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Le « grand capital » fait son cinéma !

Quatre petits films, regroupés sous le label Contre le grand capital, s’attaquent au nouvel ordre libéral. De Hongkong à Glasgow, ils confrontent les exploiteurs aux exploités. Réjouissant.

 

 

Ce sont quatre films. Quatre petits films, courts, ils font moins de vingt minutes chacun. Ils ont comme point commun de parcourir les mêmes questions sociales avec des moyens différents, nous avertissent les animateurs de C-P Productions : « le film photographique d’inspiration journalistique d’un côté et de l’autre l’immersion par la réalisatrice elle-même dans le monde du travail et ses mécanismes implacables ».  Profession domestique, Glasgow contre Glasgow, Rien à foutre et Dans la boîte sont rassemblés sur un même DVD.

 

En remplacement dans une agence immobilière, Nina Faure se filme au téléphone en conversation avec sa supérieure. Médusée, sa chef s’étrangle alors que sa jeune employée refuse tout à trac d’effectuer les missions exigées d’elle, au prétexte – justifié – qu’elles n’apparaissent pas sur son contrat de travail. « Il s’agissait d’une petite revanche, de montrer que plier n’est pas toujours une réponse systématique, d’autant que nous avons des outils : nos conventions collectives, nos contrats de travail », raconte la réalisatrice.

Dans quatre films aussi courts qu’impertinents, le photographe Julien Brygo et la réalisatrice Nina Faure montrent patte blanche pour mieux obtenir des puissants qu’ils se livrent sans fard. Ils retournent leurs caméras contre les exploiteurs pour dire le droit des précaires, des soumis et des laissés pour compte de la mondialisation. Le photographe Julien Brygo s’est penché dans « Glasgow contre Glasgow » sur la différence d’espérance de vie de 28 ans séparant les quartiers riches des quartiers pauvres de la ville anglaise. Au Rotary Club local, les philanthropes justifient cyniquement cet écart par les mœurs des plus défavorisés, leur consommation excessive de fast-food, la violence… « C’est une réaction typique de classe », commente Julien Brygo, « ils dédouanent la structure de reproduction sociale des inégalités qui est à

Des bonnes à tout faire, « Profession domestique ».

l’œuvre ». Des super riches qui militent par ailleurs avec succès en faveur d’un système qui les dédouanent de l’essentiel de leurs devoirs fiscaux, au profit d’une philanthropie de bon ton.

Retour en France. Afin de confronter Jean-Denis Combrexelle, auteur de décrets dérogatoires au code du travail taillés sur mesure pour la société de distribution de prospectus Adrexo, la réalisatrice de « Dans la boîte » se fait passer pour une étudiante. Démasqué, l’ex-directeur général du travail assume face caméra des décrets permettant à la société de payer des salariés 5€ de l’heure. « Pour comprendre l’écrasante domination sociale, il faut relier le haut et le bas. C’est pourquoi notre démarche est de retourner la caméra contre les responsables, ce que fait très peu la télévision », affirme Nina Faure. « Ces films documentaires sont une proposition de réaction et une petite invitation à la rébellion, ce sont des films qui donnent envie d’agir », poursuit la réalisatrice.

Des « films de lutte », 4 petits films  contre le grand capital et l’ordre libéral, à glisser entre toutes les petites mains. Cyrielle Blaire

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Eloquentia, les mots du « 9-3 »

En ce jour d’ouverture du 70ème Festival de Cannes, un film original à l’affiche des salles : « À voix haute, la force de la parole ». Le long métrage de Stéphane de Freitas et Ladj Ly est plus qu’un documentaire. Le récit d’une  joyeuse épopée collective  pour pallier le déterminisme social.

 

 

Le déterminisme social, Stéphane de Freitas en fut la victime lorsque, basketteur professionnel, il a quitté à 15 ans le collège d’Aubervilliers, sa ville natale, pour un établissement de Neuilly. Sa manière de s’exprimer l’étiquetait à coup sûr comme « banlieusard », pour ne pas dire pire ! Il s’intégra… en intégrant les codes du parler « geoisbour », comme disent ses potes. Il lui en restera un goût amer dans la bouche.

Ce n’est que dix ans plus tard, après avoir failli mourir d’un accident d’automobile, que le jeune juriste qu’il est devenu eut envie de mettre d’autres mots dans la bouche des petits frères et sœurs de ses potes. Afin qu’ils ne subissent plus ségrégation et regard condescendant, afin qu’ils soient à armes égales avec les jeunes des beaux quartiers. Intimement persuadé que l’égalité des chances est liée aussi à une égale maîtrise de l’expression orale, outil ancestral de persuasion, il crée  Eloquentia : un concours d’éloquence réservé aux 50 000 étudiants du « 9-3 », répartis pour moitié entre Saint-Denis et Gennevilliers. L’objectif ? Que l’art de la rhétorique ne soit pas l’apanage des jeunes avocats du barreau de Paris, qu’il devienne une étape dans un processus d’émancipation  pour ces jeunes souvent stigmatisés par leurs origines ethniques, socioculturelles ou géographiques.

 

Il fait appel à Maître Bertrand Périer, avocat au Conseil d’État, pour leur enseigner la rhétorique. Conscient de la difficulté de cet apprentissage pour ces jeunes, il a l’habileté de les entourer de toute une équipe. En effet, les mots ne suffisent pas, encore faut-il que la voix porte … D’où l’enjeu de leur apprendre à la placer par un travail de respiration : ce sera avec Pierre Derycke, professeur de chant. Mais le chant, comme la prise de parole, implique le corps entier ! Alors, ils feront également un travail postural, ils apprendront à se mouvoir avec aisance devant un public dans les ateliers théâtre d’Alexandra Henry. Cerise sur le gâteau, Stéphane de Freitas leur offre les conseils du slameur Loubaki Loussalat pour apprivoiser la scansion des mots et le phrasé, qui donneront à leur prestation une identité personnelle.

Ne nous y trompons pas, toute l’équipe  pédagogique n’a qu’une idée en tête : qu’ils prennent confiance en eux ! Ces étudiants ont bien conscience que leur déficit linguistique est un handicap, certains sont paralysés par la timidité et la peur du jugement de l’autre. « Ils sont aussi héritiers de Cicéron, tout autant que les étudiants de Science-Po où j’enseigne », affirme haut et fort Me Bertrand Périer au cours de l’émission « On n’est pas couché ». Et d’ajouter, « on ne fait qu’arroser les graines, on est là pour leur permettre de se révéler ». L’art oratoire est bien, selon lui, « un sport de combat », combat qu’ils devront livrer contre eux-mêmes essentiellement. La formation se déroule dans un chaleureux climat d’entraide où la concurrence fait place à la solidarité entre candidats. Le film « À voix haute, la force de la parole » traduit l’enthousiasme général, le rire est contagieux à chaque bourde ou dérapage délirant.

