C.B. – Être marraine du festival Visions sociales, à Cannes, cela permet de défendre une certaine vision du monde ?
C.M. – C’est important qu’il y ait une autre parole que celle qu’on a l’habitude d’entendre au cinéma. Dans les festivals, tu découvres plein de films avec des manières de penser, des cultures différentes. Là, il va y avoir un focus sur le cinéma du Moyen-Orient avec des films syriens, israéliens… Et plein de documentaires ! Ton esprit est comme çà, et là il s’ouvre (elle mime).

C.B. – Il y a un problème de représentation sociale au cinéma ?
C.M. – Vu que le cinéma est fait par des bourges, c’est logique qu’ils ne parlent que d’eux-mêmes. Au cinéma, il faut qu’on puisse voir des gens que tu rencontres dans la vraie vie. Dans « Louise Wimmer », j’avais dit à Cyril, je te préviens, tu filmes tout : les rides, la cellulite, les poils. Tout ! louiseTu peux être merveilleuse sans ressembler à une gravure de mode ! Au théâtre, c’est pareil, quand j’ai commencé, on voulait que je gomme mon accent du Nord sous prétexte que ça venait du prolétariat. J’ai essayé de l’imposer. On m’a dit « ouais mais tu vois, Shakespeare avec ton accent ? » Ok, bah, vas-y-toi , Shakespeare, tu le joues en anglais, mais en anglais de l’époque ! Moi, je suis née à Douai, mais j’ai habité de tous petits villages et on parlait patois. A l’école, c’était sale, on m’a dit qu’on ne parlait pas comme ça. Une manière de dire que moi, mes proches, on était des sous-humains.

C.B. – A Cannes, tu as mis une robe pour monter les marches ?
C.M. – Ah non ! Mon agent de l’époque m’avait ramené des robes de couturiers, tu vois le truc ? Mais c’est pas moi ! La veille, je suis allée avec un copain à Lille chez Tati et chez un Chinois où on vend des bijoux au kilo (rires). Je suis arrivée à Cannes avec un costard, juste un soustif et mes breloques qui cachaient les nibards : ça l’a fait ! Moi, je suis une timide. Mais quand je me suis retrouvée comédienne, j’ai eu le droit d’être qui j’étais. J’avais même le droit d’être moche ! Sur scène ou à l’écran, y a rien qui me fait peur, mais dans la vie… Propos recueillis par Cyrielle Blaire.
En 2012, Corinne Masiero endosse dans « Louise Wimmer » le rôle d’une femme sur la brèche. Louise vit dans sa volvo break quand elle ne court pas après des heures de ménage dans des hôtels. Dans un box, elle a rassemblé toute sa vie en attendant un chez soi en HLM qui restaurera sa dignité. Une première œuvre de fiction récompensée du César du meilleur premier film en 2013, et une révélation pour cette comédienne venue du théâtre.

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