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Villerupt, l’Italie 40 ans à l’écran

Jusqu’au 12 novembre, Villerupt fête les 40 ans de son Festival du Film  italien. Toujours avec la même fièvre cinématographique transalpine, avide de découvertes et d’hommages  aux succès passés. En présence de Cristina Comencini, présidente du jury.

 

 

Dès l’ouverture du Festival lors du week-end de Toussaint, la foule nombreuse se presse pour assister  à la projection  d’un film de Francesco Bruni en compétition pour le trophée. Ici pas de César ni d’Oscar, mais un Amilcar du nom du sculpteur italo-lorrain Amilcar Zannoni, auteur de l’œuvre originale. Pas moins de 19 films en compétition, des films inédits non distribués en France ou des avant-premières qui,  ainsi que les coproductions, sont plus nombreuses depuis quelques années. C’est en partie le fruit des négociations cordiales menées par l’ex-ministre de la Culture Aurélie Filippetti avec son homologue italien de l’époque, Lorenzo Ornaghi.

Après avoir longtemps écrit les films de Paolo Virzi, Francesco Bruni est devenu le scénariste de la série « Il commissario Montalbano » largement diffusée en France. Le premier film qu’il a réalisé  en 2011, « Scialla ! », a obtenu le prix du meilleur long-métrage de fiction à la Mostra de Venise. « Tutto quello che vuoi » (Tout ce que tu veux), projeté durant le festival, est son troisième long métrage. Il nous montre la rencontre improbable d’un jeune un peu à la dérive, sans emploi et sans projet, avec un vieil homme érudit de 85 ans, poète ayant connu son heure de gloire jadis. Pour mettre fin à son oisiveté, le père du jeune Alessandro le contraint d’accompagner journellement le vieillard atteint d’un début d’Alzheimer. Comme toujours, les symptômes de cette maladie causent problèmes et soucis divers mais créent aussi parfois des embarras très cocasses. Bruni, pour avoir vécu cette situation avec son père, y met beaucoup d’humanité et d’humour. Peu à peu, l’alchimie se fera entre l’adolescent amorphe et l’intellectuel : ce sera du gagnant-gagnant. En effet, la culture et la sagesse du vieillard apaiseront Alessandro et stimuleront sa curiosité défaillante alors que la bande de potes du jeune homme, pas toujours très recommandable, entrainera le vieux poète dans une aventure rocambolesque et vers une jeunesse retrouvée.

« Tutto quello che vuoi », Francesco Bruni.

Aux côtés du jeune Andrea Carpenzano, il faut noter l’extraordinaire interprétation de Giuliano Montaldo.

 

La thématique des relations intergénérationnelles semble avoir inspiré d’autres réalisateurs. On la retrouve dans « La Tenerezza », le dernier film du talentueux Gianni Amelio à qui l’on doit notamment le « Ladro di bambini » (Voleur d’enfants), grand prix du jury à Cannes en 1992. Relation intergénérationnelle à double niveau : celle d’un grand-père et son petit-fils, celle de ce même vieil homme acariâtre avec une jeune voisine mère de famille de l’âge de sa fille, alors qu’il refuse son affection à ses propres enfants. Avec son talent habituel tout en sensibilité et en finesse, Amelio nous donne à voir des échanges surprenants, notamment entre le vieil homme aigri et solitaire et le mari de la voisine qui lui demande « que peut-on dire à un enfant ? Je ne sais pas y faire avec mes enfants… ». Réponse ? «  On peut tout dire », mais ajoutant sans complexe « les miens je les aimais beaucoup petits et puis ils ont grandi et un truc bizarre s’est passé … j’ai cessé de les aimer ». Nulle provocation mais plutôt l’expression d’une douleur innommable. Il faudra l’électrochoc d’un drame pour briser l’armure qui enserre le vieillard et lui intimer le chemin vers le cœur de sa fille. Film intelligent et subtil qui laisse des traces. Plus léger mais non moins intéressant est le traitement de ce thème dans la comédie de Francesco Amato, « Lascia ti andare » (Laisse-toi aller). Elia, interprété par l’excellent Toni Servillo, est un psychanalyste romain plus tout jeune, très égocentrique et un brin dépressif…. Après une alerte de santé, on lui conseille vivement de faire du sport. En salle pas question, il va donc prendre un coach personnel. En l’occurrence, une jeune espagnole compétente mais très extravertie qui l’insupportera beaucoup au début mais à laquelle il finira par s’attacher. Ils se feront finalement beaucoup de bien mutuellement, comme

« Che cos’è l’amore », Fabio Martina.

l’affirme le réalisateur « l’un part de la tête, l’autre du corps, mais le psy et le coach font le même travail : remettre les gens sur pied » !

Autre relation intergénérationnelle, insolite et même subversive, celle proposée dans le bouleversant documentaire  du jeune réalisateur Fabio Martina « Che cos’è l’amore » (C’est quoi l’amour) sur la relation amoureuse entre deux partenaires que 43 ans séparent. Il ne s’agit pas d’un vieux barbon et d’une jeunette, ce qui surprendrait à peine, mais d’une pétulante jeune fille de 93 ans, Vanna Botta -poétesse, peintre, chanteuse et bourrée d’humour- avec un vieux gamin de 50 ans, Danilo Reschigna, acteur et dramaturge. « Une amie, une voisine qui connaissait Danilo, m’a parlé de leur histoire en me suggérant de faire un film sur eux », raconte le réalisateur. « J’étais débordé de travail sur un autre projet et j’ai refusé. Mon amie m’a pratiquement harcelée jusqu’à ce que j’accepte au moins de les rencontrer. Pour lui faire plaisir, j’ai accepté sans engagement aucun. Au bout d’à peine une heure passée avec eux, je savais déjà que je ferai ce film ».  L’auteur étant familier des sujets sociaux et philosophiques, leur histoire devient sous son œil bienveillant et pudique une œuvre d’art  poétique dans laquelle Eros gagne contre

« La vita in comune », Edoardo Winspeare.