Qui sont-ils ces candidats ? Filles et garçons de tous horizons, milieux socioculturels et religions. Certains, bien entourés familialement comme Eddy Moniot, d’autres ayant connu la rue comme le jeune Elhadj Touré affirmant qu’il  aurait aimé « avoir la richesse et la force acquises aujourd’hui pour en sortir plus vite »… Ils s’appellent aussi Leila, Thomas ou Souleïla qui, soucieuse d’écologie, fut finaliste au coude à coude avec Edddy. Le jeune homme franco-tunisien, doté d’un charisme certain, a suffisamment de volonté pour marcher dix kilomètres afin d’atteindre la gare la plus proche et se rendre à l’université : il l’assure  sur le plateau de Laurent Ruquier, « j’adore marcher parce que ça permet de penser, de se poser des questions et de trouver des solutions ». Certes, c’est lui qui a remporté le titre de meilleur orateur 2015 mais Eddy l’affirme aux auditeurs, « de toute façon, on est tous gagnants sans exception ».

À juste titre ! Si Eloquentia (le concours s’est déjà décentralisé à Grenoble, Limoges et Nanterre) leur a tenu la main pendant plusieurs semaines durant cet entrainement  marathon, c’est pour qu’ils puissent franchir seul(e) l’obstacle le jour de leur premier entretien d’embauche. Et, plus tard, briser le plafond de verre… ! Chantal Langeard

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Prévert, le poète iconoclaste

Il y a quarante ans, le 11 avril 1977, disparait Jacques Prévert. Un immense poète encore d’actualité, de plus en plus apprécié de la maternelle à l’université, un temps surréaliste mais toujours iconoclaste. Chanté par les plus belles voix, apprécié des plasticiens pour ses collages, encensé par les plus grands noms du cinéma. De la plume au bitume, une poésie aux multiples facettes.

 

 

Nouveautés littéraires et discographiques se ramassent à la pelle en cette année 2017 ! Il y a quarante ans, le 11 avril 1977, s’éteint en terre normande Jacques Prévert, l’auteur des Feuilles Mortes. « L’une des cinq chansons françaises qui ont fait le tour du monde, avec une version japonaise, chinoise, russe, arabe… », souligne Françoise Canetti, la maître d’œuvre d’un formidable coffret de trois CD rassemblant 45 chansons et 25 poèmes du grand Jacques avec pas moins de 35 interprètes. De Cora Vaucaire à Bob Dylan, d’Iggy Pop à Jean Guidoni, de Jeanne Moreau à Philippe Léotard… Clope au bec, chapeau sur la tête et toutou à ses pieds, le regard songeur sur les quais de Seine comme l’immortalisa son copain photographe Robert Doisneau, Prévert s’en moquerait aujourd’hui : près de 500 établissements scolaires portent son nom, le plaçant juste derrière Jules Ferry en tête de ce classement honorifique !

Une notoriété qui eut l’heur de déplaire à certains. « Jacques Prévert est un con », déclarait sans préambule Michel Houellebecq dans un article aux Lettres Françaises en 1992. Pourquoi ? Parce que ses poèmes sont appris à l’école, qu’il chante les fleurs et les oiseaux, qu’il est un libertaire donc un imbécile… Si d’aucuns n’apprécient guère les auteurs populaires, ils furent pourtant nombreux, les gens de renom, à saluer la sortie du recueil Paroles en 1946 : André Gide, René Char, Georges Bataille, Simone de Beauvoir, Jean-Paul Sartre ! « Ses détracteurs n’ont certainement pas lu toute son œuvre, mon grand-père avait conscience d’être enfermé dans son rôle de poète des écoles », déplore Eugénie Bachelot-Prévert. Pourtant, « il a aussi écrit des textes très subversifs, en réalité les personnes qui l’attaquent estiment que la poésie doit être réservée à une élite ». Avec Prévert, il faut apprendre à dépasser les clichés, à goûter la force de son verbe autant que celle de ses engagements politiques et sociaux, à mesurer la pluralité de son talent.

 

Qui ne se souvient du célèbre Dîner de têtes, du Cancre ou de Barbara ? Des poèmes passés à la postérité que des générations de lecteurs, d’abord en culottes courtes puis montés en sève sous leurs cheveux blancs, ne cessent de déclamer avec bonheur et volupté… La mémoire, tenace, ne peut oublier ce qui fait trace ! D’aucuns pourtant l’ignorent, selon l’expression même du grand Jacques, certains de ces poèmes furent proférés, « gueulés » en des lieux où la poésie ordinairement n’avait pas droit de cité : à la porte des usines, à l’entrée des cités. Ainsi, en va-t-il de cette hilarante et pourtant dramatique Pêche à la baleine écrite en 1933 et publiée dès 1946 dans le recueil Paroles. C’est ce que nous révèle André Heinrich, patient et éminent collecteur de l’intégralité des Sketches et chœurs parlés pour le groupe Octobre. Même s’il refusa toujours de « se faire mettre en cellule », Prévert très tôt afficha une sensibilité proche des milieux communistes. Déjà, au temps du surréalisme, avec Tanguy et Duhamel, le trio infernal clamait son indépendance, juste pour contrarier André Breton dont il ne supportait pas l’autoritarisme ! Ami du peuple, des pauvres et des miséreux, Prévert ne cessera de dénoncer l’injustice mais il demeurera toujours rétif à tout embrigadement, tout système, toute hiérarchie. À l’image de son compère Boris Vian, dont il sera voisin de palier cité Véron à Paris, derrière le Moulin-Rouge.

Jacquot l’anarchiste ne pouvait supporter la charité mielleuse du cercle familial, les généraux, les évêques et les patrons… Alors, il écrit des textes et des chansons pour la FTOF, la Fédération du Théâtre Ouvrier Français, d’inspiration communiste. Qu’il joue ensuite, avec la bande des joyeux lurons du groupe Octobre (Maurice Baquet, Sylvia Bataille, Roger Blin, Raymond Bussières, Paul Grimault, Pierre Prévert…), aux portes des usines Citroën en grève par exemple ! Un grand moment de révolte où le nom du patron rime avec millions et citron, un appel ouvert à la grève généralisée clamé à la Maison des syndicats en mars 1933… Suivront d’autres pamphlets, devenus des classiques aussi célèbres que les écrits dits « poétiques » de Jacques Prévert : La bataille de Fontenoy, L’émasculée conception ou La famille Tuyau – de – PoêlePrévert brandit haut « La crosse en l’air » contre cette société qui s’enrichit sur le dos des exclus. C’est pour tous ces gens de peu qu’il part en croisade « crier, hurler, gueuler Gueuler pour ses camarades du monde entier, ses camarades cimentiers…, ses camarades égoutiers…, ses camarades surmenés, exploités et mal payés…, pour ses camarades de toutes les couleurs, de tous les pays ». La lecture réjouissante d’une œuvre puissante qui, de nos jours, n’a rien perdu de son acuité.

 

Une œuvre, une écriture que Prévert le scénariste décline aussi au cinéma avec les plus grands réalisateurs (Marcel Carné, Jean Renoir, Paul Grimault…) et comédiens (Jean Gabin, Arletty, Michèle Morgan, Michel Simon, Louis Jouvet…) de son temps ! Des répliques ciselées au cordeau, passées à la postérité, dont chacun se souvient (« Bizarre, moi j’ai dit bizarre, comme c’est bizarre », « T’as d’beaux yeux, tu sais ») comme des films culte dont elles sont extraites : « Le crime de monsieur Lange », « Drôle de drame », « Quai des brumes », « Les enfants du paradis »… Le cinéma ? Un art auquel l’initie son frère Pierre dans les années 30, qu’il affine après guerre en compagnie de Paul Grimault, l’un des précurseurs du cinéma d’animation en France. Ensemble, ils signent « Le roi et l’oiseau », un authentique chef d’œuvre à voir ou revoir absolument.

