Sofia Lichani, (in)juste ciel !

Dans un récit plein d’humour, « Bienvenue à bord« , l’ancienne hôtesse de l’air de Ryan Air croque les coulisses de son expérience édifiante au sein de la compagnie low cost. Et Sofia Lichani d’enjoindre les salariés d’Air France à ne rien lâcher.

 

 

Eva Eymeriat – Le tableau que vous dépeignez chez Ryan Air est très sombre…
Sofia Lichani – J’ai été recrutée en cinq minutes. On m’a testée en anglais et demandé si je pouvais financer ma formation de 1400 livres sterling. J’ai signé un contrat avec une société d’intérim irlandaise et j’ai attendu deux ans avant d’être employée directement par Ryan Air. La compagnie paie le temps de vol, pas le temps de travail : le temps passé à embarquer les passagers, à faire le ménage… n’est pas rémunéré. En quatre ans, sur 5000 heures travaillées, on ne m’en a payé que 3700 ! Dans notre contrat, il n’était pas question de faire grève, ni d’adhérer à un syndicat. La surveillance est permanente.

E.E. – Vous avez été mutée par la suite à Marseille mais toujours avec un contrat de travail irlandais
S.L.J’ai vécu la réalité de la directive Bolkenstein ! Je me suis cassé le pied, j’ai bataillé avec la Sécu irlandaise. Pendant un mois, on a défalqué de ma paie 36 euros d’arrêt maladie par jour !

E.E. – Décrivez nous une journée type…
sofiaS.L. – Nous assurions quatre vols par jour. Une journée standard, c’est lever à 3h 15 du matin, on nous fait porter des uniformes financés sur nos deniers mais très mal taillés (rires !), arrivée à Marignane à 5h 10, briefing, 6h 10 on embarque… Il n’y a ensuite que vingt-cinq minutes entre l’instant où l’avion atterrit et le décollage suivant. Il faut travailler comme une furie : débarquer les passagers comme du bétail, nettoyer, faire le « security check » (vérifier qu’il n’ y a pas de bombes cachées) et… embarquer de nouveau. Ryan Air est la seule compagnie à avoir des rotations aussi courtes, rentabilité oblige.

E.E. – Quid justement de la sécurité ?
S.L. – Nous étions tous très investis en la matière. Mais sachez que Dublin met la pression aux pilotes pour qu’ils chargent un minimum de kérosène, cela a déjà donné lieu à des atterrissages d’urgence. Je me souviens aussi que sur un vol , les passagers marseillais s’étonnaient que personne de l’équipage, hormis moi, ne parlait français. Or, il arrive souvent qu’il n’y ait pas un seul francophone dans l’équipage. S’il y a une urgence, que se passera-t-il si personne ne se comprend ?

E.E. – Passagers parfois agressifs, qui tentent de fumer, d’assouvir leurs fantasmes ou qui vomissent à tour de bras : la tache est parfois rude !
S.L. – C’est un beau métier, un rêve de petite fille. Mais c’est épuisant. Gérer 800 passagers par jour, subir la pression atmosphérique : on gonfle, on dégonfle… Le tout pour 1200 à 1400 euros par mois, primes comprises ! Nous avions aussi une forte pression pour faire un maximum de ventes à bord.

E.E. – Quel regard portez-vous sur les conflits qui se multiplient dans les autres compagnies aériennes, notamment à Air France ?
S.L. – Ryan Air, bénéficiaire grâce à ses salariés exploités, vit aussi de subventions publiques. Or, la compagnie n’applique pas les lois françaises, c’est déloyal ! J’espère que les choses bougeront un jour à Ryan Air, ça viendra sans doute des pilotes qui subissent une grosse pression. Le PDG, lui, leur conseille d’aller voir des prostituées plutôt que de se syndiquer … Le modèle de Ryan Air ne doit surtout pas devenir celui des compagnies traditionnelles. J’espère que les salariés d’Air France ne lâcheront rien. Des gens se sont battus pour les acquis sociaux. Si on laisse faire, demain, on aura quoi : le travail d’enfants à bord ? Propos recueillis par Eva Emeyriat
Sofia Lichani, 31 ans, fut hôtesse de l’air pour Ryan Air entre 2006 et 2011. Depuis, elle a raccroché son seyant uniforme, elle travaille actuellement dans le commerce international.

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