Edwy Plenel, au fil du Maitron

Edwy Plenel, le patron de Mediapart, nous invite à un « Voyage en terres d’espoir », nouvellement paru aux Éditions de l’Atelier. À la découverte des obscurs et des rebelles qui se nichent dans le Maitron, cet extraordinaire dictionnaire des militants. Un bel hommage à butiner.

 

 

Promenons-nous dans le « Maitron », dans cette incroyable forêt rassemblant quelque 168 000 biographies de militants du mouvement ouvrier et social qui ont résisté aux loups, de 1789 à 1968 ! « Sa lecture devrait être déclarée d’intérêt public tant elle rappelle aux gouvernants, d’où qu’ils proviennent, que les conquêtes républicaines dont ils aiment parfois se parer, ne seraient jamais advenues sans la mobilisation du peuple », souligne Edwy Plenel dans son « Voyage en terres d’espoir ». Il commence par évoquer la genèse de cette œuvre monumentale, lancée par l’historien Jean Maitron au milieu des années 1950, dont le premier volume paraît en 1964. Aujourd’hui, le dictionnaire se décline en 79 volumes, rédigés maitronpar plus de 1450 auteurs. Les sentiers sont multiples pour y pénétrer. Le journaliste, et directeur du site Mediapart, nous propose les siens, vagabondant d’une notice à l’autre, de réflexions en digressions.

La balade débute avec Alphonse Baudin dont une plaque, dans le 12ème arrondissement de Paris à quelques pas des locaux de Mediapart, rappelle qu’il fut assassiné le 3 décembre 1851 « en défendant la Loi et la République ». Ses cendres, depuis le 4 août 1889 à l’occasion de la célébration du centenaire de la révolution Française, reposent au Panthéon. Sa biographie, ici reproduite, nous en dit plus sur ce député montagnard, médecin des pauvres, qui fut assassiné sur une barricade du faubourg Saint-Antoine, victime du coup d’État du futur empereur Napoléon III. De là, on rend visite au journaliste républicain Charles Delescluze qui lance en 1868 une souscription nationale pour ériger un monument à Baudin. Il mourra trois ans plus tard, tué, lui aussi sur une barricade en 1871 par les Versaillais.

On bifurque ensuite vers Clamecy dans la Nièvre, patrie de Romain Rolland et Claude Tillier, pour faire connaissance avec les résistants au coup d’état de 1851. Eugène Millelot, l’un deux, participa à l’insurrection populaire des 5 et 7 décembre et fut envoyé à Cayenne. Les chemins nivernais nous mènent enfin à Sardy-lès-Epiry dans la famille de Jean Maitron. On salue le père, Marius, directeur d’école et syndicaliste, qui créa une coopérative d’épicerie. Puis le grand-père, Simon, soldat bottier qui s’exila en Suisse pour ne pas servir les Versaillais… On visite au passage les bûcherons du Conference de presse de Mediapartcoin, tel Jules Bornet qui fonda leur fédération nationale, affiliée à la CGT, en 1902.

Et la promenade se poursuit ainsi de fil en aiguille ! Nous faisant découvrir d’illustres inconnus ou des figures reconnues qui tous, dans des époques et des milieux les plus variés, se sont engagés. Une centaine de personnes qu’Edwy Plenel nous présente au fil des pages de son original et passionnant « Voyage en terres d’espoir ». Il nous est ainsi permis de « retrouver le possible de l’histoire, un passé non advenu, plein d’à présent ». Un bien bel hommage au Maitron dont le tome 12, qui clôture la période 1940-1968, vient de paraître. Un joli « voyage » riche en découvertes, un beau livre à s’offrir ou à offrir en prélude aux festivités de Noël ! Amélie Meffre

L’événement sera salué par une soirée à la Maison des Métallos le 28/11 et un colloque international sur deux jours ((le 6/12 au Centre Pouchet, le 7/12 à l’Hôtel de Ville de Paris).