Prévert adore aussi rassembler des éléments divers (photos, tissus, dessins..) pour épingler encore le monde par-delà les mots… Des collages qu’il offre ensuite à Minette sa fille ou à Picasso son ami. C’est en 1948, suite à un grave accident, que Prévert alité se prend à jouer du ciseau, de la colle et du pinceau. Un passe-temps qui se transforme très vite en une véritable passion, encouragée par ses potes Picasso et Miro. Il maraude gravures et documents chez les bouquinistes des quais de Seine, il taille menu les photographies de Brassaï et de Doisneau, il cisaille sans vergogne images et cartes postales. Au terme de son existence, il aura réalisé pas loin de 1000 collages, d’aucuns étonnants de beauté, d’humour et d’imagination. De surprenantes œuvres d’art au parfum surréaliste et fantaisiste, méconnues du grand public et qui, pour la première fois, sont exposées en Suisse à la Fondation Jan-Michalski de Montricher. En un superbe coffret, outre le recueil Paroles, les éditions Gallimard ont eu la bonne idée d’y ajouter un fascicule des plus beaux collages de Prévert. Où l’humour et la couleur explosent à chaque page, un superbe cadeau à offrir, voire à s’offrir !

 

Entré au panthéon de La Pléiade, la célèbre collection au papier bible, Jacquot l’anticlérical doit bien rigoler en son éternelle demeure. Il en est une, en tout cas, qu’il n’aura jamais déserté de son vivant et qui nous le rend immortel : celle du Verbe proclamé ou chanté, colorié ou filmé. « La poésie, c’est ce qu’on rêve, ce qu’on imagine, ce qu’on désire, et ce qui arrive, souvent », écrivait Jacques Prévert. C’est le printemps, à vos plumes, poètes des villes et des champs ! Yonnel Liégeois

 

 

À lire, écouter, voir :

– « Jacques Prévert, œuvres complètes » : deux volumes à La Pléiade, sous la direction de Danièle Gasiglia-Laster et Arnaud Laster. « Paris Prévert », de Danièle Gasiglia-Laster en collaboration avec Fatras/Succession Jacques Prévert.

– « Paroles » : un coffret comprenant le recueil de poèmes et un fascicule de collages.

– « Jacques Prévert n’est pas un poète » : une biographie dessinée d’Hervé Bourhis et Christian Cailleaux.

– « Prévert&Paris, promenades buissonnières », « Jacques Prévert, une vie », « Prévert et le cinéma », « Le cinéma dessiné de Jacques Prévert » : les principaux ouvrages signés par Carole Aurouet, docteur en littérature et civilisation françaises à l’université Paris III-Sorbonne nouvelle et éminente érudite de l’univers « prévertien ».

– « Jacques Prévert, ces chansons qui nous ressemblent » : un coffret de trois CD comprenant 70 chansons et poèmes.

– « Simple comme bonjour » : les 15-16 et 26/04, Domitille et Amaury chantent Jacques Prévert au théâtre du Ranelagh.

– « Jacques Prévert, images » : jusqu’au 30/04, une exposition à la fondation Jan Michalski à Montricher (Suisse) conçue par les commissaires Eugénie Bachelot-Prévert et Solange Piatek. Quand le prolifique jongleur de mots se révèle extraordinaire faiseur d’images.

– « Jacques Prévert, détonations poétiques » : du 11 au 18/08/17, colloque de Cerisy sous la direction de Carole Aurouet et de Marianne Simon-Oikawa.

– La liste complète des événements en France comme à l’étranger (livres, documents, hors-séries et albums photos, spectacles, expositions, films et rétrospectives, CD, émissions de radio et entretiens) durant l’année 2017, à l’occasion du quarantième anniversaire de la disparition de Jacques Prévert.

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L’autre espoir d’Aki Kaurismäki

Feuilles volantes ? Idées, impressions flottantes, subjectives, éphémères, jetées à la dérive pour faire venir le poème en nous… Comment l’esprit d’un lieu, un bruit, une image, des musiques, un texte, un film, un parfum – même, nous atteignent dans notre quotidien, nous altèrent et nous désaltèrent, nous invitent à renouveler notre présence au monde.

 

 

Il n’y a rien à espérer du désespoir ! C’est somme toute la bonne nouvelle que nous adresse encore une fois Aki Kaurismäki dans son dernier film. « L’autre côté de l’espoir » est une fable cinématographique. À l’opposé de tout réalisme et naturalisme mais tellement juste, vrai. La fable, un peu autrement que le conte, dit la vérité, mais par beaucoup d’invraisemblances, c’est sa force. C’est la force de la pure fiction de s’affranchir du réel, sans toutefois se réfugier dans le rêve.  Réel que l’on retrouve pourtant, mais alors retourné comme un gant. En fait, ce film est une parabole.

Voir autrement. Voir avec d’autres yeux, voir avec l’imagination d’un « réalisateur ». Mot magique que celui de réalisateur. Il n’est pas ici seulement que le créateur d’un objet, le film, d’une histoire mais d’un « monde », d’un univers enfin habitable à l’homme, il  nous aide à réaliser qu’il est possible de l’entrevoir. Mieux, qu’il est déjà en promesse dans la simple rencontre ou dans la musique, le rock ou la country par exemple. La musique ici, dans ce film, c’est la rencontre.

 

En se libérant formellement des contraintes du réel  – mais est-ce bien le réel ou ce que notre esprit paresseux prend pour tel lorsqu’il sommeille – il nous fait naitre justement et très précisément au réel. Il nous fraie un chemin vers lui. Il ne le représente pas, il l’offre et nous y rend présent. L’autre côté de l’espoir, l’autre côté du miroir. Il nous réveille… Regardez, tout est là !

Mise en abime alors. Si Aki Kaurismäki est bien le réalisateur d’un film, il nous montre un autre réalisateur : Wiiksstrôm qui, changeant de vie, quittant femme et travail, multiplie sa fortune en la jouant et la risquant (foi et force intérieure) au Casino d’Helsinki pour racheter et diriger un restaurant. Il veut donner de la joie au monde, à tous les mondes d’ailleurs, vous verrez. Il  s’ouvre à la rencontre hospitalière avec une équipe de bras cassés, qu’il sait manager et mobiliser sans démagogie, dont il se rend le complice exigeant, et qui vont retrouver du pouvoir d’agir sous sa coupe. Savoureux et laconiques dialogues du patron et de ses employés.

 

Ce film nous délivre de la peur. Nous traversons la peur avec Khaled, Khaled traqué. Oui, cette fiction nous permet de réaliser que le monde est, et donc peut être autrement que nous le voyons, dangereux, menaçant. On est alors délivré de cette idée mortifère qui nous pèse tant si souvent aujourd’hui au cinéma, nous anesthésie, nous asphyxie d’une « reproduction du réel » pour entrer dans la fiction opérante. Nous passons du voyeur au voyant. On aime ce film parce que précisément ce cinéma-là n’est pas un cinéma qui nous montre les choses selon notre entendement mais comme il faut et qu’il est possible de les espérer et que l’amour que nous portons aux choses et aux êtres nous précède. Il nous indique les voies d’un bonheur recouvré : la confiance ou la foi, la force du destin peut-être, l’intelligence, la ruse, l’humour, un cœur musical et hospitalier ; bref , la poésie qui, comme le suggère Paul Celan, n’est guère différente qu’une poignée de mains.

