Avignon 2017, Lavant et les autres

Lavant, exceptionnelle performance

Écrit en 1982, quelques années avant le décès de son auteur survenu en 1989, Cap au pire de Samuel Beckett est une œuvre parfaitement inclassable, ni pièce de théâtre, ni roman, ni nouvelle, ni… rien (?).

Un texte, comme Beckett en écrivit sur la fin de sa vie après qu’il eut passé son temps à dynamiter le langage, pour en arriver à sa quasi extinction. Un texte qui s’enfonce allègrement, avec une « mauvaise » joie, dans la forêt des mots. Cap au pire donc, toujours plus avant dans le pire justement, de plus en plus mal. Mais il ne faut pas croire, c’est écrit comme une rigoureuse partition avec notamment des temps de silence plus ou moins longs, des blancs plus ou moins grands dans l’édition papier. Que faire dès lors pour le metteur en scène et son interprète qui se lancent dans l’improbable aventure de porter une telle chose sur la scène – quelle idée ! – ? Réponse aussi discrète (elle ne se montre pas, mais elle est d’une présence forte) qu’audacieuse de la part de Jacques Osinski qui s’y est collé avec d’autant plus d’allant qu’il retrouvait pour l’occasion l’interprète d’un de ses premiers spectacles, La Faim de Knut Hamsun, présenté en 1995, notamment au Théâtre de la Cité internationale alors dirigé par Nicole Gautier. L’interprète ? C’est le très singulier Denis Lavant, simplement extraordinaire dans sa prestation, une gageure inouïe. Planté là devant nous, immobile une heure et demie durant à faire résonner avec une rare intensité les mots de Beckett. Une performance d’athlète, managé avec doigté par son entraîneur, Jacques Osinski.

Beckett aurait sans doute apprécié. Jean-Pierre Han

Cap au pire de Samuel Beckett (Avignon off). Mise en scène de Jacques Osinski. Théâtre des Halles, jusqu’au 29/07 à 22h00 (Tél. : 04.32.76.24.51).

 

À voir aussi :

– « L’autre fille » d’Annie Ernaux (Avignon off), mise en scène de Nadia Rémita. En fond de scène, un mot écrit en lettres capitales « Gentille », de chaque côté des livres et des albums symbolisant des monuments funéraires… Belle et altière, désarmée et anéantie aussi par la révélation qui va durablement bouleverser sa vie, Annie-Laurence (Ernaux, l’auteure-Mongeaud, la comédienne) s’avance pour nous la narrer : « Elle était bien plus gentille que celle-là ! », avoue sa mère à une voisine de quartier. Sans prendre garde à l’enfant qui entend tout et découvre la présence-absence de la sœur décédée dont elle ignorait l’existence. Un coup de poignard en plein cœur, une déchirure, une fulgurance d’une violence inouïe pour celle qui désormais doit composer avec Ginette, l’inconnue sœur défunte. Jamais la mère n’en reparlera, jamais la survivante ne posera de question. Un texte d’une force rare (disponible aux éditions du Nil), d’une extrême sensibilité, magnifiquement interprété par Laurence Mongeaud toute d’émotion retenue, à voir sans faute. L’Artéphile, jusqu’au 28/07 à 12h40 (Tél. : 04.90.03.01.90).

– « L’apprenti » de Daniel Keene (Avignon off), mise en scène de Laurent Crovella. En mal de reconnaissance familiale, un jeune adolescent est en quête d’un père de substitution. Qu’il trouve en la personne d’un homme régulièrement attablé dans le même bistrot, concentré sur sa grille de mots croisés. Le dialogue s’engage, d’abord heurté jusqu’à devenir de plus en plus familier. Entre humour et coups de gueule, échanges frondeurs et fréquentes altercations, au fil du temps et progressivement les deux protagonistes s’apprivoisent pour, au final, trouver chacun leur juste place. Un joli duo d’acteurs en réelle complicité, qui distille tendresse et émotion, dans une mise en scène circulaire originale. De l’humanité vraie, sans pathos superflu, à ne pas manquer. Présence Pasteur, jusqu’au 28/07 à 10h40 (Tél. : 04.32.74.18.54). Le 23/02/18 à La Passerelle de Rixheim, le 20/03/18 à L’Espace Athic d’Obernai, le 22/03/18 à La M.A.C de Bischwiller, le 03/04/18 à Brassins (Schiltigheim), le 17/04/18 à L’Espace Malraux (Geispolsheim), le 18/04/18 à L’Espace Rhénan (Kembs), les 20 et 21/04/18 à L’ Espace 110 (Illzach).

– Trois autres spectacles, dont Chantiers de culture a rendu compte récemment, sont à (re)découvrir lors du festival : « F(l)ammes » d’Ahmed Madani au Théâtre des Halles (Tél. : 04.32.76.24.51), « Un démocrate » de Julie Timmerman au Chapeau d’Ébène Théâtre (Tél. : 04.90.82.21.22) et « Revue rouge » au 11-Gilgamesh Belleville (Tél. : 04.90.89.82.63). Yonnel Liégeois

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Classé dans Festivals, Littérature, Rideau rouge

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