Archives de Catégorie: Littérature

Sylvain Maurice, un cœur à prendre

Avec l’adaptation de « Réparer les vivants » de Maylis de Kérangal, le metteur en scène Sylvain Maurice signait en 2016 un époustouflant spectacle. Repris aujourd’hui pour quelques représentations au Centre dramatique national de Sartrouville, avant une grande tournée dans l’hexagone. À voir ou revoir, sans faute.

 

Il court, il court, le cœur en chamade ! Il y a urgence, le temps est compté, le compte à rebours a sonné. Pour l’un la mort a frappé, pour l’autre la vie peut recommencer…

Pas moins de dix prix littéraires, dont celui du meilleur roman décerné en 2014 par le magazine Lire à l’auteure déjà récompensée du prix Médicis en 2010 pour « Naissance d’un pont », un tonnerre d’applaudissements pour Sylvain Maurice et ses deux interprètes à la création de « Réparer les vivants » en 2016 sur les planches du Centre dramatique national de Sartrouville ! Étonnante, émouvante, captivante, la performance autant artistique que médicale (!) rive le spectateur à son fauteuil, tant le metteur en scène est parvenu, sans artifice superflu, à transfuser du plateau à la salle la force narrative du roman de Maylis de Kerangal

Au sol, un tapis roulant où s’essouffle le narrateur à courir parfois à perdre haleine, en hauteur un musicien qui rythme du trombone et de la guitare cette gageure insensée, convaincre et décider d’une transplantation cardiaque en un temps record : en parole et musique, Vincent Dissez et Joachim Latarjet engagent une course contre la montre !

Notre cœur bat et palpite, le jour se lève. Celui du jeune Simon achève sa course au petit matin, sur la route du bord de mer. Mort cérébrale. Plus loin, au loin, très loin, une femme à bout de souffle s’épuise dans l’attente d’une opération… Entre l’un et l’autre, se forme alors dans l’urgence une chaîne qui unit soignants et vivants, experts et parents, les savants et les désespérants. De la chambre cadavérique à la table d’opération, la mort appelle à la vie comme, de la scène à la salle, le récit des événements appelle à la réflexion et à la méditation : quid de cet organe, indispensable moteur d’un corps tressautant ou siège palpitant de nos affects et sentiments ? Quid de la souffrance et de la douleur à la perte d’un proche ? Quid de l’acceptation ou du refus au don d’organe ? Quid de cette incroyable chaîne de solidarité qui se met en branle ? Notre humanité blessée, pétrifiée devant l’irréparable, se révolte et doute devant l’innommable. Entre peur et déni d’une vérité insoutenable pour les parents, entre respect et profonde empathie des soignants, chacun cherche et trouve sa juste place.

Du phrasé balbutiant des survivants aux dits d’une précision chirurgicale des intervenants, la parole circule, sublimée par la magistrale interprétation des deux protagonistes. Des mots et des notes incandescents qui rythment les battements d’un cœur dédié à une re-naissance, qui redonnent espoir à notre humanité chancelante en ces temps troublés et incertains où égoïsme et repli sur soi l’emportent sur la solidarité et la fraternité. Yonnel Liégeois

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Simon Abkarian, hommage à la mère Méditerranée

Le Théâtre du Soleil accueille Simon Abkarian jusqu’au 14 octobre. Il y présente son diptyque « Au-delà des ténèbres », composé du Dernier jour du jeûne et de L’envol des cigognes. Avec Ariane Ascaride, nouvelle et mirifique mère Courage, un bel hommage à la mère Méditerranée. En pied d’article, une sélection de pièces où la « femme » s’affiche aussi comme figure emblématique, dont Suis-je encore vivante ? au Théâtre de La Girandole à Montreuil (93).

 

Simon Abkarian est accueilli au Théâtre du Soleil, où il a laissé de si beaux souvenirs. Il y monte un diptyque de sa main, mis en scène par ses soins avec une troupe nombreuse, soit Le dernier jour du jeûne et L’envol des cigognes, deux « tragi-comédies » que nous avions déjà eu la chance de découvrir ailleurs. À cette seconde vision, le bonheur est non seulement intact mais approfondi.

L’œuvre, en son entier, constitue une sorte d’ode lyrique au pourtour méditerranéen, qui mêle avec force et tendresse la matière mythique à l’expérience vécue (Abkarian a passé son adolescence à Beyrouth, alors en guerre) avec toutes les ressources d’une langue violemment charnelle, sertie de métaphores hardies et de saillies expressives, dans un incessant mouvement scénique au cours duquel les acteurs poussent à bras les décors de maisons blanches (Noëlle Ginefri Corbel) qu’on pourrait dire à la grecque dehors et dedans. L’histoire d’une famille dans quatre coins de rue, d’abord en paix, avec des êtres vivants et chaleureux, puis en armes dans le fracas des mitrailleuses. L’ensemble dessine une fresque haute en couleur, où le politique sinue en tous sens dans les affects autour d’Ariane Ascaride, mirifique mère courage, mère Méditerranée au don de double vue.