Ce pourrait n’être qu’une aimable fable humaniste, bien pensante et très ennuyeuse, moralisante, mais qui ne donne rien à penser du tout. Les bons sentiments faisant les mauvais films, comme ils font, on le sait, la mauvaise littérature. Parfois, souvent même, on aime les films méchants, cruels, ou tout simplement tragiques. Et curieusement, lorsqu’ils sont bien pensés et réussis, c’est assez rare car la méchanceté est un art difficile – n’est pas Reiser qui veut !-  ils portent la même espérance que celui-ci. C’est alors qu’ils nous y acheminent par d’autres sentiers de création. Mais ici c’est tellement sensible, intelligent, drôle, musical et bien fait. Tellement épuré, tellement loin de tous effets, de tout pathos. D’une esthétique tellement libre, apportant tant de nouvelles émotions  brutales ou tellement tendres. On est rendu libre aussi par l’emprunt d’images surréalistes.

 

La leçon ? On ne peut peut-être pas  faire LE bien (ce serait présomptueux et peut-être justement que le tout bien, qui ne serait donc pas ouvert à l’aléa, à la surprise, à l’errance et même à la mort  serait un enfer complet. L’enfer est pavé des meilleures intentions… Il y de ces bonheurs redoutables !…), mais on peut toujours faire DU bien. Pour cela, il suffit tout simplement de prendre sa place et d’agir, de répondre à l’appel de la rencontre, de  parier son salut dans la présence amicale et dans une compassion sans effusion, qui laisse libre. Tous les films de Kaurismäki disent cela. La dernière fois l’annonce venait du Havre, là elle nous arrive d’un autre port, Helsinki, de la Finlande, son pays. C’est par la mer et par  l’étranger, le clandestin surtout, que l’annonce s’adresse à tous, à nous spectateur comme elle l’est aux personnages dans le  film. Parabole.

L’autre côté de l’espoir, c’est d’abord un port. Un port magnifiquement filmé, d’abord de nuit puis à l’aube, aimé, chéri. Aki Kaurismäki aime les ports, les bateaux. Il nous en donne les bruits et les silences, les images, les formes. Il réveille en nous les effluves acides de ces lieux de transits, de travails, de commerces, de jeux et de trafics, de triches, terrains de castagnes et de solidarités. Mais pour accueillir l’étranger la triche peut être honnête et le trafic, lui, être la voie d’un don sans prix. Espaces étirés du port, étroitesse des  chambrées, des caches.

Et dans ses plis le port, cargos, camions, caves et entrepôts offrent des lieux d’abris de niches et de caches. Mirja, la sœur, arrive véritablement enchâssée telle une relique au visage d’icône qu’on sort de la caisse – on dirait un cercueil- d’un camion venu du pays, de l’origine donc, qu’elle partage avec Khaled son frère. Sa sœur, on l’aura compris, c’est son âme même. Force retenue, alors, d’une rencontre sans effusion mais aimante.

 

L’autre côté de l’espoir, c’est aussi une quête, la recherche d’une place, d’un travail, bien plus que celle d’une identité attestée par un papier. Nous revient en tête à la projection cette phrase si belle  de Rainer-Maria Rilke, lue dans « La mélodie des choses » et que je retrouve là ce soir :  « La certitude tranquille née de la simple conviction de faire partie d’une mélodie, donc de posséder de plein droit une place déterminée et d ’avoir une tâche déterminée au sein d’une vaste œuvre où le plus infime vaut exactement le plus grand ; ne pas être en surnombre est le condition première de l’épanouissement conscient et paisible ». Ce film dit aussi cela. Très précisément il montre force d’agir que c’est d’avoir un travail et la  quête que c’est, dans le travail, de pouvoir donner de la joie. Dialogues magnifiques et si drôles de  Wiiksstrôm  avec ses employés !

L’autre côté de l’espoir, c’est encore une fuite de la guerre, des désastres de la guerre pour trouver un havre de Paix. Le tragique de l’existence, mais un tragique jamais désespérant. C’est aussi une foi, c’est d’abord une foi. Plus forte encore ici que l’espoir, que l’espérance même peut-être, une foi qui d’ailleurs demeure, même s’il n’y a plus de dieux, de prophètes, de Dieu. Il n’y a plus personne. Cela ne répond plus, mais on croit tout de même, on marche.  Dialogue ente Khaled et l’administration pour ses papiers « Athée alors ?- Si vous voulez… -… ?  – Je ne suis pas athée –  Alors je marque : sans religion ».

 

C’est également un parcours initiatique, un  passage du noir à la lumière. Du noir, au début du film  où Khaled  nait, dans la crainte et clandestinement, de nuit, à la Finlande, émergeant sale et noir de poussières d’un fond de cale d’une cargaison de charbons. À l’aube claire sortant de sa planque, au terme de son trajet Khaled retrouvera Mirja qu’il guidera jusqu’au bureau de l’administration pour qu’elle régularise sa situation. La veille, il aura été poignardé, mortellement peut-être, par  un groupe de néo-nazis. Pourtant, il nous est montré maintenant comme réfléchissant toute la lumière  poudrée d’un midi doucement ensoleillé, assis et apaisé, appuyé à un arbre. C’est alors un paysage d’aquarelle. Le reste du film est géométrique, cubiste, l’espace est mesuré, souvent clos. Là il ouvre sur un infini, sur la mer  telle qu’elle était sans doute avant les ports. Sur la plage, l’eau est d’émeraude, translucide. La mer, face à lui, on la devine juste comme une voile caressée par un vent léger.

Figure triomphante d’abandon déterminé d’acquiescement à la vie ? Et donc aussi à la mort.  Il a deux taches écarlates à l’abdomen. Jean-Pierre Burdin

 

                                           Elle est retrouvée.

                                          Quoi ?- L’Eternité.

                                          C’est la mer allée

                                          Avec le soleil

                                    (Arthur Rimbaud)

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Villerupt, capitale lorraine du cinéma italien

Jusqu’au 13 novembre, se déroule à Villerupt le 39ème Festival du Film italien. C’est ici, et nulle part ailleurs, qu’est né il y a quarante ans, au cœur des brumes lorraines, le premier festival consacré à la filmographie transalpine. Retour sur événement.

 

 

Un projet fou, surgi de la tête de quelques jeunes enfants d’immigrés ! Des fondus de cinéma, attachés à la terre natale de leurs parents… Grâce à eux, le Festival de Villerupt est devenu, au fil des ans, un événement culturel incontournable. Qui accueille chaque année plus de 40 000 spectateurs. En face de l’Hôtel de Ville, sur la place, une énorme machine, la cage finisseuse du train de 700 de l’usine de Micheville : dans les usines sidérurgiques, la cage finisseuse était l’une des  étapes du processus de laminage universel des profilés métalliques principalement en acier, en particulier rails et poutrelles, etc… Elle affiche-villeruptsemble veiller sur la ville, rendant hommage à tous les « ritals » et autres déracinés qui ont produit tant de richesses matérielles et tant enrichi notre culture hexagonale.