Thanatos. Tendresse et joie de partager redonnent à la prodigieuse vielle dame goût à la vie dans un hymne à la tolérance qui nous laisse pantois.

 

Comme toujours dans le cinéma italien, la dénonciation des problèmes sociétaux et environnementaux est présente dans de nombreux films. « Veleno » (Poison), le film du réalisateur napolitain Diego Olivares, évoque le double drame de la pression mafieuse sur les agriculteurs et de la pollution des sols dans la région de Naples. La descente aux enfers du couple est poignante. « La vita in comune » (La vie en commun) d’Edoardo Winspeare prend le parti d’en rire quand il s’agit de lutter au conseil municipal contre l’envie de certains de favoriser le bétonnage des côtes superbes du Salento, à l’extrémité des Pouilles. Le maire, désabusé et fan de poésie, trouvera un renfort inattendu au sein de sa communauté et parmi ses membres les plus loufoques ! Plus délirante, l’histoire de contestation dans la comédie « L’ora è légale », cinquième film du tandem Salvatore Ficarra et Valentino Picone : en Sicile dans la ville de Pietrammare, le professeur Natoli, à peine élu maire, entend bien mettre en pratique ses promesses de campagne pour lutter contre les abus et la corruption. Scandalisée, la population habituée aux passe-droits et à l’illégalité se révolte et veut pousser le maire à la démission !

La politique et l’histoire italiennes, qui ont nourri notamment les chefs-d’œuvre de Francesco Rosi (L’Affaire Mattei,  Main basse sur la ville, Le christ s’est arrêté à Eboli…), sont encore présentes chez  Gianni Amelio et Marco Tullio Giordana. Ils perpétuent la tradition italienne du cinéma « engagé ». Villerupt  rend hommage à ce dernier en lui décernant l’Amilcar de la Ville 2017 et en programmant six de ses films. Giordana s’intéresse aux épisodes les plus critiques de l’histoire de son pays : la fin du fascisme, les années 70, le phénomène mafieux. Dans « Romanzo di una strage » (Roman d’un massacre), il évoque avec brio l’attentat meurtrier de la Piazza Fontana à Milan. Le 12 décembre 1969, une bombe explose à la Banque Nationale de l’Agriculture, faisant 17 morts et 88 blessés. Les tensions sont fortes et les affrontements souvent violents à cette époque entre les groupes contestataires et les forces de l’ordre. L’attentat est une provocation et une ruse des mouvements d’extrême droite pour compromettre les groupuscules anarchistes en leur faisant porter le chapeau. Le commissaire Calabresi (Valerio Mastandrea, excellent) doute de leur culpabilité mais sa hiérarchie l’empêche de mener à bien son enquête afin de

« Romanzo di una strage », Marco Tullio Giordana.

profiter de ce drame sanglant pour cautionner une forte répression de l’extrême-gauche.

 

Parmi les nombreux films à l’affiche, 72 au total, signalons une Carte blanche  consacrée à Luigi Comencini, dont la fille Cristina est présidente du jury. Qui eut pu prédire un si bel avenir au petit festival des débuts, dont genèse et contexte historique et social nous furent contés dans un précédent article ? Le Festival du Film Italien de Villerupt n’est pas un festival régional, il est une vitrine nationale incontournable de la production cinématographique transalpine. Clin d’œil des programmateurs avec une sélection de films italiens primés (Oscar, Palme, Lion, Ours…) qui nous permettent de revoir, ou de découvrir pour les plus jeunes, nombre de chefs-d’œuvre : « Padre Padrone », « La vie est belle », « Nuovo cinéma Paradiso », « La chambre du fils », « L’arbre aux sabots » et d’autres sont  réunis sous le titre « Le cinéma italien qui gagne » ! En écho à ce festival qui a conquis depuis longtemps ses lettres de noblesse, n’en déplaise à nombre de médias nationaux qui continuent de l’ignorer. Chantal Langeard

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Churchill et de Gaulle, un face-à-face historique

Dans « Meilleurs alliés » au Petit Montparnasse, Jean-Claude Idée met en scène la rencontre de Churchill et de Gaulle à Londres, à la veille du débarquement des troupes alliées en Normandie. Un face-à-face houleux entre deux monstres de l’histoire, royalement interprétés.

 

Le 4 juin 1944, Winston Churchill, Premier ministre britannique, convoque Charles de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française, dans un wagon aménagé en bureau de commandement, près de Portsmouth. L’heure est grave, le débarquement des troupes alliées en Normandie est imminent. Le grand Charles est furax de ne pas avoir été associé aux opérations, ni d’avoir été prévenu plus tôt. Et maintenant, voilà que Churchill lui demande de prononcer un discours à la BBC après tout le monde, même après la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg – « Et pourquoi pas le sultan de Zanzibar, pendant que vous y êtes ! », tonne-t-il.

Le face-à-face va être houleux. Si les deux hommes se connaissent bien et s’estiment, ils s’exaspèrent mutuellement. On les voit s’affronter sur la place que prennent les États-Unis, sur le rôle que la France doit tenir dans la libération, sur la force de la résistance… Churchill, petit et trapu, s’agite en se servant moult rasades de vieux rhum quand de Gaulle, grand et maigre, reste calme en tirant sur ses cigarettes.

