Avignon 2017, Brochen et les autres

Brochen, voir ou ne pas voir la réalité des choses

Après avoir dirigé le Théâtre national de Strasbourg, Julie Brochen est revenue à un plus modeste travail de compagnie. Elle a eu l’excellente idée de se saisir de Molly S, la pièce de Brian Friel, le grand dramaturge irlandais disparu en octobre 2015.

 

Se saisir est bien le terme, puisque Julie Brochen a réalisé un véritable et profond travail d’adaptation qui ne dénature en rien l’essence de l’œuvre originale qui narre l’histoire d’une jeune femme qui est presque totalement aveugle depuis l’âge de dix mois. Elle a la quarantaine et vient de se marier à un autodidacte qui est persuadé qu’elle est en capacité de recouvrer la vue. En quarante ans, la jeune femme (Molly S.) s’est créé un univers sensoriel personnel dans lequel, bien sûr, odorat et son jouent un rôle essentiel.

Sous l’insistance de son mari, elle finit par se laisser convaincre de se faire opérer par un ophtalmologiste brillant, mais dépressif depuis le départ de sa femme, et qui accepte de tenter l’aventure dans l’espoir de retrouver le rayonnement qui était autrefois le sien. Un étonnant trio se retrouve ainsi sur le plateau, chacun des protagonistes avec ses propres problèmes et son registre psychologique particulier. On imagine aisément ce qu’il adviendra de la jeune femme qui, après l’opération réussie, se retrouve perdue dans un monde qui n’est plus ou n’a jamais été le sien. Une histoire tragique qui pose parfaitement la question de la normalité – « to see and not see » comme avait dit Olivier Sacks… Brian Friel avoue s’être inspiré des écrits du neurologue tout comme Julie Brochen – l’originalité de sa pièce ne résidant pas tant dans son déroulement et son épilogue que dans la manière dont l’auteur traite le sujet, préférant au dialogue théâtral l’alternance de monologues des trois personnages dans lesquels se font jour leurs rêves et leurs appréhensions personnelles de la réalité.

Julie Brochen enfonce même le clou en insérant dans le fil des monologues des chants sur des musiques de Benjamin Britten, R. Vaughan Williams, Beethoven, Thomas Moore, Ivor Gurney…, excellente idée qui décale et ouvre le propos dans un esprit parfois presque ludique (celui-là même de la compagnie au nom prédestiné des Compagnons de jeu créé jadis en 1993). Mari et chirurgien sont interprétés par les excellents chanteurs Olivier Dumait et Ronan Nédelec avec lesquels la metteuse en scène avait déjà travaillé dans La Petite renarde rusée de Janacek, il y a une quinzaine d’années, et qu’elle retrouve avec un plaisir évident, elle-même interprétant avec conviction et discrétion tout à la fois le rôle titre de Molly S. Un quatrième compère, le pianiste Nikola Takov, accompagne le trio pour une proposition qui renoue avec bonheur avec les fondamentaux de l’art théâtral. Jean-Pierre Han

Molly S, d’après Brian Friel (Avignon off). Adaptation et mise en scène de Julie Brochen. Théâtre du Petit Louvre jusqu’au 30/07, Salle Van Gogh à 14 h 30 (Tél.  : 04.32.76.02.79).

 

À voir aussi :

Eperlecques (Avignon off), une conférence-spectacle de Lucien Fradin. Un spectacle atypique où le conférencier, aidé d’un rétroprojecteur et de quelques transparents, nous conte la vie agitée d’un adolescent à la découverte de sa sexualité dans un petit village du Nord. Difficile à Eperlecques de s’avouer homosexuel et de se faire reconnaître-admettre par les autres… Avec humour et dans un style décalé, Lucien Fradin aborde un sujet sérieux sans se prendre au sérieux. D’où la pertinence du propos qui vise juste, ouvre au dialogue avec le public (Présence Pasteur, jusqu’au 29/07 à 14h20. Tél. : 04.32.74.1.54). Du 24 au 26/08 au festival Bonus de Hédé-Bazouges (35), le 07/11 au théâtre Vivat d’Armentières (59), le 09/11 à l’Antre 2 de Lille (59).

Le dîner (Avignon off), d’Eric Reinhardt. Nouvellement embauché, Mr Trockel invite son patron et son épouse à dîner. Autour de la selle de veau farcie en croûte, tout ne se passe vraiment pas comme prévu ! Une sortie d’autoroute manquée, quelques dérapages verbaux incontrôlés, des souvenirs épiques aux commandes d’un hélicoptère, un verre en trop, diverses aigreurs d’estomac et la soirée vire au cauchemar : même autour d’un grand cru de Bordeaux, la réconciliation des classes n’est pas encore pour aujourd’hui ! Un spectacle qui distille quelques vérités bien senties entre quelques bonnes doses d’humour (Caserne des pompiers, jusqu’au 23/07 à 20h15. Tél. : 04.32.76.20.18). Les 13 et 14/02/18 à Épernay, le 16/02/18 à Sézanne, du 22 au 25/03/18 à la Scène nationale de Bar-le-Duc, le 6/04/18 à La Filature de Bazancourt, les 20 et 21/04/18 à Vitry le François.

L’impromptu 1663, Molière et la querelle de l’École des femmes (Avignon in). Sous la conduite du metteur en scène Clément Hervieu-Léger, les élèves du Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris s’en donnent à cœur joie ! Servant leur maître des planches, Molière, avec fraîcheur et spontanéité… Leur jeunesse et leur talent irradient la scène, un spectacle gouleyant pour le public (Gymnase du Lycée St Joseph, jusqu’au 19/07. Tél.  04.90.14.14.14). Les 6 et 8/10 au Théâtre Jean Vilar de Suresnes, le 22/03/18 au Théâtre de Chartres. Yonnel Liégeois

 

 

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