Du livre à l’écran, le grand débat

A l’initiative de l’association « Les amis des Éditions de l’Atelier », se tient le 7 novembre à Paris un colloque sur le thème « Donner le goût de lire : à l’heure du numérique, que peut inventer l’Éducation Populaire ? ». Au rendez-vous du grand public, en partenariat avec les « Chantiers de culture », professionnels et universitaires tenteront ensemble de relever le défi : promouvoir la lecture pour tous.

 

 

 

Les exemples abondent. Dès l’enfance parfois, nombreux sont les hommes et femmes qui furent bouleversés à la lecture d’un ouvrage. Au menu, la découverte d’autres mondes ou d’autres cultures, le dépaysement, l’évasion, l’imaginaire, la poésie… Affiche colloqueDe livre en livre, un bonheur à tourner les pages qui, dès lors, ne les a plus jamais quittés ! A la fréquentation toujours plus enthousiaste des salons du livre pour la jeunesse, à l’augmentation sans cesse croissante du nombre de parutions à chaque rentrée littéraire, à la multiplication des « gratuits » offerts aux usagers des transports en commun, il semblerait donc que nos contemporains soient devenus des « bêtes de lecture ». Mythe ou réalité ? Un paysage, en fait, plus complexe qu’il n’y paraît.

Professeur des écoles dans un quartier populaire de Fécamp, classé ZEP et en zone sensible, Olivier Héricher s’appuie sur un double constat. « Peu d’élèves possèdent une bibliothèque à la maison, certains parents ne savent d’ailleurs pas lire et ne peuvent de ce fait accompagner leurs enfants », explique-t-il, « par contre je suis toujours émerveillé de voir des élèves qui se rendent à la bibliothèque et qui, parfois, apportent ce qu’ils peuvent de chez eux pour faire partager à toute la classe leurs passions ou leurs découvertes ». A l’évidence pour cet enseignant, le livre doit donc garder toute sa puissance d’attraction face à la « force de frappe » du numérique !
Sur sa tablette ou son smartphone, le lecteur picore et pioche, zappe ou enregistre l’information à grande vitesse. Pas toujours soucieux de sa fiabilité et de sa véracité, l’affirmation « je l’ai lu sur internet » se prétendant suffisante pour en asseoir la crédibilité… Une démarche individualiste, les yeux rivés à l’écran, où la proximité rivalise avec la familiarité, voire avec la facilité. colloque2Faut-il pour autant opposer le support papier au numérique ? « Du papyrus aux tablettes numériques, des moins-copistes à la PAO, la technologie permet de faire évoluer les modes de lecture au bénéfice du plus grand nombre, inscrivant l’écrit et le livre dans l’éducation et la culture », soutiennent pour leur part les organisateurs du colloque, membres de l’association « Les amis des Éditions de l’Atelier ». Sans nier cependant nouvelles questions et nouveaux défis que posent l’arrivée massive des écrans dans tous les secteurs de vie, l’utilisation à grande échelle d’internet et des réseaux sociaux.

A l’affirmation partagée que l’accès à la lecture et au goût de lire est transformé par la place que prend le numérique dans la vie de chacun, en particulier du jeune public, demeurent en suspens les interrogations essentielles : comment apprendre à se servir de ces nouveaux outils, comment les utiliser en complément ou en soutien du support papier et réciproquement ? Pour Pierre Bray, formateur et animateur au sein de la structure associative du Réseau Éducation populaire, le « REP », si la lecture peut se faire aussi sur un support numérique, « il faut avant tout redonner le goût de lire à chacun, quel qu’en soit le chemin, car il s’agit là d’un enjeu pour une appropriation personnelle de la culture ». Avec le corollaire à la lecture, l’écriture… « Il faut inciter chacun à écrire, surtout ceux qui n’ont pas fait les grandes écoles, écrire fait aimer lire, et réciproquement lire fait aimer écrire », soutient le spécialiste. Avec cette dimension essentielle, la grande force du livre peut-être face à l’écran : l’ouverture à l’autre, à la rencontre, au partage d’émotions et de sensations !
colloque3Certes, d’aucuns le reconnaissent, l’expérience de l’éducation populaire est au cœur de ces questions, la promotion du livre y a tenu une grande place. Est-ce encore le cas aujourd’hui, face à l’émergence de nouveaux outils ? Si par vocation l’éducation populaire agit pour l’émancipation des personnes et l’acquisition de connaissances, assume-t-elle encore cette mission, la promotion du livre vivant, quel que soit son support ? D’où l’enjeu d’un tel colloque : comment déclencher le désir de lecture et d’écriture à tous les âges de la vie ? Comment les outils numériques influencent-ils la manière de lire et d’écrire, de comprendre le monde et d’agir pour le transformer ? Une journée de débats, de partage d’expériences et de réflexions, qui se veut riche de perspectives pour donner ou redonner à chacun le goût de lire : relever d’abord le défi d’autres chemins d’émancipation à emprunter, répertorier ensuite et évaluer les savoirs et acquis de ce que l’on nomme « éducation populaire », inventer et mutualiser enfin de nouvelles pratiques pour que la culture demeure ou devienne une richesse accessible à tout public. Loïc Maxime

Les intervenants au colloque :
– Claire Belisle : consultante en ingénierie de formation et environnement numérique, anciennement ingénieure de recherche en sciences humaines et sociales au CNRS.

– Nathalie Caclard : conseillère culturelle numérique à la Direction de la Culture du Conseil départemental du Val de Marne.

– Jean-Christophe Sarrot : volontaire permanent à ATD Quart Monde.

– Bernard Stephan : directeur des Éditions de l’Atelier.

– Sarah Waechter : responsable de la présence web à la médiathèque de Fontenay-sous-Bois.

A lire et faire lire :

  • « Petit éloge de la lecture », de Pef : le célèbre papa du prince de Motordu nous entraîne dans ce « plaisir primal de la lecture, donner à voir l’invisible, entendre l’inaudible au-delà du tracé dérisoire de l’écriture ».
  • « Comme un roman », de Daniel Pennac : le célèbre auteur de la série des « Malaussène » nous conte avec humour les droits imprescriptibles du lecteur. Les dix bonnes raisons de lire ou de ne pas lire, parce que « le verbe lire ne supporte pas l’impératif ».
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Classé dans Entretiens, rencontres, Littérature

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