Le Titanic accoste à l’Aquarium…

Quatre paumés dans une gare désaffectée attendent l’arrêt d’un train jusqu’au jour où un illusionniste atterrit. La magie peut alors opérer pour s’échapper ailleurs. « Orchestre Titanic » du Bulgare Hristo Boytchev est dans la veine du Godot de Beckett. À voir jusqu’au 05/02, au Théâtre de l’Aquarium !

 

 

« Le train arrive ! Les valises bien en évidence qu’on est l’air de voyageurs. […] On sourit ! », lance Meto à ses acolytes, à chaque fois qu’une loco approche. Et les quatre compagnons de fortune de se poster sur le quai, bagages dans les bras, espérant que le train s’arrête. En vain. Normal, la gare où ils ont élu domicile est désaffectée ! N’y trônent qu’une benne à ordures, deux petites tentes et pas mal de cadavres de bouteilles.

Il faut dire que ces quatre paumés – Meto l’ancien chef d’orchestre et sa compagne Lubka, Louko l’ex-cheminot et Doko l’ancien gardien de zoo – éclusent sec. Ils attendent l’arrêt du train comme les personnages de Beckett attendent Godot. Sans que l’on sache vraiment pourquoi… Pour échanger leurs valises vides contre des valises pleines et redescendre ? Pour voyager comme tout le monde ? Las, dans « Orchestre Titanic », les

Photo by Patrick Berger

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trains ne font que passer. Au mieux, les occupants balancent par les fenêtres quelques bouts de sandwich et des bouteilles presque vides au quatuor désespérément resté à quai.

Jusqu’au jour où atterrit Hari, un illusionniste capable de faire apparaître tout un tas de choses comme Katia, l’ourse défunte que Doko pleure ou des billets pour le 20 août… Il peut même stopper un train contre une copieuse ration d’alcool, histoire de tenir… un mois. Pourquoi un mois, alors qu’il ne faut que quelques minutes pour arrêter un train ? « Vous allez entrer dans un monde nouveau et très différent de ce que vous avez connu, il faut que vous y soyez préparés ». Grâce à Hari, la bande de pieds nickelés peut se mettre à rêver d’un ailleurs salvateur. Louko, l’ancien cheminot, leur livre le parcours : Prague, Varsovie, Berlin, Oslo, Vancouver, San Francisco, Los Angeles, New York…

Écrite en 2002 par le Bulgare Hristo Boytchev (auteur du « Colonel-oiseau » superbement mis en scène en 1999 par Didier Bezace au Théâtre de la Commune d’Aubervilliers) quand la Bulgarie demandait à intégrer l’Union européenne, la pièce « Orchestre Titanic » pourrait être une métaphore sur ces pays de l’Est rêvant de l’Ouest, sur l’Europe qui chavire comme le Titanic, sur les laissés-pour-compte à qui on ne jette que des miettes. Elle est sans doute un peu tout ça et plus encore. De ce théâtre de l’absurde, s’échappent des questions universelles sur la fragilité des frontières entre illusion et réalité. Comme le déclare Hari, « le monde entier est un Titanic et nous en sommes les passagers. L’illusion est la seule fuite possible ».

Cette partition hautement poétique, entre loufoquerie et tragédie, est servie par d’excellents comédiens qui nous embarquent très loin. Amélie Meffre

 

Rêves de théâtre

« Je rêve ce spectacle : une petite communauté humaine se serait échouée, comme en cale sèche, au milieu d’une gare où circule le monde sans jamais les prendre en compte, dans une sorte d’indifférence générale et de négation méprisante de leurs existences…

Je rêve dramaturgiquement à partir des films délirants des Marx Brothers, des bandes dessinées des Pieds Nickelés et des silhouettes errantes des grandes figures d’« En attendant Godot » de Samuel Beckett déboulant sur le plateau…

Je rêve de fumées de trains, de brouillard, de sifflements des trains passant à toute vitesse, de nos quatre branquignols s’inventant leur monde et leur quotidien dans l’alcool, l’outrance, le théâtre et un joyeux bordel. À l’image de notre petit monde théâtral, ils répètent leur petite

Photo by Patrick Berger

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« pièce » qui changera leur monde, qui les emportera ailleurs où ce sera mieux, où peut-être ils auront une vie, un destin, un avenir…

Je rêve d’un public surpris dès le début par un départ burlesque mêlant le rire, l’absurde et l’onirique. Un public plein d’empathie, de tendresse pour ces quatre représentants de notre espèce espérant qu’ils s’en sortent, les accompagnant dans leurs doutes, leurs violences, leurs évanouissements, leurs tremblements, leurs espoirs, leurs luttes « tout comme nous »…

Je rêve d’une belle soirée de théâtre où le public ressort joyeux et lucide… ». Philippe Lanton, metteur en scène.

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Classé dans Rideau rouge, Sur le pavé

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