 

Chaque année, la foule est au rendez vous. Les générations se côtoient dans la file d’attente. Pour les anciens de « Villerrou », c’est ainsi qu’ils prononçaient, ce fut longtemps une occasion inestimable de retrouvailles avec le pays bien-aimé et la langue de Dante. Ou plutôt la langue de l’usine et de la maison, refoulée à l’extérieur par souci d’intégration. Le calendrier de l’immigration italienne en Lorraine  est étroitement lié à l’histoire ouvrière de cette région : depuis le début du siècle dernier jusqu’aux années d’après guerre, ils sont venus en masse, ainsi que les Polonais et plus tard les Maghrébins, participer à l’essor sidérurgique de la Lorraine avant d’être sacrifiés par la casse industrielle.  Le développement économique de la région remonte à la fin du 19ème siècle, date à laquelle s’engage une sévère compétition sidérurgique avec l’Allemagne. Le minerai lorrain est trop riche en phosphore, ce sera grâce au procédé « Thomas » (1882) que l’on pourra fabriquer un acier d’excellente qualité à partir de la « minette » de Lorraine. Cent ans après, l’épopée nous est racontée par Jean-Paul Menichetti en 1982 dans son film « L’anniversaire de Thomas ».

Très vite, l’essor sidérurgique nécessite un appel à la main-d’œuvre étrangère, italienne en particulier, ce jusqu’aux années 1960. Villerupt, et sa voisine Audun le Tiche, deviennent des villes de l’acier et …de culture italienne : à la fin des années 1980, un sondage dans les écoles primaires de la région donne la « Pasta » comme plat régional lorrain ! Mais le démantèlement industriel, initié dès 1961, se poursuit inexorablement. La société des OLYMPUS DIGITAL CAMERAlaminoirs de Villerupt à Micheville ferme définitivement en 1986 : en 25 ans, 8000 emplois auront disparu.

 

Fidèle à ses racines, le festival n’en est pas moins tourné vers l’avenir. Depuis de nombreuses années, il a opéré une véritable décentralisation vers différentes communes ou grandes villes avoisinantes (Neuves Maisons, Epinal, Commercy, Creutzwald, Sarreguemines, Longwy, Metz…) et vers le Luxembourg, en partenariat avec la Cinémathèque. Les Italiens perçoivent le Festival de Villerupt comme une vitrine de leur production cinématographique, les acteurs et réalisateurs qui font le voyage s’étonnent toujours d’y découvrir des films qui ne sont pas distribués chez eux. Après une projection, devant une salle pleine, ils sont surpris parfois de pouvoir débattre en italien aussi loin de chez eux ! « Benvenuti a Villerupt », la banderole lumineuse tricolore se joint au soleil pour nous accueillir  en ce week-end d’ouverture du 1er novembre.

La 39ème édition propose, dans le seul périmètre de Villerupt – Audun le Tiche – Esch sur Alzette, pas moins de 68 films. L’affiche du Festival est pour la onzième fois l’œuvre de Baru, l’enfant du pays. Auteur de bande dessinée, il fut en 2011 président du jury du Festival international de la bande dessinée d’Angoulême. La programmation alterne, au cours des quinze jours de Festival, avant-premières et reprises, les films en compétition ainsi que de nombreuses œuvres du réalisateur Francesco Rosi auquel  le critique de cinéma Michel Ciment a dédié sa carte blanche. Ce dernier, directeur de publication de la revue « Positif » et collaborateur depuis 1970 du « Masque et la Plume », l’émission de France Inter, nous permet ainsi de revoir, ou découvrir pour les plus jeunes, des

"Il segreto di Pulcinella", Mary Griffo

« Il segreto di Pulcinella », Mary Griffo

chefs-d’œuvre comme  « L’affaire Mattei», «  Le christ s’est arrêté à Eboli», « Main basse sur la ville »  et bien d’autres encore.

La projection en avant-première internationale du documentaire « Il segreto di pulcinella » (Le secret de Polichinelle ) est un choc : certes, nous avions entendu parler du scandale des déchets toxiques en Campanie, la région de Naples, mais nous découvrons l’ampleur du trafic mafieux, avec ses répercussions dramatiques sur les vies humaines, y compris celles des jeunes enfants. Une vision d’horreur, les images d’une terre assassinée sans état d’âme pendant plusieurs décennies. L’écho de ce drame a récemment franchi les frontières lorsque les européens s’inquiétèrent égoïstement que certaines vaches de race bufflonne, dont le lait produit la fameuse « Mozzarella di Buffala Campana » aient pu brouter des terres contaminées….. « Tout le monde savait, alors j’ai pris le parti de faire raconter l’histoire aux enfants par Polichinelle pour porter plus loin le message », raconte Mary Griffo, la jeune réalisatrice. Elle nous confie que dans sa propre famille « les tumeurs ont également frappé comme dans chaque famille des villages concernés ». Et d’ajouter que « les choses n’ont pas vraiment changé même si il y a maintenant une réelle prise de conscience de la population qui relève la tête et manifeste désormais contre cet état de fait ». Toutefois, « malgré les décrets de loi qui ont été pris, les industries continuent à déverser leurs déchets toxiques dans l’arrière-pays

"La ragazza del mondo", Marco Danieli

« La ragazza del mondo », Marco Danieli

napolitain ». Le film est sorti le 31 octobre en Italie, au surlendemain de sa projection à Villerupt.

Parmi les films en compétition, c’est une toute autre histoire, beaucoup plus intime mais quelque peu révoltante elle-aussi, qui nous est contée par Marco Danieli dans « La ragazza del mondo » (La fille du monde). Ce monde, c’est « le monde impie » qui englobe tous ceux qui ne font pas partie de la « famille » des Témoins de Jéhovah et que l’on ne doit pas fréquenter sous peine d’être excommunié. Giulia paiera cher d’avoir cédé à ses premiers émois amoureux hors de cette loi… Film sensible montrant avec subtilité les liens familiaux très affectueux qui emprisonnent la jeune fille plus efficacement qu’une contrainte autoritaire et brutale : tout le problème de l’emprise sectaire sous toutes ses formes. La jeune comédienne, Sara Serraiocco, est très juste et très émouvante dans l’expression de ce conflit intérieur. Dans « I nostri passi » (Nos pas), un couple séparé tente de survivre après la mort accidentelle de leur fils, trois ans auparavant. Le père, qui fut un célèbre photographe mais qui se sait condamné, se prend d’affection pour un jeune délinquant ayant un don pour capter les images. Il lui léguera tout son matériel en lui intimant de se réaliser. L’histoire est magnifiquement filmée

"Si puio fare", Giulio Manfredonia

« Si pùo fare », Giulio Manfredonia

par Mirko Pincelli, photographe et reporter de formation !

 

Villerupt a souhaité cette année rendre un hommage particulier aux scénaristes qui ont une place très importante  dans le cinéma italien. En programmant notamment l’excellent « Si pùo fare » (C’est faisable) de Giulio Manfredonia sur un scénario de Fabio Bonifacci. Le film retrace l’épopée bienveillante et dérangeante d’un syndicaliste nommé responsable d’une coopérative de malades mentaux qu’une loi récente vient de sortir des hôpitaux psychiatriques. Il est choqué par l’abrutissement médicamenteux dans lequel ils sont plongés par le médecin de l’établissement, il refuse de continuer à les cantonner dans une activité inutile et débilitante. Fort de son expérience syndicale de meneur d’hommes, il les entraîne dans un réel projet d’activité économique utilisant les capacités de chacun : la pose de parquet ! Après quelques ajustements nécessaires et de nombreux problèmes dépassés, l’entreprise fonctionne et les commandes pleuvent. La plus belle réussite ? Le changement de regard de l’extérieur sur ces malades qui ne manquent pas d’intelligence, surtout le changement du regard qu’ils portent sur eux-mêmes.