 

Au-delà de leurs différends, ils se livrent. Churchill lui confiant que l’alcool l’aide « à chasser un vieux découragement qui menace toujours », de Gaulle méditant sur l’amour : « Un spasme de quelques secondes, aussi bref et violent qu’un coup de mitraillette, suivi d’un long malentendu… ». On rit de leurs réparties, l’un comme l’autre ne manquent pas d’humour. On les sent un brin désabusés, après quatre ans de guerre. Quant à l’avenir, difficile de savoir de quoi il sera fait. En attendant, ils devisent sur leur pays respectif. « Les Anglais aiment le roi, mais sont démocrates, les Français tuent le leur, mais sont monarchistes », déclare Churchill qui ne comprend pas la différence entre la droite et la gauche françaises. Et de Gaulle de lui répondre que « la droite idéalise le passé, et la gauche, l’avenir… Ce qui fait que personne ne s’occupe du présent ! ». Les images d’archives défilent en fond de scène du Petit Montparnasse, Pascal Racan incarne un de Gaulle plus vrai que nature, tant dans la stature que dans la voix quand Michel de Warzée campe un Churchill bougon à souhait. Nous voilà aux premières loges de l’histoire en train de s’écrire, le texte d’Hervé Bentégeat nous la fait revivre au plus près des deux hommes. Après leur rencontre, on suit les tractations en coulisses. Entrent alors en scène Anthony Eden, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Churchill et Pierre Viénot, ambassadeur de la France libres à Londres.

« La bataille de France a commencé. Il n’y a plus, dans la nation, dans l’Empire, dans les armées, qu’une seule et même volonté, qu’une seule et même espérance (…) ». Scène finale : Churchill écoute le discours de de Gaulle à la BBC et lève son verre pour lui porter un toast. Une image nous les montrera douze ans plus tard, une nouvelle fois réunis quand de Gaulle, revenu au pouvoir, décore Churchill comme compagnon de la Libération. Et l’on ne peut s’empêcher d’être émus devant deux hommes politiques d’une telle stature. Amélie Meffre

 

À voir aussi :

– En travaux pour l’heure, le théâtre de La Huchette n’en poursuit pas moins sa programmation… En toute liberté, dans les rues du 5ème arrondissement de Paris ! Une balade « littéraire et impertinente » entre petite et grande histoire, entre humour et canular sur un texte de Jacques Mougenot, pour nous conter les belles heures de ce lieu emblématique de la scène parisienne.

Co Martin Wagenhan

Ionesco en rigole encore, et nous de même !

– Aux allures du facteur Tati, Nikolaus et sa bande font leur cirque au Nouveau Théâtre de Montreuil ! Un spectacle totalement déjanté, où l’humour le dispute à la dérision quand tout se déglingue autour de soi, quand chacun cherche son chien et qu’un chimpanzé à visage humain se prend pour Tarzan dans les cimaises de la scène… D’une audace déconcertante, entre fragilité et beauté, un spectacle où l’homme se dévoile dans toute sa complexité.

– Sur les planches du Rond-Point, deux monstres sacrés de la scène s’affrontent. Catherine Hiegel et Tania Torrens, deux opposantes au syndrome de la vieillesse, s’étripent sur leur vision d’un passé révolu et d’un avenir en perdition. L’humour et l’ironie le disputent au tragique des situations, les divergences entre les deux femmes se muent en complicité, « La nostalgie des blattes » signée Pierre Notte laisse entrevoir une lueur d’espoir. Une interprétation de haute volée.

– À la Bourse du travail de Charleville, durant le Mondial

Co Camille Chalain

de marionnettes, il faut aller voir « Vu » ! Étienne Manceau, solitaire et pince-sans-rire, est irrésistible dans son décor miniature agencé au cordeau ! Du théâtre d’objets minimaliste, où l’humanité paraît bien coincée entre thé à infuser et sucre sauteur… Quand le rire tourne au vinaigre, la moutarde monte au nez du génial manipulateur et tous les obsédés de la terre sont au garde à vous.

– La compagnie Kulturscio’k présente au théâtre de La Girandole, à compter du 28/09, « Les voleurs de jambon ». Écrit et mis en scène par Alessia Siniscalchi, un hommage à l’univers de Federico Fellini. Yonnel Liégeois

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Charleville, les pantins sur l’Olympe !

Du 16 au 24 septembre, entre Place ducale et mont Olympe, Charleville-Mézières organise la 19ème édition de son Mondial des Marionnettes, le plus grand festival dans son genre à rassembler troupes et artistes venus des cinq continents. Un événement incontournable pour tous les amoureux d’un art fait de bois ou de chiffons. Qui se la joue In et Off, même dans les locaux de la CGT des Ardennes !

 

 

Qu’on se le dise, le doute n’est point de mise, Charleville est bien « le sanctuaire » de la marionnette ! Créé en 1961 par Jacques Félix, le fondateur de la compagnie des Petits Comédiens de Chiffons, le festival s’impose aujourd’hui sur la scène internationale comme le rendez-vous incontournable du pantin de bois, de chiffon ou de papier ! Aux côtés des deux compagnies d’artistes associés et « fils rouges » du festival (Agnès Limbos et sa compagnie « Gare centrale », le « TJP-CDN d’Alsace-Strasbourg » avec Renaud Herbin), s’offre en fait dans sa grande diversité la palette la plus dynamique et créative du spectacle vivant ! Pour la directrice Anne-François Cabanis, « comme un rituel désormais bien rodé, la ville se métamorphosera, neuf jours durant, en un immense castelet : salles, gymnases, rues, cours et places bruisseront de spectacles toujours plus inventifs, surprenants et inattendus et révèleront, à la manière des rhizomes qui se croisent et s’interpénètrent une magnifique photographie de la marionnette d’aujourd’hui en France et dans le monde ». En quittant le domaine réservé de l’antique castelet, selon la spécialiste, la marionnette a su gagner sa liberté, mettre en lumière sa puissance symbolique et esthétique. Elle a conquis l’espace scénique et celui de tous les possibles, « du minuscule au gigantisme, du gros plan sur un visage au panorama lointain, du personnage unique à la foule ».

