Montserrat, carton rouge à la FIFA

Le 200ème article sur Chantiers de culture.

Ricardo Montserrat, romancier et dramaturge français, est l’auteur du manifeste « Carton Rouge pour la FIFA » adressé par la CGT, la Confédération Générale du Travail, à l’instance internationale du football. Pour dénoncer les conditions de travail dans les stades en cours de construction au Qatar.

 

 

Jean-Philippe Joseph – Comment avez-vous été amené à rédiger ce manifeste ?
Ricardo Montserrat – J’avais déjà travaillé avec la fédération CGT de la Construction, notamment à propos des

Co Daniel Maunoury

Co Daniel Maunoury

travailleurs détachés. Une pièce de théâtre était née, « Chantiers Interdits ». Il y a quelques mois, un responsable de la fédération me parle de Carton Rouge et me dit : « Écoute, il faut faire quelque chose qui ne soit pas un tract syndical, quelque chose qui touche les gens ». J’avais lu des choses sur les chantiers au Qatar, les morts (1 400 !), les ouvriers traités en esclaves… J’ai proposé l’idée d’un manifeste qui serait lu par différentes personnalités du sport, du cinéma, etc… Ce serait le meilleur moyen de dire que le sport, c’est de la culture, et la culture, c’est ce qui ouvre à l’Autre, à un autre possible.

J-P.J. – Le manifeste a été lu pour la première fois à la Fête de l’Humanité, en septembre 2015, par Robin Renucci…
R.M. – Et de très belle manière. Cinq ans nous séparent du Mondial au Qatar. D’ici là, il y aura d’autres manifestations sportives pour lesquelles, on le sait, les droits des travailleurs ne seront pas respectés. J’ai vécu plusieurs années en Amérique latine, entre autres au Chili, sous Pinochet. Beaucoup de gens pensaient que la dictature ne finirait jamais. Les stades ont été les premiers lieux de manifestations populaires. Des banderoles ont été brandies, des slogans ont fleuri, le cours de l’Histoire a été inversé. Même dans les systèmes politiques basés sur la peur, l’angoisse, la culture de la mort, il y a une chose qu’on ne peut enlever : le rêve, le rire. Le film Timbuktu le montre bien, avec cette scène magnifique où des enfants jouent au foot avec un ballon imaginaire.

J-P.J. – Que représente le football pour vous ?
R.M. – Des souvenirs d’enfance. Mon père est un réfugié politique espagnol. Tous les dimanches, il jouait au foot. Le stade est un lieu où l’on se rencontre, où l’on fraternise. Certains disent que le foot n’est que du fric. Non, le foot, c’est avant tout une fête. Après, oui, le capitalisme a détourné cette fête pour en faire une machine à profit. Mais la quatarfête n’appartient pas à ceux qui « l’organisent », la FIFA, et encore moins aux géants du BTP. La fête, comme le stade, appartient au peuple. Pas une goutte de sang ne doit être versée pour le moindre centimètre carré de pelouse, le moindre mètre cube de béton. C’est aussi le sens de ce manifeste.

J-P.J. – Votre œuvre tourne beaucoup autour de l’exclusion, du chômage. Vous avez animé des ateliers de création avec des salarié-e-s de diverses entreprises… Quel regard portez-vous sur le monde du travail ?
R.M. – Je reproche à la Gauche d’avoir réduit le travail à la souffrance. Dans le travail, on se cogne, on souffre, on en bave bien sûr mais, d’abord, on fait ensemble. Travailler, c’est faire de son mieux, et c’est aussi « SE » travailler. Vouloir que chaque seconde, chaque minute de notre temps soient évaluées, rentabilisées, est un leurre. Derrière chaque pilier d’un stade, il y a un architecte, un maître d’œuvre, un ingénieur… et beaucoup d’ouvriers. Il y a une histoire. Les femmes et les hommes de culture sont là pour ça : rappeler sans cesse que derrière la moindre chose, le moindre objet, il y a des existences, des rêves, à raconter, à re-présenter. Le travail est une histoire de vie. Si on ne raconte pas les histoires, il n’y aura plus que les chiffres. Et les chiffres, c’est terrible. Propos recueillis par Jean-Philippe Joseph

Repères :
Carton rouge pour la FIFA est une campagne lancée par la Fédération CGT de la Construction. Elle vise à interpeller l’opinion publique, les dirigeants politiques et sportifs (à commencer par la Fédération française de football) sur l’absence de droits des travailleurs et les conditions de travail inhumaines sur les chantiers au Qatar, en vue de la Coupe du monde 2022 de football.

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Classé dans Entretiens, rencontres, Sur le pavé

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