Plus léger, le film de Francesco Bruni (scénario et réalisation) « Scialla » nous permet de retrouver le toujours séduisant  et talentueux acteur Fabrizio Bentivoglio qui fut le jeune premier incontournable des années 80/90. Jadis professeur de lettres classiques et écrivain, il vivote de quelques cours particuliers et de l’écriture de biographies de médiocres célébrités, dans un état de dépression larvée. Jusqu’à l’irruption, dans son univers désabusé et solitaire, d’un fils inconnu, ado rebelle et futé, qu’il décide de remettre dans le droit chemin. Ce qui l’oblige à se reprendre en main lui aussi… Un film intelligent et drôle sur la transmission, un regard juste sur la jeunesse d’aujourd’hui. Il reste encore beaucoup à voir, et de nombreuses pépites à découvrir,

Dans le hall d'accueil du festival, la foule se presse !

Dans le hall d’accueil du festival, la foule se presse !

dans ce Festival unique qui se prolonge jusqu’au 13 novembre.

 

Par delà sa capacité à recoudre chaleureusement un tissu social déchiré par des décennies de crise, le Festival de Villerupt est avant tout une joyeuse immersion dans l’exception culturelle italienne. Un savoureux accord entre pasta et cinéma ! Chantal Langeard

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Adieu Pierre Étaix, salut Yoyo !

Pierre Étaix, le père de Yoyo, nous a quittés. En hommage à ce génie du burlesque, cette grande figure du cinéma français, Chantiers de culture vous propose un entretien exclusif qu’il nous accordait à la veille d’une audience cruciale devant la 3ème Chambre correctionnelle du Palais de justice de Paris. Une situation ubuesque, pour un enjeu de taille : reconquérir ses droits d’auteur sur ses propres œuvres ! Rencontre avec un mythe du rire à la française.

 

 

« Le soupirant », « Yoyo », « Tant qu’on a la santé », « Le grand amour » et « Pays de cocagne »… Cinq films réalisés entre 1963 et 1969, cinq petits bijoux d’humour et de poésie que les cinéphiles d’un autre temps connaissent bien et qui furent tournés par un génie du burlesque ! Pierre Étaix ? Plus qu’un auteur et comédien, un pic, un roc, un monument du cinéma, une péninsule d’intelligence et d’humour… Paradoxe, parler ainsi de ce petit bonhomme à la morphologie d’un gamin des rues relève du gag : à la Keaton, pour mieux en rire, le comique qu’il vénère par excellence ! L’œil pétillant et toujours aux aguets, l’esprit inventif et en ébullition permanente, le créateur de Yoyo se révèle tel son personnage de fiction : pétri d’humanisme et de générosité, un « tendre » comme il se disait des gens de bien au XVIIème et XVIIIème siècles. Le rencontrer est plus qu’un privilège, un bonheur inégalé. De sa petite voix, avec sagesse, pour une prétendue cause de vieillesse ou de paresse (!), l’octogénaire vous suggère un rendez-vous à pas comptés, il vous etaix2garde en son salon-musée bien après que la cloche eut sonné l’heure de la récré ! Mémoire vivante du music-hall, du cirque et du cinéma, l’ancien compère du grand clown Nino, de Tati et de Fellini, pose un regard tout à la fois lucide et attendri entre l’hier et l’aujourd’hui.

 

 

Yonnel Liégeois – Coupable, levez-vous ! Pardon, monsieur Étaix, restez assis, vous êtes tout de même chez vous… Mais enfin, qu’est-ce que cette histoire « abracadabraburlesque » : devoir plaider, en compagnie de votre scénariste Jean-Claude Carrière, pour recouvrer vos droits sur vos propres œuvres ?

Pierre Étaix – Las, mon ami, comme vous le suggérez, un drôle de gag… Sauf que là, nous ne sommes plus au cinéma, mais au tribunal !  Depuis plus de dix ans déjà, mes films réalisés avec Jean-Claude Carrière sont invisibles du grand public et interdits de diffusion. En salle comme à la télé… La cause ? En 2004, nous avons signé un contrat avec Gavroche Productions, une société qui se disait productrice de courts-métrages et devint ainsi cessionnaire à titre exclusif et pour le monde entier des droits sur nos cinq films. Qui, depuis lors, n’a rien fait pour rénover les pellicules ou tenter de distribuer les films. Pire encore, j’ai découvert ensuite que la dite société n’a jamais produit ni distribué de films, une « société fantôme » en quelque sorte ! Je ne suis pas juriste, je suis un clown, je faisais entière confiance à ma précédente avocate, la sœur du patron de la société ! Tous ces problèmes juridiques me dépassent, un véritable imbroglio qui me peine beaucoup. En fait, cette société se présente telle une coquille vide, avec cependant un joli contrat à l’intérieur qui peut rapporter gros à ma mort : d’où ce sentiment désagréable qui m’habite, vous en conviendrez !

 

Y.L. – Et jusqu’à maintenant, vous n’êtes donc pas parvenu à récupérer vos droits ?

P.E. – Non, en dépit de nombreux courriers adressés à cette société. Trois ans après la fameuse signature du contrat, rien n’avait toujours été entrepris pour restaurer « Yoyo », par exemple. En quelques mois pourtant, Jean-Claude Carrière et moi-même avons obtenu ce qui s’avérait impossible pour Gavroche Productions : la rénovation du film par la fondation Groupama Gan ! Ce qui n’eut pas l’heur de plaire en d’autres lieux… Lors d’un procès en référé en juillet 2007, nous avons même été déboutés de nos demandes et condamnés aux dépens… D’où l’assignation de ce jour, sur le fond, pour recouvrer nos droits sur les cinq longs métrages. Mon seul grand bonheur, pour l’instant ? Avoir assisté la même etaix3année à la projection de « Yoyo », restauré, au Festival de Cannes et à la Cinémathèque de Paris.

 

Y.L. – Ce qui surprend et étonne, à vous fréquenter, c’est ce sens inné de la dérision, voire de l’auto – dérision, que vous avez su préserver en votre for intérieur en dépit de ces soucis majeurs… Seriez-vous donc « génétiquement » formaté pour le rire ?