La « Gare centrale » d’Agnès Limbos en fournit un bel exemple. Invitée d’honneur de la présente édition, la compagnie belge propose deux spectacles qui illustrent la riche diversité de ce que peut être la marionnette du troisième millénaire. Leur singularité ? Une étonnante habilité à mélanger de concert objets animés et formes humaines, entre l’incongruité de la matière et la force de la représentation ! Et pour donner à voir et entendre des personnages à la puissance symbolique incontournable, tels les héros shakespeariens dans « Baby Macbeth » en création mondiale : Shakespeare pour les bébés, il fallait oser, Agnès Limbos l’a fait ! Ou de nous transporter dans un univers complètement déjanté avec « Axe, de l’importance du sacrifice humain au XXIème siècle »… Un spectacle où le réalisme le plus cru flirte de belle façon avec fantastique et tragique quand le monde des humains, celui d’un couple en perdition, se fissure au mur des suffisances et des convenances. Quant au TJP, le Théâtre Jeune Public d’Alsace propose pas moins de quatre spectacles qui révèleront toute l’inventivité de son mentor, Renaud Herbin. Formé à l’École supérieure nationale des arts de la marionnette de Charleville, l’ESNAM qui fête justement cette année son trentième anniversaire, il marie avec talent matière et marionnette, champs chorégraphiques et arts visuels.

De grandes figures de la marionnette seront encore présentes à Charleville cette année. La compagnie « Les anges au plafond » bien sûr, fil rouge de l’édition précédente, avec deux spectacles, « R.A.G.E. » et « White Dog » en première mondiale… Entre censure et racisme, poésie et réalisme, un diptyque d’une force incroyable. À ne pas manquer encore, l’allemande Ilka Schönbein avec son Theater Meschugge qui propose « Ricdin Ricdon » en première mondiale… Ainsi que les créations sur des sujets aussi variés que l’inconnu ou le hasard avec « Oscyl », la mémoire avec « Le soldat Antoine », le pouvoir avec « Les maîtres du monde », le sort des migrants avec « Passager clandestin »…

Pour ce cru 2017, la CGT des Ardennes assure encore sa présence dans le « Off » du Festival : depuis 2009, un coup d’essai devenu coup de maître ! « Dans un département en pleine galère, quand des boîtes ferment, ce n’est pas évident d’investir ainsi dans la culture et d’inviter syndiqués et salariés à découvrir autre chose que Disneyland », constate Pascal Lattuada. Le secrétaire de l’Union départementale est pourtant catégorique, « la Bourse du Travail ne peut rester fermée durant ce rendez-vous exceptionnel sur notre agglomération, nous voulons tenir la place qu’une organisation syndicale se doit de prendre en faveur de la démocratie culturelle et du droit à la culture pour tous ». Cette année, performance à souligner, la CGT accueille six compagnies pour dix spectacles (On regardera par la fenêtre, La cour singulière, Anonima teatro, Théâtre Burle, Sacékripa, La gazinière), en salle comme en extérieur ! Un programme qui s’enrichit de diverses rencontres-débats durant tout le festival, en particulier le 19/09 sous l’égide du SFA, tant sur le statut des professionnels du spectacle que sur la médecine du travail.

Au pays de Rimbaud et d’ailleurs, les poupées de bois, chiffons ou papier, avec ou sans tiges, n’ont pas fini de faire parler d’elles : de belles heures à venir pour les carolomacériens, comme pour tous les amoureux de la marionnette à Paris ou Strasbourg ! Yonnel Liégeois

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Fernand Léger à Metz, le beau partout !

La visite du Centre Pompidou de Metz s’impose ! Pour contempler l’œuvre de Fernand Léger, apprendre et s’étonner… Jusqu’au 30/10, l’exposition nous plonge dans L’âge des extrêmes du court XXème siècle, cher à Eric Hobsbawm. L’œuvre se confond avec la vie créatrice du peintre et sculpteur, ainsi organisée en un parcours de huit étapes. Qui permettent de saisir à la fois une époque, des mutations sociales, techniques et économiques, une démarche artistique et une ambition culturelle comme projet politique.

 

 

L’exposition Fernand Léger, largement documentée sur les sites internet, vient à propos  questionner la modernité. Elle trouve parfaitement sa place dans un musée national d’art moderne signifiant par son architecture son entrée dans le XXIème siècle. Il existe de multiples manières de voir cette exposition, il faut prendre son temps, ne pas hésiter aux aller–retour, tout en profitant du Centre Pompidou de Metz et de son JARDIN INFINI : une sorte de pied de nez à l’éloge industriel et urbain de Léger !

Nous sommes nombreux, avec nos limites dans la connaissance artistique, à faire de Fernand Léger une sorte d’icône d’un art populaire représenté par ses grandes toiles aux personnages volumineux, les regards fixés vers un horizon qu’on imagine heureux. Ils travaillent sur le chantier, jouent de la musique, dansent ou font des numéros de cirque et s’arrêtent de pédaler pour nous inviter à les rejoindre. Il ne faut pas se tromper d’époque et d’enjeu dans les différents courants de cet « art moderne », ils  troublent le regard du passant et l’obligent à s’interroger sur la représentation du monde, des gens et des choses. « La beauté est partout », affirme Fernand Léger, « dans l’ordre des casseroles, sur le mur blanc de la cuisine, plus peut être que dans votre salon du XVIIIème siècle ou dans les musées officiels ! ».