Plaisir violent d’une histoire à rebondissements incarnée sans ambages, racontée par des corps parlant d’une vérité criante en hommage fervent à l’être des femmes dans leurs aspirations multiples, du rêve d’amour au désir de réalisation de soi, de l’intellectualité livresque au dol du viol qui conduit à la soif de vengeance. À ces jeux-là font merveille Chloé Réjon, Océane Mosas, Maral Abkarian, Pauline Caupenne, Délia Espinat-Dief, Marie Fabre, Catherine Schaub. La phalange masculine n’est pas en reste : Abkarian en père sévère, juste, bon, Serge Avédikian en formidable fou shakespearien, Davis Ayala en boucher mordu par le péché d’inceste, Igor Skreblin en guerrier raisonnable, Assaâd Bouab en jeune type à la tête près du bonnet, Victor Fradet, Laurent Clauwaert, Eric Leconte, Eliot Maurel, infiniment crédibles, changeant de peau en un clin d’œil.

Le désir, l’amour, le deuil, la culpabilité tirent le fil rouge de cette humanité. Comme chez Sophocle. Du théâtre populaire dans sa noble acception retrouvée, avec le goût bénéfique du partage chéri au plus haut prix, jusqu’à la mort consentie dans le tenace métier de vivre dressé contre le fanatisme. Je n’en dis pas plus, lecteur, vas y voir toi-même. À toi de jouer. Jean-Pierre Léonardini

 

Une sélection de pièces où la « femme » s’affiche aussi comme figure emblématique :

Suis-je encore vivante ? : jusqu’au 12/10, au Théâtre de La Girandole. Adaptés à  la scène par Jean-Claude Fall, les écrits et dits de la suissesse Grisélidis Réal, l’histoire lumineuse et tragique de cette femme écrivain, artiste et prostituée. Dans un dispositif scénique original qui intensifie l’intimité de la représentation, la beauté nue des corps fait écho à la beauté crue des mots. Comme si Apollinaire, Bataille ou Desnos étaient convoqués sur le plateau… Tantôt lyriques et poétiques pour chanter l’amour vrai de la femme envers « ces pauvres mecs qui tournent des nuits entières avec une pauvre queue qu’est tellement timide tellement triste », tantôt colériques et sarcastiques pour dénoncer cette société hypocrite et cette humanité malade des tabous hérités de l’histoire et de la religion ! Un spectacle brûlant, incandescent, un hymne à l’amour et à la liberté sublimé par le jeu hypnotique des deux comédiennes, Anna Andréotti et Roxane Borgna. Un embrasement visuel et verbal. Yonnel Liégeois

De si tendres liens : jusqu’au 20/10, au Théâtre du Lucernaire. Deux magnifiques et grandes comédiennes, Christiane Cohendy et Clotilde Mollet, entre jeunesse et vieillesse, dialoguent à tour de rôle sur la présence-absence de l’une dans la vie de l’autre. Des mots simples, ceux de Loleh Bellon dans une mise en scène de Laurence Renn Penel, la vie au quotidien qui s’égrène de la naissance à la mort pour évoquer la dualité complexe de la relation mère-enfant. De l’émotion à fleur de peau, une interprétation de haut-vol. Y.L.

L’occupation : jusqu’au 02/12, au Théâtre de L’Oeuvre. Romane Bohringer s’empare des mots d’Annie Ernaux, la grande romancière aux textes finement ciselés. Adaptée et mise en scène par Pierre Pradinas, l’histoire vraie de la passion jalouse d’une femme à l’égard de l’homme qu’elle a pourtant décidé de quitter. En avant-première le 28/09 au Théâtre Berthelot de Montreuil, tandis que la veille au cinéma Le Méliés de la ville sera projeté en avant-première L’amour flou, prix du public du festival du film francophone d’Angoulême 2018, un film des montreuillois Romane Bohringer et Philippe Rebbot, avec eux-mêmes dans les rôles principaux. Y.L.

Les mots pour le dire : jusqu’au 19//01/19 les jeudi-vendredi et samedi, au Théâtre de L’archipel. Par Frédéric Souterelle, l’adaptation du célèbre roman de Marie Cardinal au titre éponyme. Aux bienfaits de la chirurgie, Marie la trentenaire décide de faire plutôt confiance à la psychanalyse. Des flots mortifères du sang de la jeune femme au rouge vif de la litanie des mots échangés avec sa mère. Entre amour et haine, la prise de conscience libératrice d’une femme enchaînée à ses secrets d’enfance. Une parole percutante, puissante, émouvante que portent avec talent Françoise Armelle et Jade Lanza. Y.L.

