La nuit, la Tempête a du chien !

Au Théâtre de la Tempête, un adolescent autiste veut à tout prix élucider le mystère du « Bizarre incident du chien pendant la nuit ». Une pièce mise en scène avec finesse et humour par Philippe Adrien. Avec Pierre Lefebvre, un jeune acteur époustouflant dans le rôle-titre.

 

 

Convaincu par l’enthousiasme d’une amie comédienne qui avait vu « Le bizarre incident du chien pendant la nuit » à Broadway, le roman de Mark Haddon adapté au théâtre par Simon Stephens, Philippe Adrien a pris le parti du « théâtre-récit » où narration et représentation alternent ou se jouent en simultané. Une difficulté dont il se joue avec brio.
Christopher, atteint du syndrome d’Asperger, autisme de haut niveau, est à la fois hyperdoué – un génie des sciences – mais, inadapté à nombre de règles sociales, il communique difficilement. Il est enfermé dans un monde parallèle où la répétition le rassure quand tout changement est porteur d’angoisse. Pourtant, ce soir-là, Christopher nous annonce que « dans le bus aujourd’hui en allant à l’école, on a croisé quatre voitures rouges d’affilée. Donc aujourd’hui, c’est un Bon Jour…. Je vais essayer de découvrir qui a tué Wellington parce qu’un Bon Jour, c’est un jour pour faire des projets et organiser des choses ». 21137722980_521ca078a2_oCette quête pour trouver le meurtrier de Wellington, le chien de sa voisine, devient vite obsessionnelle en dépit des efforts d’un père aimant mais un peu dépassé.

Aux arguments que les adultes déploient pour le convaincre, il oppose la fulgurance de la vérité nue et son innocence : son cerveau ignore la duplicité. Son intelligence supérieure s’allie à une logique irréfutable. Las, il lui est infiniment plus facile de comprendre la théorie de la relativité que les êtres humains qui l’entourent. Il constate que « le monde est plein de choses évidentes que personne ne remarque », cela contribue à son isolement et à sa difficile adéquation à l’environnement social. Lorsqu’il découvre que sa mère n’est pas morte mais qu’elle est partie vivre à Londres, le mensonge le révulse. Il entre alors en rébellion contre son père et décide de rejoindre sa mère… La seule dont il accepte d’effleurer la main, paume contre paume, il ne supporte pas que quiconque le touche. Faisons-là une halte pour dire notre admiration devant l’interprétation exceptionnelle de Pierre Lefebvre, bouleversant dans l’incarnation de cet adolescent de quinze ans dont il nous offre l’image même de la pureté dans ses joies, ses chagrins, ses colères violentes et ses moments d’enfermement psychique. L’ensemble de la distribution est elle – aussi excellente.

Londres, le voici face à ce pari fou, pour lui qui n’a jamais quitté son quartier… Quelle aventure pour ce jeune garçon, si fragile émotionnellement, dont la perception du monde extérieur est violemment amplifiée ! Trouver la gare, prendre le train puis courageusement s’engouffrer dans les entrailles souterraines du métro : il affronte le bruit et le chaos, il échappe avec ruse à la police qui veut le ramener chez son père. Sur les planches de La Tempête, la mise en scène de cette épopée est particulièrement graphique, inventive et drôle. Un final heureux : il retrouve sa mère et remporte haut la main un concours de mathématiques qui lui tenait à cœur ! De ce superbe spectacle, on ressort nourri, ébloui, amusé et apaisé. Chantal Langeard

 

theatre1Les suggestions de Chantiers de culture en cette ouverture de saison 2015-2016 :
– « La demande d’emploi » mise en scène par René Loyon à L’épée de bois, « Les voisins » par Marc Paquien au Théâtre de Poche et « Bettencourt Boulevard ou une histoire de France » par Christian Schiaretti au TNP de Villeurbanne : trois œuvres de Michel Vinaver, l’un de nos plus grands auteurs contemporains.
– « Un poyo rojo » avec Alfonso Baron et Luciano Rosso au Théâtre du Rond-Point. Entre humour et sport, danse et cabaret, le spectacle complètement déjanté de deux athlètes-artistes argentins. Décapant, époustouflant.
– « Au-dehors » d’Alain Ubaldi, auteur et metteur en scène, au Théâtre de Belleville. Selon notre contributeur Serge le Glaunec, « interprété par Stéphane Schoukroun, le spectacle est mis en scène de manière très juste. Une écriture qui porte véritablement la parole du monde, en toute simplicité et rigueur. Un spectacle qui émeut, interroge sur l’homme au travail, le sens du travail, la disparition des collectifs ».
– « Hyacinthe et Rose », de et par François Morel au Théâtre de l’Atelier : adapté de son ouvrage au titre éponyme, la chronique douce-amère du temps d’avant, celui des grands-parents.
– « Le cercle des illusionnistes » et « Le porteur d’histoire » d’Alexis Michalik, deux spectacles récompensés de trois Molière à la Comédie et au Studio des Champs-Élysées. Deux superbes moments de théâtre encensés par l’ensemble de la presse !
– « Père » d’August Strindberg, mis en scène par Arnaud Desplechin à la Comédie Française. Une première pour le cinéaste, « cette histoire où la haine la plus grande confine à l’amour le plus fou rejoint les thèmes chers à Arnaud », confie l’administrateur Eric Ruf.
– « Hommage à Leadbelly », le grand chanteur et guitariste de blues et de folk, par les virtuoses Eric Bibb et Jean-Jacques Milteau, guitariste et harmoniciste. Un nouveau CD « Lead Belly’s Gold », en concert le 06/10 à l’Alhambra et le 10/10 au festival « Nancy Jazz pulsations ».