 

Fernand Léger a commencé sa vie comme apprenti dans un cabinet d’architecte, il sait dessiner et découvre la couleur dans les toiles de Paul Cézanne. Il sera soldat pendant la première guerre mondiale et Verdun sera son « académie du cubisme ».  Après  l’invasion de la France en 1940, il s’exile aux États-Unis et rencontre d’autres artistes. L’écriture, la photographie, le cinéma et la mise en scène feront de lui un artiste multidimensionnel. Les écrits, l’enseignement et l’engagement de Fernand Léger ouvrent d’autres portes sur son œuvre. Il est de son temps et pour son temps. Il partage avec Le Corbusier une conception industrieuse du monde en mouvement où l’esthétique du quotidien, l’habitat, le travail, l’éducation et les loisirs sont présents et représentés dans des formes éclatées et des couleurs éclatantes. Cela n’est pas toujours compris et c’est sans doute la raison pour laquelle sa toile « Les constructeurs », qu’il souhaitait offrir à la CGT, lui sera refusée au prétexte que les travailleurs ne comprendraient pas ses personnages en pause sur une structure métallique.

La modernité pourrait-elle devenir classique ? Les œuvres de Le Corbusier entrent au patrimoine de l’humanité ! Fernand Léger, avec d’autres contemporains, a sa place au Panthéon des peintres modernes..Vieille question de la modernité qui interpelle le visiteur d’un musée officiel d’art contemporain où se rangent et se classent des œuvres.

 

Deux dialogues peuvent s’ouvrir : l’un avec Bernard Noël et Pierre Verny, l’écrivain et l’ouvrier photographe. Ils nous donnent une réponse dans un beau livre, De l’immobilité, Ruines d’un haut fourneau. L’autre avec la Cité Radieuse de Briey construite par Le Corbusier à la fin des années 50, une petite ville des vallées industrielles de Lorraine, pour loger les mineurs de fer et les sidérurgistes… Las, quelques années après l’installation des premiers habitants, c’est l’annonce de la fermeture des mines et le transfert vers les côtes de la sidérurgie. L’unité d’habitation est abandonnée par les HLM. On envisage même, comme pour les usines, sa destruction. Grâce au maire de la ville qui va y installer une école d’infirmières et aux  militants de l’action culturelle, le bâtiment sera sauvé.

Une association en assure la gestion, ouvre ses portes dans un espace réhabilité et s’associe aujourd’hui à l’exposition du Centre Pompidou de Metz. Mais où sont passés les usines et ceux qui les faisaient vivre ? La représentation de la vie, pour que le beau survive partout, ne saurait se passer de l’action créatrice qui se nomme le travail, comme l’écrit si bien Yves Clot ! Et nos espaces culturels, où sont présentées les œuvres et la mémoire mise en scène, ne valent que s’ils prolongent et amplifient notre résistance au défi de l’immobilité et à la ruine de la pensée. Raymond Bayer

 

À noter aussi :

Du 24 au 30/08, à quelques encablures de Metz, se déroule à l’abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson « La mousson d’été, écrire le théâtre d’aujourd’hui ». Durant six jours, dans un cadre historique et enchanteur, sous la direction artistique de Michel Didym, le « patron » de La Manufacture de Nancy, s’enchaîneront rencontres et débats, lectures et spectacles, ateliers et déjeuners insolites… Un temps privilégié où l’auditeur et le spectateur sont conviés à « prendre un peu de recul, un peu de distance au bord de la Moselle alors que s’organise, en Europe et dans le monde, une régression identitaire sans précédent : le moment semble idéal pour faire ruisseler quelques gouttes de liberté salvatrice glanées au fil des textes de la Mousson », nous suggère Michel Didym. Fort d’un profond regard amoureux sur la belle ouvrage de Fernand léger, il serait bon de poursuivre par un travail de la pensée : venus de France et de l’étranger (Allemagne, Espagne, Italie, Portugal, Russie, Suède), auteurs et traducteurs, comédiens et musiciens vous donnent rendez-vous à Pont-à-Mousson pour s’y atteler. Tous créateurs, acteurs et citoyens du monde ! Y.L.

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Avignon 2017, Durif et les autres

Durif, la tête pleine de rêves

Il y a une quinzaine d’années, nous demandions à Eugène Durif d’écrire pour la revue *Frictions un texte portant sur le théâtre et le politique. Il répondait qu’il se sentait dépassé par le sujet et terminait sa lettre (que nous reprîmes en guise d’édito !) en précisant que « faute d’un article « théorique » qui se tienne », il nous envoyait une « entrée de clowns » portant précisément sur la difficulté à écrire sur la question !

 

 

Tout Eugène Durif est là ! Quinze ans plus tard, après bien des pérégrinations, après moult tournées ici et là loin des projecteurs de la mode ambiante, après de nombreuses entrées de clowns et maints autres très beaux textes, pas forcément théâtraux, nous y revoilà. Pour notre plus grand plaisir. Eugène Durif n’écrit toujours pas de texte « théorique qui se tienne » sur le sujet de la politique, mais il ne cesse de creuser le même sillon qui n’en est guère éloigné, et qui même, à nos yeux, en est sans doute la véritable matière.

 

Le voici donc aujourd’hui dans une sorte de spectacle-cabaret, ou spectacle à sa manière non spectaculaire, « théâtre musical » comme il est dit, à aborder avec pudeur, tact, drôlerie, et quand même pointes acérées, l’utopie. Nous voici donc dans Le Cercle des utopistes anonymes en compagnie de Pierre-Julien Billon, musicien, bruiteur, habitué des pistes de cirque, fausse raideur lunaire calculée, avec Stéphanie Marc dont, depuis le temps (de nos vingt ans ?) nous nous demandons encore comment les grandes stars de la mise en scène, quels que soient leurs registres de jeu, ne l’ont pas encore repérée (tant mieux d’ailleurs), avec Eugène Durif himself, qui habite la scène à sa manière faussement tranquille, s’y déplace à petits pas, la bedaine et la besace pleines de mots, de citations, Proudhon, Nietzsche, Jean-Pierre Brisset et de nombreux autres, mais les siens avant tout, pour nous développer en faux dialogues et en vraies chansons ses pensées sur l’utopie.