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Avignon, sous le signe de la saturation

De retour d’Avignon, Jean-Pierre Han confie ses impressions festivalières dans la dernière livraison des Lettres françaises (N°163, septembre 18). Des réflexions bienvenues, curieusement nourries d’échanges lors d’un atelier-débat aux rencontres du film documentaire de Lussas ! Du cinéma au théâtre, d’un art à l’autre, le critique dramatique patenté saute le pas avec allégresse.

 

Un des ateliers des états généraux du film documentaire de Lussas (la Mecque du docu qui fêtait ses trente années d’existence), Sur le « point de voir », a eu l’excellente idée d’inviter cet été Marie-José Mondzain et Daniel Deshays, la première proposant une intervention répondant au titre emprunté à Claudel, « l’Œil écoute », le second œuvrant sur le « Point d’écoute, périphéries du silence ». Deux exposés se complétant parfaitement puisqu’à son habitude Marie-José Mondzain faisait un passionnant exposé tournant autour des images (mais pas que, bien sûr) alors que Daniel Deshays en revenait à ce qui est sa spécialité, le son. Il y fut donc beaucoup question de visibilité et d’invisibilité, d’écoute, de silence, avec évocation du travail de Fernand Deligny qui sut « « entendre » le silence de l’autiste » en contrepoint radical du « bourdonnement assourdissant de l’ordre médical et de tout pouvoir normatif »… Alors que Daniel Deshays dissertait sur le silence, affirmant que « c’est un acte engagé dans une relation à l’autre et au monde ». Si ces propos avaient comme point d’application le cinéma, il est clair que le théâtre devrait se sentir concerné, ce qui lui ferait sans doute le plus grand bien.

À se remémorer les spectacles vus au dernier festival d’Avignon la première réflexion qui vient à l’esprit concerne bien la sur-saturation des images et du son de la majorité d’entre eux (les deux étant le plus souvent mixés) et qu’à ce stade la question du silence se pose avec acuité. Le phénomène n’est certes pas nouveau, il atteint simplement désormais un point culminant. Ne revenons pas sur le spectacle d’ouverture proposé dans la Cour d’honneur du palais des papes, Thyeste de Sénèque mis en images et en sons par Thomas Jolly. Le phénomène de saturation sonore et visuelle s’y déploie dans toute son ampleur dans le vaste espace de la Cour d’honneur. Peur du vide à l’évidence (Vilar dont on a guère retenu l’exemple est bien loin)… Dans ce déluge de sons qui n’est que du simple bruit, et d’images avec ces jeux de lumière (appelons-les charitablement ainsi) qui empruntent au music-hall et pis aux boîtes de nuit, que peuvent bien faire les comédiens, eux-mêmes sonorisés, sauf à finir dans la caricature, car bien entendu c’est toujours la matière textuelle et le sens profond du spectacle qui sont mis à l’encan ? Sons et images comme cache-misères de la pensée. On comprend que Daniel Deshays ait fui le théâtre, après avoir beaucoup apporté, notamment auprès d’Alain Françon, pour aller vers le cinéma.

Autre exemple de sur-saturation visuelle et sonore avec le deuxième événement de l’édition : Joueurs, Mao II, les Noms d’après Don DeLillo par Julien Gosselin qui, en plus des saturations déjà évoquées ajoute à son habitude celle de la temporalité, 10 heures, les deux dernières rajoutées au dernier moment, ce qui, à l’évidence est plus que visible sur le plateau vu son état d’impréparation. Dix heures pour nous infliger plus des trois-quarts du temps un flot d’images cinématographiques – les comédiens, la plupart du temps invisibles ou mis en posture d’être mal vus, sont filmés et jouent avec force conviction leur partition de série, le tout sur une musique – appelons-la ainsi par charité – qui finirait par hypnotiser les plus rétifs des spectateurs qui perdent tout lucidité – c’est bien le « bourdonnement assourdissant » dont parle Marie-José Mondzain – : c’est autant de gagné pour soi-disant faire passer le message ayant un lointain rapport avec le terrorisme. Julien Gosselin nous avait déjà fait le coup avec son 2666 du chilien Bolano, un chef-d’œuvre (ce qui est loin d’être le cas des romans de Don DeLillo), le massacrant en le traitant en total contresens. Il nous refait le coup cette fois-ci. Saturation sonore extrême, saturation visuelle avec les films ou téléfilms dans lesquels les comédiens se donnent à fond dans un excès d’énergie.

