Braud et Jounin, BD contre BTP

Claire Braud et Nicolas Jounin signent « Chantier interdit au public ». Quand une auteure de BD s’associe à un sociologue de terrain, cela donne une fiction percutante sur les dessous du BTP. En compagnie d’Hassan et des ferrailleurs, un récit graphique vif et décapant.

 

 

« Les gars !! L’inspection du travail va débarquer !! Y faut tout me sécuriser ! » Recruté le matin même par une agence d’intérim peu regardante sur ses papiers, Hassan s’improvise ferrailleur sur un chantier « Boucifage ». Sur place, le chef de chantier fulmine : les manœuvres sans papiers ont déserté avec la dernière inspection du travail. Il faut pourtant intensifier la cadence. Sous l’aile protectrice de son cousin Soleymane, Hassan découvre aux côtés de l’équipe de gros œuvre la réalité du BTP. Au fil des jours, le jeune intérimaire va rapidement déchanter… Porté par des personnages aux traits de crayon acérés et aux caractères biens chantier1trempés, « Chantier interdit au public », un récit graphique vif et décapant, nous révèle l’arrière boutique des grands chantiers du BTP : intérimaires maintenus à des postes sous payés, hiérarchie ethnique, mise en danger délibérée des salariés, usure des corps… Avec pour seul mot d’ordre la réduction des coûts.

Faisant le pari de vulgariser la sociologie en ancrant ses fictions dans la réalité du terrain, la collection « Sociorama » lancée par Casterman associe les talents d’un bédéaste aux travaux d’un chercheur. Fiction rythmée inspirée de faits réels, l’album s’appuie sur l’enquête éponyme réalisée il y a quelques années par le sociologue Nicolas Jounin, embauché comme intérimaire dans le BTP. Porté par le trait imaginatif de Claire Braud et des dialogues qui fusent, le résultat est réjouissant. Dans le huis clos d’une agence d’intérim, les confidences recueillies auprès des employeurs nous livrent sans fard le partage ethnique des tâches qui organise la vie des chantiers. « Demande à un Français de se lever de bonne heure, ça le mec tu peux l’attendre ! Mais le boubou, il y sera », affirme un petit patron affalé sur sa chaise de bureau.

Aux Africains, les missions de manœuvres où l’on se casse le dos, aux quelques Français embauchés les emplois qualifiés. Et à « Boucifage » les profits maximaux. Cyrielle Blaire

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Classé dans Documents, essais, Sur le pavé

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