 

Un voyage immobile au cœur du fatras théâtral (avec ses petites tentures rouges, et ses accessoires pauvres mais essentiels sur un plateau, etc.), une quête de l’impossible guidée par Jean-Louis Hourdin, un autre membre éminent et indispensable du cercle des utopistes. Eugène Durif avait bien raison : seuls les clowns, impénitents voyageurs immobiles ou non, mais la tête pleine de rêves, sont en capacité d’approcher le mystère politique. Jean-Pierre Han

Le Cercle des utopistes anonymes, d’Eugène Durif. Mise en scène de Jean-Louis Hourdin. Maison de la poésie, jusqu’au 30/07 à 14h45 (Tél. : 04.90.82.90.66).

*Fondée en 1999 et consultable sur le Web, la revue trimestrielle Frictions entend « réinstaurer le débat depuis si longtemps disparu dans le monde du théâtre, sans craindre la polémique, mais sans la rechercher artificiellement (…) Refusant de confiner l’art dramatique dans le lieu qui lui est traditionnellement dévolu et dans lequel il meurt étouffé, Frictions fait appel aux signatures venues d’horizons divers ».

 

À voir aussi :

L’imparfait (Avignon in), texte et mise en scène d’Olivier Balazuc. C’est l’histoire de Victor, un bien joli prénom emprunté à Vitrac et à ses « Enfants au pouvoir », un enfant que les parents veulent parfait et qui fait tout pour répondre à leur attente ! Jusqu’au jour où la machine se dérègle lorsque le gamin réalise un dessin qui ne correspond pas vraiment aux canons de ses géniteurs… Contre l’image de « l’enfant-roi » robotisé, un hymne à « l’imparfait » qui ouvre à la liberté et à la créativité. Un spectacle jeune public, allègrement mis en scène, qui prête à sourire et à penser autant pour les enfants que pour leurs parents ! Chapelle des pénitents blancs, jusqu’au 26/07 à 11h et 15h (Tél. : 04.90.14.14.14). Grande tournée nationale dès janvier 2018, dans le cadre du festival Odyssées en Yvelines.

The great Tamer (Avignon in), conception et mise en scène de Dimitris Papaioannou. Superbement mis en images par le chorégraphe grec, les dix interprètes n’en finissent pas de mourir et renaître, corps vivants et nus ou sacs d’os squelettiques arrachés des ténèbres, sur un plancher incliné et composé de trappes qui avalent ou recrachent hommes et femmes. Entre tragédie grecque et apocalypse moderne, humour et poésie, une valse à la vie et à la grâce, avant que la mort n’emporte chacun. Un spectacle d’une fulgurante beauté. La Fabrica, jusqu’au 26/07 à 15h (Tél. : 04.90.14.14.14). Du 20 au 23/03/18 au Théâtre de la Ville/La Villette à Paris.

Les grands (Avignon in), de Pierre Alferi. Mise en scène de Fanny de Chaillé. Trois générations sont rassemblées sur le plateau du Théâtre Benoît XII. Tour à tour, l’enfant, l’adolescent et l’adulte vont exprimer leurs doutes et convictions, peurs et aspirations. Trois générations à dialoguer, s’interroger, s’interpeller et se « disputer », au sens premier du terme, sur le sens de la vie, les contradictions et valeurs qui l’animent ou doivent la guider. Trois jolis trios d’acteurs, dynamiques et à la fraîcheur guillerette, dans une mise en scène tourbillonnante. Théâtre Benoît XII, jusqu’au 26/07 à 15h (tél. : 04.0.14.14.14). Du 20 au 23/09 au Centre Georges Pompidou dans le cadre du Festival d’Automne à Paris, du 14 au 18/11 à la Comédie de Reims, les 18 et 19/01/18 au CCN de Caen, les 23 et 24/01 au CDN de Montpellier, les 26 et 27/01 au CDCN de Toulouse, le 30/01 au Parvis de Tarbes, les 20 et 21/04 au CDN de Lorient.

Dans un canard (Avignon off), texte et mise en scène de Jean-Daniel Magnin. La folie meurtrière de l’entreprise moderne, les nouveaux modes de management décortiqués entre absurde et tragique. Où l’on rit jaune, en dépit d’une force de frappe comique irrésistible, en songeant aux suicidés de France Telecom et d’ailleurs… La mise en pièce, et en pièces, d’un système économique et patronal mortifères, d’une société du travail qui court à sa perte. Théâtre des Halles, jusqu’au 29/07 à 14h (Tél. : 04.32.76.24.51). Yonnel Liégeois

 

 

 

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Avignon 2017, Lavant et les autres

Lavant, exceptionnelle performance

Écrit en 1982, quelques années avant le décès de son auteur survenu en 1989, Cap au pire de Samuel Beckett est une œuvre parfaitement inclassable, ni pièce de théâtre, ni roman, ni nouvelle, ni… rien (?).