P.E. – Non, pas du tout, mais le rire fut toujours pour moi cœur de vie. Même quand je rêvai de faire de la musique, ou que je me suis pris de passion pour le dessin. Le choc ? À l’âge de cinq ans, quand je suis allé au cirque pour la première fois, je fus fasciné par les clowns. Je me souviens encore de l’émotion qui m’a envahi devant cet homme tout blanc en habit de paillettes ! Alors, j’ai dit à mon grand-père en sortant : c’est ça que je veux faire ! Or, j’habitais en province, à Roanne, je n’étais pas un enfant de la balle : presque mission impossible, donc ! Pourtant, de ce jour, je n’ai jamais changé d’avis, je n’ai jamais cessé de répéter que c’est le métier que je voulais faire ! Même si je me suis dispersé en plein d’activités… En 1953, j’arrive à Paris suite à un courrier envoyé à Jacques Tati. Je l’avais entendu à la radio, disant qu’il regrettait ne pas savoir dessiner et affirmant qu’il était prêt à aider des jeunes. J’ai sauté sur l’occasion ! À l’époque je faisais des décors à Roanne, je travaillai avec un maître verrier et je pratiquai le théâtre amateur. Sur ma lettre, je racontai tout ça à Tati, lui disant surtout que le « comique » était primordial pour moi et combien j’avais d’admiration pour « Les vacances de monsieur Hulot ».

 

Y.L. – Et Tati vous a cru et embauché ?

P.E. – Mais je ne le sollicitai pas pour ça, je venais juste lui demander conseil sur le numéro de clown que je désirai monter avec un ami, comédien amateur ! Son travail de comique me fascinait. Je n’avais pas du tout, mais vraiment pas du tout, l’idée de faire du cinéma. Lors de l’entretien, il m’a demandé de lui montrer mes dessins. Les ayant regardés, il m’a assuré que je ne pourrai jamais faire de cirque. « C’est fermé, c’est rond et vous ne pourrez jamais rentrer dedans, il faut être du métier. Par contre, je prépare un film et je trouve que dans votre coup de crayon, vous avez le sens du rythme et du gag. Si vous en êtes d’accord, je vous engage dans l’équipe pour chercher des gags ». C’est ainsi que j’ai fait durant quelques mois les aller-retour Paris-Roanne, jusqu’à mon installation définitive à la capitale en 1954. Comme il me fallait subvenir aux besoins de ma famille, j’ai eu la chance d’être embauché par Hachette : illustrer, sous forme de BD, quelques manuels d’apprentissage de la langue française ! Le gag ?  Il y a quelque temps, je rencontrai la grande comédienne japonaise Michiko Nishiwaki qui m’affirme, avec un grand sourire et son accent « tipic », que etaix4c’est avec moi qu’elle eut le grand bonheur d’apprendre le français ! Je ne connaissais rien au cinéma, Tati s’en moquait, mon boulot consistait à coucher sur le papier l’équivalent visuel d’une idée. Pour en susciter d’autres…

 

Y.L. – D’où votre désir, après la sortie de « Mon oncle », de passer vous-même à la réalisation ?

P.E. – Pas du tout, après quatre ans de collaboration avec Tati, j’ai repris le chemin du music-hall et du cirque… En compagnie de Nino, un grand clown avec lequel j’ai beaucoup appris sur le travail de scène ! Ce qui me passionnait, c’était le contact quotidien avec le public, entendre son rire monter de la salle… Le sens du comique se cultive, grâce à l’observation, mais il ne s’enseigne pas, il s’apprend sur le tas. Sur scène, il faut oser, ne pas craindre le ridicule, seule la vulgarité me fait peur. Quand le public réagit, c’est merveilleux : Coluche et Desproges, hier, maniaient à la perfection ce sens du rire qui est l’art populaire par excellence, Patrick Robine aujourd’hui… C’est un métier exigeant, qui s’appuie sur la tradition et implique la transmission. D’où ma volonté de créer, avec Annie Fratellini, l’école nationale de cirque. C’est en 1961, un jour où je ne parvenais pas à poser une idée sur scène, que je décidai de la fixer sur pellicule.

 

Y.L. – Et de réaliser alors pas moins de sept films, en une décennie ?

P.E. – D’abord deux courts-métrages dont « Heureux anniversaire », Oscar à Hollywood en 1963, puis cinq longs métrages, dont « Yoyo » en 1965… Dès que j’ai mis le doigt dans l’engrenage du cinéma, j’ai vraiment pris un plaisir fou. Jusqu’à ma découverte tardive etaix1de l’univers de Buster Keaton… Un maître qui m’émeut profondément, venu lui – aussi du music-hall et du cirque, comme Chaplin : deux univers différents mais tout aussi formidables !

 

Y.L. – Comment expliquez-vous que « Yoyo » demeure ainsi indémodable et inimitable ?

P.E. – Je n’ai pas de réponse, ce n’est vraiment pas par fausse modestie que je suis incapable de porter un jugement sur mon propre travail ! Ce dont je suis sûr, par contre, c’est que nous ne pourrons jamais regretter Keaton et Chaplin, Langdon, Lloyd, Laurel et Hardy : ils sont aussi présents qu’au premier jour et ils ne demandent qu’à revenir sur les écrans. Propos recueillis par Yonnel Liégeois

 

 

Étaix en quelques dates

1928 : Naissance à Roanne

1954 : Assistant de Jacques Tati

1963 : Prix Louis Delluc pour « Le soupirant » et Oscar à Hollywood pour « Heureux anniversaire »

1965 : Grand prix au Festival de Venise pour « Yoyo »

1969 : Grand prix du cinéma français pour « Le grand amour »

1970 : Comédien dans « Les clowns » de Federico Fellini

2011 : Oscar d’honneur pour l’ensemble de son œuvre

2013 : Grand Prix de la SACD (Société des auteurs et compositeurs dramatiques)

2015 : Trophée d’honneur Henri-Langlois « pour l’ensemble de sa carrière »

 

Écran noir

Woddy Allen, David Lynch, Matthieu Kassovitch… Les plus grands noms du cinéma, jusqu’aux plus discrets, se comptaient parmi les quelques vingt mille signataires de la pétition « Pour la ressortie des films de Pierre Etaix »… Tous l’exigeaient : il faut sortir de l’imbroglio juridique qui prive les auteurs de leurs etaix5droits et interdit la diffusion de leur œuvre. CNC (Centre national de la cinématographie) et SACD (Société des auteurs compositeurs dramatiques) soutenaient Pierre Étaix et Jean-Claude Carrière : leurs films appartiennent au patrimoine culturel français, il fallait qu’ils retrouvent au plus vite leur public. Procès gagné en 2009 !

 

Ils ont dit :

« Étaix ? Ce petit bonhomme est un génie » (Jerry Lewis)

« Clown timide, trop timide pour se mettre en colère » (Serge Toubiana)

« Étaix ? Quand il ne pleure pas, il lui arrive d’être très gai. Il attend la fin du monde comme nous tous, il ne voudrait pas rater ça. C’est un terrestre extra. S’il n’existait pas, il s’inventerait » (Jean-Claude Carrière)

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Les comités d’entreprise, quelle histoire !

A l’occasion du  70ème anniversaire de la création des Comités d’entreprise, les éditions du 1er Mai publient « Voyage au pays des CE, 70 ans d’histoire des comités d’entreprise ». Un très bel ouvrage qui fouille savamment l’histoire, comme la réalité actuelle. Entretien avec Jean-Michel Leterrier.

 

 

Amélie Meffre – Vous signez la partie historique, fort riche et documentée, de « Voyage au pays des CE ». On parcourt leur gestation, leur naissance comme leur envol, notamment du point de vue de leurs activités culturelles. Vous en avez été un témoin direct tout au long de votre carrière. Quand vous entrez à 16 ans comme métallo à la Socrat, quelles étaient les activités du CE ?

