Yves Sapir, violoniste et syndicaliste

Violoniste à l’Orchestre national de Toulouse, Yves Sapir est aussi le président du SNAM-CGT, l’Union nationale des syndicats d’artistes musiciens. Qui s’alarme des conséquences de l’austérité budgétaire sur les missions de service public des orchestres.

 

 

Jean-Philippe Joseph – À Radio France comme dans les collectivités locales, la baisse des dotations de l’État fait peser de réelles menaces sur les orchestres. Est-ce la fin de l’ambition tracée il y a quarante ans ?
Yves Sapir – L’idée de démocratiser l’accès à la culture s’est développée avec le Front Populaire et le Conseil national de la résistance. Jusqu’au plan Landowski [chef de la musique aux Affaires culturelles], en 1967, dont la vision se fonde sur l’équité territoriale et la création d’outils au service du plus grand nombre. C’est ainsi qu’un peu partout sur le territoire, des orchestres se sont créés autour de musiciens

Co/Daniel Maunoury

Co/Daniel Maunoury

permanents. Avec pour mission de diffuser et promouvoir tout un répertoire (symphonique, lyrique, chorégraphique…), favoriser la création et mener des actions pédagogiques en direction des scolaires et des étudiants, notamment.

J-P.J. – Pour autant, la musique classique et l’opéra semblent toujours difficiles d’accès pour les non-initiés. La diffusion du répertoire représente-t-elle toujours un enjeu ?
Y.S. – Est-ce qu’on se demande à quoi ça sert d’étudier les grandes œuvres de l’esprit en littérature ? La question est de savoir si on laisse le marché et les grandes industries culturelles décider de ce que va être le goût du public ou s’il appartient aux pouvoirs publics de porter une vision qui mette en valeur des modes d’expression qui fondent la culture d’un pays et la société. Le modèle économique d’un orchestre, nos esthétiques ne peuvent pas s’insérer dans une logique de marché. Le soutien des pouvoirs publics est essentiel si on veut que la musique classique, l’opéra, la création contemporaine continuent de vivre. On le voit à Toulouse, une politique de sensibilisation alliée à la création d’offres d’abonnements attractives conduit véritablement à élargir, renouveler et fidéliser le public.

J-P.J. – Avec les incertitudes liées à la réforme territoriale, les collectivités incitent toujours plus à réduire les programmations et à diminuer les coûts de production…
Y.S. – La classe politique, aujourd’hui, n’a pas beaucoup d’appétence pour la chose culturelle. Elle n’y connaît rien, souvent, c’est dramatique. La question culturelle est posée uniquement en termes économique et comptable. Alors, nous nous battons, comme à Avignon, en 2014. La mairie de l’époque voulait tailler dans ses subventions à l’orchestre. Pour cela, elle avait fait réaliser un sondage dans lequel, entre deux questions sur les feux rouges et les jardins publics, on demandait aux habitants s’ils trouvaient normal que la Ville finance un orchestre. Les gens avaient répondu « oui », à 30 %. La mairie avait renoncé à son projet, mais le soutien du public avait été déterminant.

J-P.J. – Justement, en été, la période des festivals bat son plein. L’occasion d’interpeller le public et les élus ?
Y.S. – Nous nous situerons sur le terrain des idées. Avec en ligne de mire, la future loi d’orientation sur la création artistique, le patrimoine et l’architecture. Nous envisageons aussi d’organiser des états généraux des musiciens d’orchestres. Pour dire, notamment, que cette nouvelle phase dans la décentralisation culturelle ne doit pas se faire par l’abandon de l’ambition d’équité territoriale et d’accès pour tous à la culture. Il ne faudrait pas que la fusion des régions s’accompagne de la fusion des orchestres, car alors sur des territoires entiers, l’offre musicale redeviendrait le fait du prince. Propos recueillis par Jean-Philippe Joseph

 

État des lieux :
Baisse des subventions, projets de fusions, menaces de licenciements et/ou de fermetures… De Montpellier à Paris, de Caen à Grenoble, en passant par Dijon, Cannes ou Nice, les orchestres symphoniques subissent de plein fouet la réorientation des subventions par les collectivités territoriales vers des domaines jugés plus grand public que la musique classique. Au nombre d’une quarantaine, ils emploient quatre mille permanents.

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Classé dans Entretiens, rencontres, Musique et chanson

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