–  » Le philosophe et la putain » de Jacques Rampal au Théâtre 13. A l’heure où Diogène sort de son tonneau, le plus iconoclaste des philosophes grecs sème la pagaille parmi les étroits d’esprit de tous les temps.

theatre2« Le retour au désert » de Bernard-Marie Koltès à la Comédie de Saint-Étienne. Dans une mise en scène d’Arnaud Meunier avec Catherine Hiegel et Didier Bezace, deux merveilleux comédiens.

–  » Journal d’une apparition » au Théâtre national de Chaillot. En compagnie de la comédienne Pauline Masson et du pianiste Antoine Bataille, Gabriel Dufay rend hommage au grand poète Robert Desnos.

– » Intrigue et amour » de Fiedrich Von Schiller, mis en scène par Yves Beaunesne au Théâtre 71 de Malakoff. Créée au Théâtre du Peuple de Bussang, une œuvre dénonçant pouvoir autoritaire et classes sociales, un chant prémonitoire à 1789.

– « Noire » de Christian Hahn à la Manufacture des Abbesses. Sous la peau de la comédienne Nadine Zadi, la vie d’une femme française d’origine africaine qui réinvente la négritude à sa façon…

–  « Un Deux Trois…, Soleil » de Christelle George, dans une mise en scène de Michel Voletti. Dans le bel écrin du Ranelagh, au retour de Claire au bercail, une subtile et tendre histoire d’amour familial.

– « Les géants de la montagne » au Théâtre national de la Colline. Dans une mise en scène de Stéphane Braunschweig, l’œuvre ultime et inachevée du grand dramaturge italien Luigi Pirandello. Dans le cadre d’un « Automne italien« , jusqu’au 24/10.

N’oubliez pas de consulter les dates de tournée en province pour ces diverses propositions et osez partir à la découverte d’autres lieux encore, parmi des dizaines d’autres, où il est bon de fouler les planches : le Théâtre de l’Aquarium et le CDN de Sartrouville, La Commune à Aubervilliers et le Gérard Philipe à Saint-Denis, le Paris-Villette et le Mouffetard, la Bastille et le Monfort , le Théâtre des Quartiers d’Ivry et le TNB à Rennes, la Girandole à Montreuil et le Studio-Théâtre de Stains…

Bon spectacle à chacune et chacun, n’hésitez pas à nous transmettre critiques, commentaires et suggestions. Yonnel Liégeois

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1 commentaire

Classé dans Festivals, Rideau rouge

Une réponse à “La nuit, la Tempête a du chien !

  1. Patrick Harivel

    « SELMA » texte de Per-Olov Enquist pour 4 représentations exceptionnelles au Théâtre de Ménilmontant à Paris 20ème. Les 2-3-4-5/11/2015 à 20H30.

    Cette pièce de théâtre met en scène quatre grands artistes suédois dont la grande dame des Lettres Suédoises : Selma Lagerlöf, le cinéaste Victor Sjöstrom, la comédienne Tora Teje et le chef-opérateur Julius Jaenzen.
    SELMA nous donne à voir, à entendre « les conditions de la naissance d’une oeuvre d’art », mais elle est surtout la délivrance d’une parole de quatre êtres meurtris par des traumatismes d’enfance et qui ont pu, su surmonter ceux-ci par la création artistique.
    L’histoire ne dit pas s’ils sont heureux. Elle nous dit seulement, et surtout, qu’ils ont bâti, construit, imaginé, conçu, agi et qu’ainsi ils ont pu avancer et être reconnus pour eux-mêmes et pour les autres. Au-delà de la question de l’alcoolisme qui réunit les quatre personnages, au delà de la création purement artistique qu’ils ont aussi en commun, c’est bien de l’activité humaine comme moteur de vie dont il s’agit. Le texte n’est pas constitué d’une succession de confessions fastidieuses. Au contraire. La langue est alerte, vivante, directe. Les échanges font mouche et rythment la fable. Elle ménage aussi de vrais instants d’émotions, quand les convenances font place à la sincérité. La poésie affleure souvent. Les ressorts dramatiques sont nombreux, la linéarité est absente. L’humour et l’autodérision ont largement droit de cité : toutes choses qui font de ce texte un vrai et touchant moment de théâtre.

    Si vous souhaitez venir à l’une de ces représentations, vous pouvez soit réserver directement au Théâtre ou bien, pour bénéficier d’un tarif réduit, me contacter (patrick.harivel@orange.fr) et je transmettrai votre nom à la billetterie.

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