Jean-Michel Leterrier – La boîte comptait 400 salariés mais il n’y avait pas de CE, ni même de syndicat. On a monté avec quatre collègues une section syndicale et, en 1974, on a créé le comité d’entreprise. J’en suis devenu secrétaire, j’avais 22 ans ! Je n’étais jamais allé au théâtre, rarement au cinéma et je lisais peu. C’est là que mon rapport à la culture se réalise. Un jour, je suis invité à assister à « Iphigénie Hôtel » ban_voyage_au_pays_des_CEde Michel Vinaver, une pièce montée par Antoine Vitez. J’y vais et je n’y comprends rien, mais c’est une révélation. On m’avait caché quelque chose : le théâtre ! Je me sentais humilié.

 

A.M. – Parallèlement, vous poursuivez des cours du soir et vous devenez secrétaire général du syndicat de la Métallurgie CGT de plusieurs arrondissements parisiens. Comment ça se passe ?

J-M.L. – Quand j’entre comme manœuvre à la Socrat, je suis des cours du soir, dix ans durant. Je passe un CAP, un BEP et un diplôme de technicien supérieur. Puis, j’arrête tout à 26 ans, les cours au CNAM et mes responsabilités syndicales, pour devenir animateur au Centre d’animation culturel de Corbeil (91). Chargé des relations avec les CE, j’avais envie de faire découvrir à mes collègues de la Snecma ou d’IBM un monde qu’ils ne connaissaient pas. J’allais leur parler de la danseuse Maguy Marin ou de la chanteuse Anna Prucnal. Ensuite, je me suis rapproché de l’Union départementale CGT de l’Essonne et c’est lors d’un congrès de l’UD que j’ai rencontré Marius Bertou, responsable de la Commission culturelle confédérale.

 

A.M. –  Il vous suggère de devenir le responsable culturel du comité d’entreprise de Renault Billancourt ?

J.M.-L. – Oui, on est en 1981. Avec Jack Lang, au ministère de la Culture, qui lance des conventions avec les CE, suite au rapport de Pierre Belleville « Pour la culture dans l’entreprise ». Je propose un projet avec le compositeur Nicolas Frize, qui est accepté. Ça donne « Paroles de voitures » avec une première phase d’enregistrement des sons de Billancourt, leur montage avec les réactions des ouvriers. Celles-ci vont donner lieu à la mise en cause des nuisances sonores dont ils sont victimes, mais cela va bien au-delà : les colosses qui travaillent aux presses témoignent des répercutions ce1sur leur sexualité que provoquent leurs mains déformées… Viendra ensuite le temps de la création électroacoustique, qui nécessitera la collaboration d’une soixantaine d’ouvriers pour assurer les chœurs. Fin 1984, trois concerts sont organisés dans les forges de Billancourt, ouverts au public : 3000 personnes y assistent !

 

A.M. – Responsable à l’association Travail et Culture et des affaires culturelles de la ville de Bobigny (93), vous prenez la suite de Marius Bertou à la CGT en 1991. En quoi consiste votre travail ?

J.M.-L. – A faire connaître aux camarades des Unions locales et départementales de la CGT la politique culturelle que porte la confédération. D’abord rendre la culture accessible à tous par des mesures tarifaires, permettre ensuite la rencontre avec les créateurs sur la base d’un compagnonnage… On crée alors des missions départementales : dans le Vaucluse autour du festival d’Avignon, dans les Alpes Maritimes avec le festival de Cannes ou encore en Gironde avec le festival d’Uzeste… On met aussi en place une cinquantaine de résidences d’artistes.

 

A.M. – « Si vous attendez la fin des luttes pour vous intéresser à la culture, vous ne vous y intéresserez jamais, alors qu’elle peut vous aider. » La réplique de Paul Puaux, collaborateur de Jean Vilar en Avignon, aux métallos qui lui signifiaient que les revendications sociales passaient avant le théâtre, résonne toujours sacrément, non ?

J.M.-L. – Dans le syndicalisme, trop souvent la culture est considérée comme un but et non comme un moyen. Une conception erronée qui pèse et freine la rencontre du monde du travail avec celui des arts. Propos recueillis par Amélie Meffre

 

CE, un héritage contrasté

Préfacé par Jean Auroux, le ministre du Travail du premier gouvernement Mitterrand en 1981, superbement illustré de photos d’archives et de nombreux documents inédits, « Voyage au pays des CE, 70 ans d’histoire des comités d’entreprise » raconte avec talent, par le texte et l’image, une histoire bien trop souvent ignorée des salariés, encore plus du grand public. Celle d’une structure originale, issue des combats de la Résistance et des utopies du CNR : l’Ordonnance de février 1945 puis la Loi de mai 1946 offrent aux salariés, outre les dispositions économiques, le pouvoir d’investir le champ social et culturel dans et hors l’entreprise… Comme le rappellent à juste titre les deux auteurs, Patrick Gobert et Jean-Michel Leterrier, il faudra cependant quelques années pour que « les CE trouvent leurs marques, se dégagent d’un siècle de paternalisme et affirment leur propre singularité ». Avec de belles réussites sociales et culturelles, expos-concerts-création de bibliothèques-représentations théâtrales-ateliers amateurs, dont l’ouvrage nous délecte avec gourmandise !

En ce début de XXIème siècle, l’image en est pourtant quelque peu brouillée, l’héritage contrasté… Outre les gouvernements successifs qui n’ont eu de cesse de rogner les pouvoirs des CE et le temps de délégation de leurs élus, crise économique-bas salaires et précarité de l’emploi contrarient durablement leurs objectifs. De contestataires supposés de l’ordre économique au cœur de l’entreprise, forts des 11 milliards d’euros qu’ils gèrent globalement au niveau national, ils sont devenus bien souvent de simples prestataires de services : cantine, sapin de Noël, chèque-cadeau, billetterie de spectacles. A la merci, ou à la solde, des rapaces de l’industrie des loisirs ou du tourisme, des marchands de foie gras ou autres colis gastronomiques… Que peut-on lire, en exergue des pages internes de couverture du livre ? « Si on supprimait l’arbre de Noël, on aurait une manifestation dans le local du CE ! », affirme l’un, « notre rôle n’est pas tant de redistribuer de l’argent que de faire participer les salariés à des ce3activités », soutient l’autre. Le parfait résumé d’un héritage contrasté. 

Les faits sont têtus : hormis ceux qu’il est convenu d’appeler « gros CE » (SNCF, EDF-GDF, métallurgie, Air France, agroalimentaire…)  qui proposent, ou pourraient proposer, une politique culturelle et sociale un peu plus innovante, force est de reconnaître que seules les convictions d’élus motivés parviennent encore à mettre en œuvre les intuitions premières ! Parfois même contre ou dans l’indifférence du syndicat qui, progressivement, a déserté le terrain en déléguant ses responsabilités à de supposés « spécialistes ». L’étude, menée conjointement en Rhône-Alpes par l’université Lyon II et le comité régional CGT, est emblématique à ce sujet. Et le film qui en est tiré, disponible d’ici peu à la projection, certainement tout autant…

Sans parler de ces milliers de petites entreprises, comptant moins de 50 salariés, ne disposant pas de CE : à quand une revendication syndicale, clamée haut et fort, exigeant le droit pour tous à bénéficier d’un comité d’entreprise ? Y.L.

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