La Reprise du suisse Milo Rau en passe de devenir l’icône intellectuelle du milieu théâtral (ce fut le grand succès du festival comme en témoignaient les files d’attente de spectateurs en quête d’une petite place pour ne pas rater l’événement) œuvre certes dans un autre registre. La saturation se situe davantage dans la conception même de son spectacle, dans une volonté d’appréhension totale de sens, ou des sens, à travers divers registres de théâtre, le tragique, le documentaire, etc. Vaste et ambitieux programme s’il en est, annoncé dès le sous-titre de la proposition : Histoire(s) du théâtre (I) en référence à Histoire(s) du cinéma de Jean-Luc Godard. Ce n’est donc là que le premier volet d’une longue histoire… qui s’appuie sur un écrit qu’a lancé l’auteur-metteur en scène dans son Manifeste de Gand signé le 1er mai 2018, et sur lequel il y aurait vraiment beaucoup à dire… Au moins Milo Rau tente-t-il de respecter ses dix commandements dont le premier consiste non plus seulement à représenter le monde, mais à le changer, non plus à représenter le réel, « mais bien de rendre la représentation réelle » ! Au nom de quoi, question réalité, tout peut se développer jusqu’à l’insupportable : la torture et le meurtre d’un jeune gay d’origine maghrébine embarqué dans une voiture par trois hommes à la sortie d’un bar montrée dans tous ses sordides détails. Un fait divers vrai qui se déroula en 2012 dans les rues de Liège… toujours la caution ou l’alibi du réel… Dans le même temps le très habile metteur en scène joue (et gagne ?) sur tous les tableaux. Celui du populisme le plus nauséeux – mais cela a valeur d’exemplarité –, et puis c’est présenté en abyme : théâtre dans le théâtre qui est, lui aussi filmé en vidéo, de quoi satisfaire une autre frange du public, plus intellectuelle et rompue aux subtilités théâtrales. En ce sens, c’est indéniable, Milo Rau a du savoir-faire.

Passons rapidement sur quelques autres échecs de l’édition, l’étrange Tartuffe (de Molière) mis en scène par le lituanien Oskaras Korsunovas, d’ordinaire plus inspiré, et le fatras indigeste d’Arctique de la belge Anne-Cécile Vandalem engluée dans une fable un peu trop lourdement parlante. Face à ces objets surchargés de signes plus ou moins évidents, la simplicité d’un spectacle comme Le Grand théâtre d’Oklahama de Madeleine Louarn d’après les écrits de Kafka dont elle retrouve l’esprit avec subtilité apporte un véritable souffle d’air. Et la ligne épurée d’Antigone de Sophocle donnée sur des tréteaux par des détenus du Centre pénitentiaire Avignon-Le Pontet où Olivier Py, le directeur du festival moins heureux dans ses propres productions, intervient régulièrement, nous donne une véritable leçon de théâtre. Ils sont sept participants de l’atelier théâtre de la prison à assumer tous les rôles, féminins comme masculins, avec une rare conviction qui en remontre aisément aux « professionnels ». Ni saturation sonore, ni surcharge visuelle, simplement le souffle de la vie. La vraie.

Comme nous le montrent encore avec pudeur et délicatesse les témoignages de sept transsexuels barcelonais, quatre femmes et deux hommes de 22 à 60 ans choisis parmi de nombreux autres à venir parler sur le plateau de leur vécu, de leur expérience ce qui ne leur confère en rien, le statut de comédien. Ces témoignages sont mis en scène par Didier Ruiz aidé pour l’occasion par le chorégraphe Tomeo Vergès, dans une scénographie discrète d’Emmanuelle Debeusscher. Seules quelques animations visuelles et sonores viennent apporter une respiration entre les témoignages des uns et des autres. Pas de pathos, une parole simple et d’autant plus forte émise par les témoins immobiles face au public. Avec Trans (més enllà) Didier Ruiz poursuit son exploration de l’enfermement, mais cette fois-ci saisie (et mises au jour) dans les corps mêmes des personnes présentes sur scène. Nous sommes là aux antipodes du bruit et de la fureur des spectacles cités un peu plus haut.

Tous ces spectacles vont faire les beaux jours de nos institutions théâtrales durant la saison, c’est la coutume. Tous sauf, bien entendu, Antigone dont la sortie à Avignon, en public, était, le temps de trois petites représentations, exceptionnelle. Jean-Pierre Han

La Reprise, Histoire(s) du théâtre (I) est donné à Nanterre au Théâtre des Amandiers, du 22/09 au 5/10, dans le cadre du Festival d’automne. Le Grand théâtre d’Oklahama est repris, du 4 au 11/10, au Théâtre national de Bretagne à Rennes.

 

À savoir :

Une très bonne nouvelle pour LES LETTRES françaises : la célèbre revue littéraire, longtemps dirigée par Louis Aragon, prépare son retour imminent sous son propre label ! Jusqu’alors publiée en supplément mensuel du quotidien L’Humanité et consultable sur le net, elle sera prochainement disponible par abonnement à un prix modique et en kiosque. Lectrices et lecteurs des Chantiers, faîtes le geste qui sauve pour assurer le succès de l’opération ! Yonnel Liégeois

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L’espérance de Chouaki et d’Avedikian

Nous voici de retour à la source du théâtre, dans son bel et simple appareil. En combinant des textes d’Aziz Chouaki, Hovnatan Avedikian a composé Europa (Esperanza). Un grand bain de langue salée, jusqu’au 30 septembre au Lavoir Moderne Parisien ! Avec une première sélection de pièces à voir, en cette rentrée théâtrale.

