Archives de Catégorie: Rideau rouge

Bouquet, le « vieux maître » du verbe

Sous le titre Servir, suivi, en plus petites lettres, de la vocation de l’acteur, Michel Bouquet s’entretient avec Gabriel Dufay. Quand le « vieux maître » se révèle un artiste entier, d’une intégrité infinie, dont chaque phrase a le tranchant d’un aphorisme.

 

 

Servir, de la vocation de l’acteur est d’emblée excitant pour l’esprit, dans la mesure où le vieux maître, qui a déjà répondu en d’autres occasions à des interlocuteurs (André Courtin, Charles Berling, Jean-Jacques Vincensini, Fabienne Pascaud) se montre à nouveau tel qu’en lui-même avec des variantes, sans altérer d’un souffle ce que nous savons de lui. Sauf qu’il semble y avoir, dans ce face-à-face entre un jeune comédien metteur en scène qu’on sait nourri d’exigence et un acteur considérable depuis beau temps entré dans sa légende, une manière de tacite passation de témoin. Cela mérite d’être souligné, en un temps où le terme de « transmission » sonne trop comme un vœu pieux. C’est d’autant plus flagrant que Gabriel Dufay n’est pas confit en dévotion. Il semble d’abord soucieux de vérifier, fût-ce à distance, celle des générations, le bien-fondé éthique d’une ­pratique artistique résolument en dehors des modes de l’époque.

Bouquet, qui ne se réclame que de Dullin et Jouvet, découvrit, enfant émerveillé, Mme Segond-Weber disant le vers dans la plus radicale simplicité. Il ne croit qu’au travail inlassable sur le rôle, jour et nuit, corps et âme, jusqu’à rendre enfin justice à la partition de l’auteur. À ce degré d’ascèse, on saisit comment le metteur en scène lui paraît le plus souvent quasiment superflu. Ces entretiens révèlent à nouveau un artiste entier, inquiet, d’une intégrité infinie née du goût de l’absolu. « C’est un esclavage d’avoir du talent, un esclavage ce n’est pas de la rigolade ! » s’exclame-t-il, et plus loin : « Moins on sait qu’on a du talent, plus on prend de risques avant d’entrer en scène, et plus beau ce sera. » Tout ce qu’il affirme, sur l’époque et sur l’art, porte le sceau de la même intransigeance, qu’il s’agisse de Molière, d’Anouilh, qu’il a tant joué (« un théâtre d’insectes », en dit-il), de Ionesco, de Pinter, de Beckett et de Thomas Bernhard, de la peinture et du cinéma, chaque phrase a le tranchant d’un aphorisme.

On ne peut que révérer la pensée aussi franche, un peu pince-sans-rire au fond, d’un homme, né en 1925, qui déclare : « Il est nécessaire de mener une vie normale pour être acteur, ne pas se perdre dans les excès. Trop d’acteurs se prennent pour Rimbaud. On n’est pas Rimbaud ! Un poète comme Rimbaud peut se permettre d’avoir une vie bizarre et déréglée. L’acteur, non. Il doit avoir une discipline terrible ». Jean-Pierre Léonardini

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Madani-Maurice-Mouawad, trois M en scène !

Nées en banlieues, elles s’emparent de la scène pour témoigner de la réalité de leur existence. « F(l)ammes » ? Un spectacle plein de fougue où brillent dix filles en béton armé sur les planches du Théâtre de La Tempête, un récit mis en scène par Ahmed Madani. Sans oublier « La 7ème fonction du langage » mis en scène par Sylvain Maurice à Sartrouville et « Tous des oiseaux » par Wajdi Mouawad au Théâtre de La Colline.

 

 

Madani prend « F(l)ammes » !

La pièce s’ouvre sur un énoncé, celui de ces lieux refuges où l’on se retire pour se sentir bien : la médiathèque anonyme, l’intérieur capitonné d’une voiture… Des lieux hors les murs des chambres féminines, trop souvent ouvertes aux quatre vents et aux regards extérieurs. Dans « F(l)ammes », dix filles des quartiers populaires s’approprient un nouvel espace, celui de la scène, pour explorer des fragments de leurs vies intimes et dynamiter les regards. Lancée en novembre à Sevran, cette deuxième création d’Ahmed Madani s’inscrit dans un triptyque artistique impliquant des jeunes des quartiers populaires. Après avoir donné la parole aux garçons dans « Illumination(s) » en 2013, le metteur en scène a sillonné la France afin d’auditionner des jeunes filles. Au terme de deux ans d’ateliers d’écriture et de jeu dramatique, où elles ont appris à chanter et à danser face à un public, a jailli « F(l)ammes », un projet cathartique porté par des comédiennes non professionnelles aux identités singulières. Aujourd’hui, sur les planches du théâtre de La Tempête.

