Correspondants de guerre, un métier en enfer

Le prix Bayeux-Calvados fut créé en 1994 à l’occasion du 50è anniversaire du débarquement allié dans une région qui paya un lourd tribut à la liberté. Un vibrant hommage a tous ceux qui risquent leur vie dans le monde pour nous informer.

 

 
Pas de meilleur choix pour cette manifestation, qui se veut « un hommage à la liberté et à la démocratie », que cette ville de Normandie, une région qui paya un lourd tribut lors du dernier conflit mondial. Bayeux, depuis plus de vingt ans, rend hommage aux reporters de guerre qui sillonnent la planète. E¦üxe¦ü affiche A4 PBC 2015 FR (Copier)Qu’ils soient journalistes, photographes, cameramen, preneurs de son ou vidéastes en première ligne sur tous les conflits, y compris dans les zones gangrenées par un terrorisme barbare.

Le visuel de l’édition 2015 reprend une photo du reportage de Mohammed Al-Shaikh pour l’agence France Presse primé en 2014 : la répression au Bahreïn contre les opposants au pouvoir. La manifestation comporte une grande variété d’initiatives, toutes gratuites : expositions photographiques, soirées cinéma, rencontres thématiques, tables rondes avec notamment celle d’Amnesty International, le 10 octobre, « Les civils sous le règne de la terreur ». Au salon du livre, on y trouvera « Reportages pour mémoire, 40 ans de journalisme de l’Arabie à la Chine », le livre de Philippe Rochot qui fut otage au Liban pendant plusieurs mois. Ainsi que l’histoire tragique de la jeune Jinan, « Esclave de Daech », qui s’est confiée au journaliste Thierry Oberlé et l’ouvrage de Pierre-Jean Luizard « Le piège Daech ». A ne pas manquer le déjà remarqué document de la journaliste Garance Le Caisne, « Opération Cesar », qui révèle ou plutôt confirme l’horreur des tortures et sévices infligés à ses opposants par le régime syrien.
Sur le même sujet, sera projeté « Disparus », le film de Sophie Nivelle-Cardinale et Etienne Huver … D’une façon générale, la programmation confirme la place importante des femmes dans cette profession. Il semblerait que le plafond de verre, omniprésent dans d’autres secteurs, ne résiste pas à la ligne de feu ! Pour s’attaquer parfois à des sujets moins brûlants, quoique… Depuis Assouan en Nubie, jusqu’au bord de la Méditerranée, pour son livre, Marion Touboul a demandé aux Égyptiens ce « Que représente l’amour pour vous ? ». A noter aussi ce clin d’œil émouvant à l’histoire avec l’exposition « Quelque part en France – l’été de John G.Morris ». Cet américain, photo-éditeur pour le magazine Life, accosta en Normandie sept semaines après le débarquement, en renfort pour les correspondants de son magazine : loin des combats, des instantanés émouvants d’un été pas comme les autres, exhumés d’un tiroir bien des décennies plus tard.

IRAQ, 2014. Expo Moises Saman

IRAQ, 2014. Expo Moises Saman

Le jeudi 8 octobre, au Mémorial des Reporters, Christophe Deloire, secrétaire général de « Reporters sans frontières » inaugurera une stèle en hommage aux 71 journalistes et 20 « Net-citoyens » tués en 2014 ainsi qu’aux 12 victimes de l’attaque contre Charlie Hebdo. Il évoquera également les 51 journalistes morts en Syrie depuis 2011. Ne l’oublions pas, le Prix Bayeux-Calvados est aussi bien sûr, et avant tout, un prix international de journalisme. Une compétition à l’issue de laquelle seront attribués les trophées pour chaque catégorie de reportage (radio, photo, presse écrite, télévision, jeune reporter et web journalisme). Le jury est présidé cette année par une journaliste émérite de nationalité britannique, Carlotta Gall. Au début de sa carrière en 1994, elle a couvert la guerre en Tchétchénie, puis elle entre au New York Times en 1999. Pour être envoyée dès 2001 en Afghanistan où elle fut chef du bureau de Kaboul.

Ce festival, unique en son genre en France, incite à la réflexion sur notre rapport à l’information et notamment à l’image, sur l’importance et la fragilité des vies qui sont en jeu pour nous rapporter l’une et l’autre. Mais si la mort et/ou la captivité sont les plus grands risques encourus par les correspondants de guerre, ce ne sont pas les seuls : les restrictions budgétaires des rédactions, désormais souvent aux mains de trusts financiers, réduisent en effet les commandes de la presse écrite et des autres médias. C’est souvent à leurs frais qu’ils partent à la recherche de l’information, sans être nullement assurés de vendre leur reportage au retour.

Le prix Bayeux-Calvados est une belle occasion de les encourager et de les remercier. Chantal Langeard

Publicités

Poster un commentaire

Classé dans Cinéma, Expos, installations, Festivals, Littérature, Pages d'histoire

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s