 

Metteur en scène et interprète d’Europa (Esperanza), Hovnatan Avedikian dialogue avec la musique de Vasken Solakian, virtuose du saz, cet instrument d’Orient qui a le bras long ! Solakian, campé dans la posture de l’aède aveugle, genre Homère, donne le la en soulevant ses lunettes noires pour lire sa partition ! Le ton est donné d’un spectacle furieusement drôle et rudement tragique, dont Avedikian devient aussitôt le rhapsode, Arlequin chaplinesque jonglant avec la partition verbale éblouissante de Chouaki, grand poète mariole qui sait aussi bien donner la parole à deux gamins des rues d’Alger slamant leur désir de fuir une mère patrie ingrate que broder sur le pathos sublime de la mythologie grecque autour de la Mère Méditerranée. Celle des vieux dieux, des marins de tous rivages et des noyés potentiels d’aujourd’hui, ici, entre autres, un ingénieur au chômage, un passeur ou un handicapé en fauteuil roulant qui voguent vers Lampedusa…

Ah ! Sur les « migrants », combien de débats perclus, d’éditoriaux faux-culs ! Allez voir et entendre Europa (Esperanza) au Lavoir Moderne Parisien, et vous saisirez tout par la tête et le cœur, en riant les larmes aux yeux grâce à Aziz Chouaki, lequel n’a pas ses langues dans sa poche (il en avoue trois, l’arabe du peuple, le kabyle et le français), plus le Joyce, dont il est un spécialiste avéré. Il y a encore que, guitariste de jazz, il a le sens béni de la syncope, de la rupture sèche, du beat, le rythme, quoi. C’est donc rare merveille d’assister au concert sémantique à fortes gestuelle et mimique qu’offrent – au nom de tous les peuples d’exode – deux hommes aux racines arméniennes, historiques gens du voyage obligé, dans un grand bain de langue salée aux vagues percussives.

Mine de rien, nous voici là devant de retour à la source du théâtre, dans son simple et bel appareil, soit tout l’univers dans un corps infiniment souple et mobile, escorté par des harmoniques savantes dans le but de tenir sur le monde où nous sommes le discours de l’art qui est le seul irréfutable. Europa (Esperanza), petite forme à grands effets sensibles, est sans doute un exemple bienvenu de la persistance d’un théâtre du texte souverain, pleinement assumé par l’acteur qui le fait sien, au plus profond de son être-là, dans un geste éperdu de partage. Ce n’est plus si fréquent, il importe de le dire. Jean-Pierre Léonardini

À voir aussi :

– L’année de Richard : jusqu’au 16/09, au Lavoir Moderne Parisien. Le monstrueux héros de Shakespeare revisité par les mots forts, puissants et dérangeants d’Angélica Liddell. Dans l’originale mise en scène d’Anne-Frédérique Bourget, Azeddine Benarama est monstrueux de présence ! Une dénonciation du pouvoir mortifère des puissants, monstrueusement bien orchestrée par le musicien Alexis Sébileau, monstrueusement bien illustrée par la jeune comédienne-danseuse Lauriane Durix.

– Focus, récits de vie : jusqu’au 23/12, à la Maison des Métallos. Une série de spectacles et débats, rencontres et expositions qui donnent à voir et entendre la parole d’hommes et de femmes blessés ou terrassés par la vie, mais qui se redressent et veulent vivre debout. Des ouvrières de Samsonite aux victimes de Colombie, des enfants des rues chiliennes au peuple Innu du Québec.

– La cicatrice : jusqu’au 30/09, au Théâtre de Belleville. Un enfant au bec de lièvre, des moqueries qui marquent à vie… L’histoire tragique de ces gueules cassées, dont le visage amoché masque la beauté d’âme et la grandeur de cœur. Une belle réflexion humaniste sur l’être et le paraître, sobrement servie par Vincent Minjou-Cortès.

– Les mots pour le dire : jusqu’au 19//01/19 les jeudi-vendredi et samedi, au Théâtre de L’archipel. Par Frédéric Souterelle, l’adaptation du célèbre roman de Marie Cardinal au titre éponyme. Aux bienfaits de la chirurgie, Marie la trentenaire décide de faire plutôt confiance à la psychanalyse.

– De si tendres liens : jusqu’au 20/10, au Théâtre du Lucernaire. Deux magnifiques et grandes comédiennes, Christiane Cohendy et Clotilde Mollet, entre jeunesse et vieillesse, dialoguent à tour de rôle sur la présence-absence de l’une dans la vie de l’autre. De l’émotion à fleur de peau, une interprétation de haut-vol.

– Points de non-retour : jusqu’au 14/10, au Théâtre de La colline. D’origine roumaine, l’auteure et metteure en scène Alexandra Badea propose une réflexion sur l’histoire et nos racines à partir de sa propre cérémonie de naturalisation. D’une histoire d’amour à l’histoire de France, le choc du passé à la réalité d’aujourd’hui.