Un texte, comme Beckett en écrivit sur la fin de sa vie après qu’il eut passé son temps à dynamiter le langage, pour en arriver à sa quasi extinction. Un texte qui s’enfonce allègrement, avec une « mauvaise » joie, dans la forêt des mots. Cap au pire donc, toujours plus avant dans le pire justement, de plus en plus mal. Mais il ne faut pas croire, c’est écrit comme une rigoureuse partition avec notamment des temps de silence plus ou moins longs, des blancs plus ou moins grands dans l’édition papier. Que faire dès lors pour le metteur en scène et son interprète qui se lancent dans l’improbable aventure de porter une telle chose sur la scène – quelle idée ! – ? Réponse aussi discrète (elle ne se montre pas, mais elle est d’une présence forte) qu’audacieuse de la part de Jacques Osinski qui s’y est collé avec d’autant plus d’allant qu’il retrouvait pour l’occasion l’interprète d’un de ses premiers spectacles, La Faim de Knut Hamsun, présenté en 1995, notamment au Théâtre de la Cité internationale alors dirigé par Nicole Gautier. L’interprète ? C’est le très singulier Denis Lavant, simplement extraordinaire dans sa prestation, une gageure inouïe. Planté là devant nous, immobile une heure et demie durant à faire résonner avec une rare intensité les mots de Beckett. Une performance d’athlète, managé avec doigté par son entraîneur, Jacques Osinski.

Beckett aurait sans doute apprécié. Jean-Pierre Han

Cap au pire de Samuel Beckett (Avignon off). Mise en scène de Jacques Osinski. Théâtre des Halles, jusqu’au 29/07 à 22h00 (Tél. : 04.32.76.24.51).

 

À voir aussi :

– « L’autre fille » d’Annie Ernaux (Avignon off), mise en scène de Nadia Rémita. En fond de scène, un mot écrit en lettres capitales « Gentille », de chaque côté des livres et des albums symbolisant des monuments funéraires… Belle et altière, désarmée et anéantie aussi par la révélation qui va durablement bouleverser sa vie, Annie-Laurence (Ernaux, l’auteure-Mongeaud, la comédienne) s’avance pour nous la narrer : « Elle était bien plus gentille que celle-là ! », avoue sa mère à une voisine de quartier. Sans prendre garde à l’enfant qui entend tout et découvre la présence-absence de la sœur décédée dont elle ignorait l’existence. Un coup de poignard en plein cœur, une déchirure, une fulgurance d’une violence inouïe pour celle qui désormais doit composer avec Ginette, l’inconnue sœur défunte. Jamais la mère n’en reparlera, jamais la survivante ne posera de question. Un texte d’une force rare (disponible aux éditions du Nil), d’une extrême sensibilité, magnifiquement interprété par Laurence Mongeaud toute d’émotion retenue, à voir sans faute. L’Artéphile, jusqu’au 28/07 à 12h40 (Tél. : 04.90.03.01.90).

– « L’apprenti » de Daniel Keene (Avignon off), mise en scène de Laurent Crovella. En mal de reconnaissance familiale, un jeune adolescent est en quête d’un père de substitution. Qu’il trouve en la personne d’un homme régulièrement attablé dans le même bistrot, concentré sur sa grille de mots croisés. Le dialogue s’engage, d’abord heurté jusqu’à devenir de plus en plus familier. Entre humour et coups de gueule, échanges frondeurs et fréquentes altercations, au fil du temps et progressivement les deux protagonistes s’apprivoisent pour, au final, trouver chacun leur juste place. Un joli duo d’acteurs en réelle complicité, qui distille tendresse et émotion, dans une mise en scène circulaire originale. De l’humanité vraie, sans pathos superflu, à ne pas manquer. Présence Pasteur, jusqu’au 28/07 à 10h40 (Tél. : 04.32.74.18.54). Le 23/02/18 à La Passerelle de Rixheim, le 20/03/18 à L’Espace Athic d’Obernai, le 22/03/18 à La M.A.C de Bischwiller, le 03/04/18 à Brassins (Schiltigheim), le 17/04/18 à L’Espace Malraux (Geispolsheim), le 18/04/18 à L’Espace Rhénan (Kembs), les 20 et 21/04/18 à L’ Espace 110 (Illzach).

– Trois autres spectacles, dont Chantiers de culture a rendu compte récemment, sont à (re)découvrir lors du festival : « F(l)ammes » d’Ahmed Madani au Théâtre des Halles (Tél. : 04.32.76.24.51), « Un démocrate » de Julie Timmerman au Chapeau d’Ébène Théâtre (Tél. : 04.90.82.21.22) et « Revue rouge » au 11-Gilgamesh Belleville (Tél. : 04.90.89.82.63). Yonnel Liégeois

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Avignon 2017, Nguyen et les autres

Marine Bachelot Nguyen, de mère en Fils

De sa conception à sa réalisation, Le Fils, ce spectacle signé David Gauchard sur un texte de Marine Bachelot Nguyen, est sinon exemplaire du moins d’une grande justesse. Justesse de la réponse de l’auteure, qui est également en d’autres occasions metteure en scène, à la commande très précise de David Gauchard lui demandant de décrire un phénomène d’aliénation s’emparant d’une personne au cœur de notre société.

 

 

Marine Bachelot Nguyen a très scrupuleusement respecté le contrat ! Le Fils raconte l’histoire d’une femme prise au fil des jours et des nuits dans un engrenage infernal, celui que lui a imposé les circonstances, celui du militantisme des mouvements catholiques traditionalistes, des opposants au mariage pour tous, anti IVG, etc. Pour ce faire, elle a effectué un travail documentaire considérable, revenant sur les manifestations qu’elle a connues à Rennes, la ville où elle réside, notamment contre les représentations du spectacle de Romeo Castellucci qui firent scandale, Sur le concept du visage du fils de Dieu. À partir de là, elle a écrit le parcours d’une pharmacienne, de ses études au cours desquelles elle fait la connaissance de son mari, lui aussi pharmacien, de leur union, de la naissance des enfants (deux garçons qui s’avéreront être très différents l’un de l’autre), de la vie quotidienne au magasin dans une petite ville de province où tout son militantisme, dans un premier temps, consiste à refuser de vendre des contraceptifs, pour cause de rupture de stock, avant d’être littéralement happée par la machine de l’activisme pur et dur. Ainsi pense-t-elle être parfaitement intégrée à la société bien pensante de sa petite ville…