 

Jean Maitron, une grande figure des Lettres

Il y eut hier le Gaffiot et le Bailly pour les amoureux du latin et du grec, le Larousse pour les passionnés de la langue française, le Littré pour les obsédés maitron2du mot, plus tard le Robert d’Alain Rey et le Corvin pour les enflammés du spectacle vivant… Depuis 1964, il y a aussi le Maitron, le « Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier français » !

Mieux qu’un pic ou qu’un roc, la somme incontournable pour tous les aventuriers de la vie sociale et militante… Qui, sous la direction de l’historien Claude Pennetier depuis la disparition de son créateur en 1987, prend le nom de « Dictionnaire biographique, Mouvement ouvrier, Mouvement social » pour couvrir la période de 1940 à mai 1968. Une œuvre de longue haleine qui, au fil du temps, s’est ouverte aux métiers (gaziers-électriciens, cheminots…), à l’international (Japon, Allemagne…).

Un destin incroyable pour le gamin du Nivernais, né en 1910 dans un petit village d’à peine 450 habitants, Sardy-lès-Epiry près de Corbigny… Fils d’instituteurs, Jean Maitron est à bonne école : militante, syndicale, communiste ! Des chemins qu’il foulera sa vie durant, rompant toutefois définitivement avec le PCF en 1939 pour respirer des airs plus libertaires. Docteur es lettres, professeur à la Sorbonne, Jean Maitron fonde en 1966 le Centre d’histoire du syndicalisme qui devient en 2000 le Centre d’histoire sociale du XXème siècle, une unité mixte de recherche de l’université Paris1 et du CNRS. maitron1Sa principale originalité, dès sa création ? Inclure à son conseil d’administration des représentants de confédérations syndicales afin d’écrire une histoire qui s’enrichisse du militantisme.

Fort du soutien de Camille-Ernest Labrousse et de Pierre Renouvin, maîtres incontestés de la discipline dans les années 50, l’historien se révèle authentique pionnier, le premier à faire entrer l’histoire ouvrière dans l’ère de la recherche historique officielle, universitaire et livresque. Son grand œuvre ? « Le Maitron » bien sûr, une appellation passée dans le langage courant, décliné en 79 volumes dont 34 de son vivant ! Sans oublier ses travaux sur l’anarchisme et le courant libertaire. « L’histoire que donne à voir le « Maitron », nous laissant libres de la raconter et de la commenter, n’est donc qu’un moment de cet affrontement sans âge entre opprimés et oppresseurs, dominés et dominants, exploités et exploiteurs, maitron3travailleurs et profiteurs, colonisés et colonisateurs », souligne Edwy Plenel dans son avant-propos à « Voyage en terres d’espoir ».

Jean Maitron ? Un intellectuel de haute stature, une incontestable grande figure citoyenne et républicaine, un infatigable chercheur qui fait honneur à la recherche universitaire et scientifique française, bien mal en point de nos jours. Créé en 1996, le jury du Prix Maitron, composé pour moitié d’universitaires et de syndicalistes, récompense chaque année un mémoire de master pour la qualité de sa recherche. Yonnel Liégeois

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2 Commentaires

Classé dans Documents, essais, Pages d'histoire, Sur le pavé

2 réponses à “Edwy Plenel, au fil du Maitron

  1. Reçu le 02/12, à 11h04 :

    Obscurs, rebelles… Le Maitron comprend de nombreuses pages de notre histoire. Toujours très intéressant à te lire.
    Amitiés, Jean.

  2. Reçu le 24/11, à 15H08 :

    Salut Yonnel,
    Merci pour ton dernier papier sur le Maitron : je ne savais pas qu’il était de la Nièvre, de Sardy donc (connu aussi pour ses « échelles », un escalier d’écluses sur le canal du Nivernais), à côté de Corbigny.

    Porte-toi bien, à un de ces jours !
    P-M

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