– Au plus noir de la nuit : jusqu’au 21/10, au Théâtre de La tempête. Par Nelson-Rafaell Madel, l’adaptation du célèbre roman d’André Brink. L’histoire tragique d’un jeune noir et d’une femme blanche aux pires heures de l’Afrique du Sud sous le joug inique de l’apartheid.

– Le jeu de l’amour et du hasard : jusqu’au 21/10, au Théâtre de L’aquarium. La pièce emblématique de Marivaux, superbement revisitée par Benoît Lambert, le metteur en scène et directeur du CDN Dijon-Bourgogne. De l’art de dépoussiérer les classiques, de rendre actuel et vivant un texte d’antan.

– L’occupation : jusqu’au 02/12, au Théâtre de L’œuvre. Romane Bohringer s’empare des mots d’Annie Ernaux, la grande romancière aux textes finement ciselés. Adaptée et mise en scène par Pierre Pradinas, l’histoire vraie de la passion jalouse d’une femme à l’égard de l’homme qu’elle a pourtant décidé de quitter. Yonnel Liégeois

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HK, sans les Saltimbanks

Kaddour Hadadi, alias HK, ne lâche rien ! Au terme d’une longue tournée avec L’empire de papier, son album solo, il évoque les combats de son groupe. Ainsi que la communauté de valeurs formée avec un public en quête d’une parole engagée.

 

Jean-Philippe Joseph – Cela fait quoi de voir une de ses chansons devenir un emblème de la contestation ?

Kaddour Hadadi – Il y a de la fierté à accompagner les mouvements sociaux, à faire partie de l’histoire de tous ces gens qui se battent pour nos droits. J’ai écrit On lâche rien sur un coin de table, dans un cagibi aménagé en studio, au 5ème étage d’un HLM où j’habitais, à Roubaix. On a balancé la chanson en téléchargement gratuit un 1er mai, pour le symbole, pour qu’elle voyage. On l’a ensuite retrouvée dans la rue, lors de la rentrée suivante en 2010, au moment des grandes manifs pour les retraites.

 

J-P.-J. – Le lien avec le mouvement social s’est-il fait à ce moment-là ?

K.H. – Le lien s’est fait de manière naturelle. Je suis issu de cette mouvance du rap français, avec NTM – Assassin.., qui parle de la condition dans les quartiers, de solidarité, de racines. Par la suite, j’ai coloré ma musique avec différentes influences : le reggae, la soul… Ce faisant, je me suis ouvert à d’autres questions, d’autres thématiques. L’idée est de dépasser sa propre condition, d’aller à la rencontre de gens qui ont une autre histoire. Chacun se reconnaissant, au final, dans l’autre.

 

J-P.-J. – Dans quel cortège peut-on vous rencontrer lors de manifestations ?

K.H. – CGT ou Solidaires, pour moi c’est la même famille ! Je n’ai pas envie que l’on me colle une étiquette. Lorsque tu rencontres des copains en manif, la moitié est chez les uns, l’autre moitié en face et il y en a qui, comme moi, ne sont pas syndiqués. Les partis politiques et les syndicats constituent des outils pour te sortir de ta condition, pas pour t’enfermer dans une autre.

 

J-P.-J. – Que pensez-vous de la séquence électorale qui s’est achevée avec l’élection d’Emmanuel Macron ?

K-H. – On vit un drame continuel : Sarkosy, Hollande, Valls, maintenant Macron… Et, en face, on n’arrive pas à se mobiliser de façon unitaire, collective, convergente. C’est désespérant et déprimant. Mais c’est aussi ce qui rend les victoires du quotidien si précieuses. Je pense aux copains de Fralib qui ont su créer quelque chose de nouveau à partir de leur outil de travail. Pas simple, leur principal concurrent était leur patron d’hier, Unilever, un mastodonte ! Ils sont dans le combat et l’alternative, ils incarnent les valeurs qui nous animent. C’est vital de réagir, mais il faut aussi de l’action et de la création.

 

J-P.J. – La chanson engagée paraît moins audible aujourd’hui ?

K.H. – Certaines émissions, à la radio ou  la télévision, rendaient compte d’une parole artistique alternative. À des horaires tardifs, d’accord, mais ce lien existait. Toutes ces émissions ont été déprogrammées. Du coup, les artistes comme nous ont dû se créer leurs propres espaces, sur les réseaux sociaux et ailleurs. 60 000 personnes nous suivent sur notre page Facebook. Ce sont autant de personnes qui, quand on sort un album ou que l’on donne un concert, sont réellement intéressées par ce qu’on fait. Il n’y a pas ce côté artistes et consommateurs qu’on voit souvent, ça va plus loin. Les gens qui nous suivent sont comme une « petite famille » avec qui on forme une communauté de pensée, de valeurs, de combats, qui pousse à être toujours plus exigeant dans le travail. Je ne dis pas qu’on n’a jamais rêvé de jouer dans des stades pleins, comme Bob Marley. On vit les choses à plus petite échelle, mais elles ont beaucoup de sens. Propos recueillis par Jean-Philippe Joseph.