 

L’art et l’intelligence de Marine Bachelot Nguyen consistent à ne pas forcer le trait, à décrire de manière quasiment clinique la vie de son personnage qui se raconte et passe aussi parfois à un récit à la troisième personne du singulier, apostrophant parfois le public en lui posant des questions du genre de : « Et vous, vous parlez de sexualité avec vos enfants ? »… L’écriture de Marine Bachelot Nguyen est d’une belle clarté, apparemment simple, en tout cas d’une réelle efficacité. Présente lors des répétitions, elle a pu voir l’évolution de son personnage adhérant parfaitement à la vision qu’en donne la comédienne, seule sur scène dans la belle scénographie conçue par le metteur en scène (un plateau en bois circulaire), Emmanuelle Hiron superbe de retenue dans la tension dramatique qui monte petit à petit jusqu’au drame final. Corps droit et tendu jusqu’à son effondrement final. Un jeune claveciniste vient parfois ponctuer de quelques notes les propos de la femme nous offrant ainsi un temps de respiration. On admirera le travail de grande précision de David Gauchard, orchestrant le texte de Marine Bachelot Nguyen comme une partition musicale avec ses différents tempo, tranquille, modéré, vif, rapide…

Un spectacle qui en dit bien plus que les lourdes charges frontales si courantes de nos jours. Et avec une redoutable efficacité. Jean-Pierre Han

Le Fils, de Marine Bachelot Nguyen. Mise en scène de David Gauchard. Théâtre de la Manufacture, jusqu’au 26/07 à 13h10 (Tél. : 04.90.85.12.71).

À voir aussi :

– « Bestie di scena », mise en scène d’Emma Dante (Avignon in). Ils sont quatorze sur le plateau. Nus comme au premier jour, à la naissance du monde, nous faisant songer au fameux tableau de Courbet. Une nudité ni provocatrice ni arrogante, la nudité humaine tout simplement proposée à nos regards dissimulés derrière les habits et convenances. La directrice de l’emblématique Piccolo Teatro de Milan nous invite au voyage, des premières heures de l’humanité jusqu’à l’apocalypse finale qui se dessine à l’horizon. Douleurs et malheurs, guerre et paix, amour et haine se donnent à voir en des tableaux d’une beauté sidérante, duos ou mouvements d’ensemble, toujours une main posée sur le sexe et l’autre sur la poitrine comme pour masquer ce qui est devenu péché aux yeux de nos contemporains. Une scénographie de belle facture, parsemée de tableaux d’un humour irrésistible (Gymnase du Lycée Aubanel, jusqu’au 25/07 à 20h. Tél. : 04.90.14.14.14). Les 18 et 19/01/18 au Théâtre Joliette-Minoterie de Marseille, du 6 au 25/02 au Théâtre du Rond-Point à Paris, les 30 et 31/03 au Théâtre Anthéa-Antipolis d’Antibes, le 03/04 à la Scène nationale de Montbéliard.

– «Kalakuta Republik », mise en scène de Serge Aimé Coulibaly (Avignon in). Sur les notes et la voix du grand Fela, le regretté griot de Lagos, le chorégraphe burkinabé compose un oratorio à la défense et à la grandeur des terres africaines. Des réminiscences des danses tribales aux contorsions sur les estrades des boîtes de nuit branchées des capitales du Congo ou du Burkina-Faso, les six interprètes, sous la conduite de leur maître de ballet, chaloupent entre gravité et tendresse, passions et répulsions, accouplements dévorants et guerres sanglantes. La mise au pas, plus cadencée que veloutée, des rapports tumultueux entre colonisateurs et colonisés. « Liberté, justice, bonheur », tels sont les trois mots proférés par Coulibaly comme lignes de vie et de combat pour l’humanité, comme ligne directrice de ce ballet aux accents envoûtants, puissants. Des sons et des mots qui comblent l’espace de la scène aux gradins, transpercent le corps de spectateurs pour s’envoler, telles les colombes de Picasso messagères de paix, dans le ciel du cloître des Célestins. Masque blanc et peau noire, un spectacle qui interpelle perdants et gagnants de l’histoire (Cloître des Célestins, jusqu’au 25/07 à 22h00. Tél. : 04.90.14.14.14). Le 27/09 aux Francophonies de Limoges, le 10/10 au Tandem Douai-Arras, puis grande tournée nationale à partir de janvier 2018.

– « L’atrabilaire amoureux » (Avignon off), de et mis en scène par Jacques Kraemer. C’est matinée spéciale, Place Royale, la troupe du Français a rendez-vous avec un metteur en scène de haute stature ! Au programme, petite conférence en présence de monsieur l’Administrateur et réflexion autour du « Misanthrope, l’atrabilaire amoureux », un sous-titre auquel il tient éperdument, la pièce de Molière dont il s’apprête à distribuer les rôles… Un grand moment de vérité pour tous les comédiens et comédiennes auxquels il n’épargnera aucun reproche au cours de sa causerie : caprices et cabotinages, massacre de l’alexandrin et trou de mémoire ! Jacques Kraemer est vraiment irrésistible dans le rôle du grincheux, un authentique « atrabilaire » qui s’ignore, assumant ses sautes d’humeur et distillant ses propos acerbes au nom de sa fine connaissance de la pièce de Molière, cet « Himalaya de l’art théâtral » ! Un monologue de belle envolée et de grande intelligence, qui permet au public, entre deux pointes d’humour et trois remarques acidulées, de (re)découvrir la face cachée du chef d’œuvre de sieur Poquelin (Salle Roquille, jusqu’au 22/07 à 11h00. Tél. : 04.0.16.09.27). Yonnel Liégeois

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