 

Parcours

Né en 1976 à Roubaix, Kaddour Hadadi se lance dans la musique dès l’âge de 16 ans. En 2005, il monte avec un ami le groupe Ministère des Affaires Populaires, qui a pour ambition de porter l’identité d’une région ouvrière et métissée. En 2009, il crée HK et Les Saltimbanks. L’album Citoyen du monde, sur lequel figure la chanson On lâche rien, sort en 2011. L’empire de papier est le cinquième opus de Kaddour, le premier en solo, hormis la chanson Ce soir nous irons au bal où il retrouve Les Saltimbanks, un hommage aux victimes des attentats de novembre 2015. Kaddour Hadadi écrit aussi des romans : sorti en mars 2017 aux éditions Riveneuve, Le cœur à l’outrage est son troisième ouvrage.

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Migrants et écrivains, un livre pour la fraternité !

Quand des êtres humains meurent pour avoir tenté de survivre, quand la Méditerranée devient leur cimetière en cherchant loin de chez eux une terre d’accueil, l’indifférence est-elle envisageable ? En publiant Osons la fraternité !, trente écrivains répondent par la négative et un cri d’espoir. Outre le geste de solidarité, une lecture porteuse d’avenir.

 

L’onde de choc produite par l’image du corps échoué sur une plage du petit Aylan, « réquisitoire sans hurlement » écrit Patrick Chamoiseau, ne sera-t-elle qu’un éphémère sursaut ou un appel aux consciences pour agir ? Alors que se multiplient les gestes de solidarité indispensables et anonymes, trente écrivains ont décidé de se tenir « aux côtés des migrants ». Après l’appel lancé de Saint-Malo lors du festival Étonnants Voyageurs (rédigé par Mireille Delmas-Marty, Patrick Chamoiseau et Michel Le Bris), qui invite à mettre en place une gouvernance mondiale en faveur des migrants, trente auteurs ont publié un ouvrage collectif, Osons la fraternité ! Les écrivains aux côtés des migrants. « Tous, ensemble, nous sommes bien plus grands que nous. C’est ce « plus grand » qu’il nous faut deviner. Qu’il nous faut invoquer », affirment d’une même voix Patrick Chamoiseau et Michel Le Bris.

Chacun des auteurs a choisi une forme différente. De l’écriture poétique au pamphlet, de l’étude chiffrée au récit dont émerge l’émotion… Tous en appellent à ne pas s’accommoder de l’inhumain. Ils parlent exils, exodes, familles brisées, espoirs trahis ou réalisés, surprenantes rencontres, expériences uniques : leurs paroles s’insurgent et appellent à une nouvelle fraternité. Des textes d’humour aussi lorsque, par exemple, tous les mots d’origine étrangère quittent le dictionnaire en protestation contre le sort fait aux migrants… Ou des récits d’anticipation figurant un choc de civilisations sur fond de flux migratoires. D’autres textes dénoncent les violences et barbaries à l’œuvre, ainsi que les guerres des identités.

Un ouvrage que l’on referme sur une note d’espoir, avec une Déclaration des poètes et un Manifeste pour une mondialité apaisée, visant à transformer notre rapport à l’hospitalité.Les droits d’auteurs sont intégralement reversés au Gisti, le Groupe d’information et de soutien des immigrés. Isabelle Avran

Liste des auteurs : Kaouther Adimi, Tahar Ben Jelloun, Pascal Blanchard, Patrick Boucheron, Patrick Chamoiseau, Velibor Ĉolić, Céline Curiol, Mireille Delmas-Marty, Ananda Devi, Laurent Gaudé, Raphaël Glucksmann, Christelle Labourgade, Lola Lafon, Michel Le Bris, J. M. G. Le Clézio, Claudio Magris, Achille Mbembe, Léonora Miano, Maya Mihindou, Anna Moï, Gisèle Pineau, Jean Rouaud, Lydie Salvayre, Elias Sanbar, Boualem Sansal, Felwine Sarr, Christiane Taubira, Sami Tchak, Chantal Thomas, Gary Victor.

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Les vertiges de Nasser Djemaï, Avignon 2018

Avec Vertiges, Nasser Djemaï raconte une famille française, d’origine maghrébine. Une chronique sociale et politique, à la fois sensible et drôle, au ton juste, qui le rappelle à chacun : tous, nous sommes nés quelque part ! Sans oublier Vivre ne suffit pas à l’Espace Roseau et Pas pleurer au Théâtre des Doms.

 

Nasser Djemaï, l’auteur et metteur en scène de Vertiges, nous raconte simplement, et d’abord, l’histoire de Nadir qui, après une longue absence, revient voir ses parents. Il décide de rester quelques jours pour remettre de l’ordre dans les affaires de la famille. Les factures en souffrance, le père malade des poumons, le petit frère au chômage qui passe le plus clair de son temps sur les réseaux sociaux, la sœur cadette employée de cantine un peu frivole, la voisine du dessus qui erre comme un fantôme dans l’appartement de jour comme de nuit… Au plan médical, le vertige, c’est la peur ou le malaise ressenti au-dessus du vide, ou la sensation que les corps et les objets tournent autour de soi. Aîné d’une fratrie de trois, Nadir est respecté et écouté. Tout semble lui avoir réussi : propriétaire, chef d’entreprise, marié, deux enfants.

Dans la cité où il a grandi, les choses ne sont plus comme avant. Les gamins qui squattent au pied de l’immeuble, la présence marquée des barbus, l’ascenseur en panne… À bien y regarder, la vie de Nadir, non plus, n’est pas aussi limpide qu’il n’y paraît. Son épouse a demandé le divorce, les sourires de sa petite sœur sont de plus en plus forcés, derrière les paroles bienveillantes de sa mère et de son frère pointent l’amertume et les reproches. Progressivement, tout se dérobe. Il a beau se débattre, vitupérer, réclamer de l’ordre, il est hors de lui, comme s’il ne s’était jamais appartenu. Enfant d’un pays qui n’est pas celui de ses parents, Nadir ne cultive pas le mythe du retour. Lassé des faux-semblants et des chimères, il lance à son père : « Qu’est-ce qu’il t’a donné ton pays, à part l’envie de fuir ? ». À travers l’histoire d’une famille française d’origine maghrébine, Nasser Djemaï parle d’identité, de quête intérieure. Il montre sans volonté de démontrer, d’imposer un discours. « Vertiges nous invite simplement à prendre place dans la vie d’une famille orpheline de sa propre histoire, essayant de colmater les fissures d’un navire en plein naufrage », confie le metteur en scène. Un huis-clos familial parfois doux-amer où l’humour, l’amour, la poésie ne sont jamais absents. Jean-Philippe Joseph

Jusqu’au 29/07 à 11h, Théâtre des Halles

 

À voir aussi :

Vivre ne suffit pas : Jusqu’au 29/07 à 11h45, Espace Roseau. Mariés depuis vingt ans, Anna et Loïc voient leur couple vaciller, au lendemain d’un cancer qui a failli emporter l’épouse. Sauvée et forte d’une irrépressible fureur de vivre, malgré l’amour qui perdure, elle refuse de poursuivre une existence terne et sans saveur auprès de son compagnon : soit il change, soit elle le quitte ! Un théâtre de vérité, sans pathos superflu, une mise à nu des sentiments qui fait mouche. Une pièce de Jean-Mary Pierre, dans une mise en scène d’Hélène Darche, où excellent Pernille Bergendorff et Philippe Nicaud dans la simplicité de leur jeu. Yonnel Liégeois

Pas pleurer : Jusqu’au 26/07 à 14h30, Théâtre des Doms. Montse, 90 ans, perd la mémoire. Hormis cet épisode marquant de sa vie à l’aube de ses quinze ans, en 1936, lors de la guerre civile espagnole… Elle ne peut oublier ce souffle de liberté, devant sa fille elle raconte et se raconte : son petit village en Catalogne, ses combats pour changer le monde, y croire encore et toujours malgré les bombardements fascistes et surtout, surtout ne « pas pleurer » devant la victoire franquiste et l’exil en France. Avec ce message final, hier comme aujourd’hui : non, « pas pleurer » face à l’écrasement de ses idéaux, ne pas baisser les bras et ne pas avoir peur, lutter et croire encore et toujours à ses rêves de liberté, d’égalité et de fraternité ! Par Denis Laujol, une superbe adaptation et mise en scène du livre de Lydie Salvayre au titre éponyme, Prix Goncourt 2014. Servie par deux magnifiques interprètes, la comédienne Marie-Aurore d’Awans et la musicienne et guitariste Malena Sardi à la création sonore. Avec toute liberté de s’émouvoir et pleurer, à ne pas manquer surtout. Yonnel Liégeois

– Iphigénie : Le 14/07 à 22h20 en léger différé du Cloître des Carmes d’Avignon, sur Arte. La future directrice et metteure en scène du CDN la Comédie de Reims en janvier 2019, Chloé Dabert, s’empare des alexandrins de Racine. Entre mirador et roseaux, en ce camp militaire fortifié -une scénographie de Pierre Nouvel- s’impose la loi des dieux et du roi Agamemnon. À laquelle doit se plier Iphigénie, victime expiatoire pour la victoire contre Troie… Chacune avec ses forces et faiblesses, trois portraits de femmes surtout que se propose de brosser Dabert, tentant de signifier sur scène la modernité du propos et la beauté de la langue racinienne. Yonnel Liégeois

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