Dérouter les jugements, déroger aux clichés, rejeter les tâches et places qu’on leur assigne. Sur scène, ces filles venues de Vernouillet, Garges-lès-Gonesse ou Bobigny déconstruisent les discours politiques et médiatiques, réfutant toute relégation identitaire. Invoquant « Race et histoire » de Claude Lévi-Strauss, « un livre où j’ai compris que je venais de la forêt » dit l’une des comédiennes, elles refusent d’être renvoyées « au monde du sauvage ». « Si je suis arabe, africaine, asiatique, je ne cesse pas pour autant d’être de France », clame l’une d’elles. Car la honte d’être soi, elles s’y confrontent dans le regard des autres. Plus blancs, mieux dotés, soit disant plus éduqués… Leurs dix tranches de vie se font aussi récits de bagarres face à la violence des hommes et des rôles sociaux qu’on leur impose. « Tu vois, quand un homme a peur, il se rassied », glisse une maman à sa fille qui a tenu tête à son père malgré la menace des coups. « Cette création partagée est un acte esthétique et poétique qui fait entendre une parole trop souvent confisquée », souligne à juste titre Ahmed Madani, le metteur en scène. Quête de reconnaissance, chroniques d’existences, « F(l)ammes » dresse le portrait collectif d’une jeunesse tout simplement en mal… d’égalité. Cyrielle Blaire

 

L’irrévérence de Sylvain Maurice

Du roman savoureusement sardonique de Laurent Binet, La 7e Fonction du langage (Grasset), prix Interallié 2015, Sylvain Maurice a tiré des séquences qui constituent un récit scénique haletant, pulsé avec du nerf par trois comédiens (Constance Larrieu, Sébastien Lété, Pascal Martin-Granel)

Co Elisabeth Careccio

et deux musiciens (Manuel Vallade et Manuel Peskine, auteur de la musique) avec leur fourniment de part et d’autre du plateau.

Le livre à sa sortie avait fait du bruit, dans la mesure où il met en jeu, en toute causticité, l’ensemble des figures de l’intelligentsia française des années 1970 et 1980. Tout part du postulat selon lequel Roland Barthes, renversé par une camionnette le 25 février 1980, aurait été assassiné après avoir déjeuné avec François Mitterrand. Un flic mi-obtus, mi-finaud, flanqué d’un jeune professeur de lettres familier de la fac de Vincennes, mène l’enquête un peu partout. Polar sémiologique où tout fait signe avec irrévérence, la 7e Fonction du langage brocarde à qui mieux mieux, aussi bien Philippe Sollers et Julia Kristeva, traités tels quels aux petits oignons, qu’Umberto Eco, Foucault, Derrida et tutti quanti. Si Binet maîtrisait la donne de son Da Vinci Code linguistique, le théâtre, dans son immédiateté expéditive, court sensiblement le risque de tympaniser à la va-vite la « prise de tête » dont il est sempiternellement fait grief aux intellectuels. Ce péril n’est pas évité, mais on peut rire de tout, et même rire jaune. Jean-Pierre Léonardini

 

Wajdi Mouawad tel qu’en lui-même

Avec la création de Tous des oiseaux, Wajdi Mouawad signe la véritable ouverture de son mandat à la tête du théâtre de la Colline. Une ouverture éclatante en forme de retour, celui de l’auteur-metteur en scène tel que nous l’avons connu autrefois, du temps de sa tétralogie du Sang des promesses avec ses grandes épopées intimes et familiales au cœur d’un monde en pleine déréliction. Il y revient après de vastes détours par le tragique grec et des propositions plus personnelles au cœur du noyau familial comme dans Seuls ou Sœurs. Il y revient surtout avec une plus grande maturité tant au plan de son écriture que de celle de son travail scénique, même s’il affirme n’avoir « jamais fait de mise en scène » mais n’avoir fait qu’écrire. L’écriture de Tous des oiseaux, en tout cas, est le prolongement de la description des déchirures intimes, à commencer par la sienne propre, d’une terre à l’autre, d’une langue à l’autre, du Liban en pleine guerre civile au Québec via la France où la famille n’aura été autorisée à rester que quelques années. Cette déchirure originelle vient nourrir la fable qu’il a inventée et qui met au jour les déchirures profondes que vivent ses personnages au cœur du Moyen-Orient, de l’Europe et de l’Amérique mis dans l’impossibilité, pour le couple principal, de pouvoir vivre pleinement et ensemble l’amour qui les

Co Simon Gosselin

unit. Lui, Eitan, est un jeune scientifique d’origine israélienne, elle, Wahida, prépare aux États-Unis une thèse sur Hassan Ibn Muhamed el Wazzan dit Léon l’Africain, un diplomate et explorateur arabe qui vécut au XVIe siècle et qui, livré au pape Léon X, fut contraint de se convertir au christianisme.

Wajdi Mouawad se saisit à bras-le-corps de son sujet, de l’histoire du Moyen Orient, dessine à grands traits le parcours éclaté de ses personnages aussi bien dans l’espace que dans le temps, d’Allemagne où vit la famille du jeune homme, aux États-Unis où il étudie tout comme Wahida qu’il rencontre là, et surtout à Jérusalem où il cherche à percer le secret de sa famille… Éclats de langues aussi (quelle place pour la langue maternelle arrachée et abandonnée ?), avec au plateau, l’allemand, l’anglais, l’arabe et l’hébreu assumés par des comédiens qui viennent de tous les horizons géographiques et qui parviennent sous la houlette du metteur en scène à trouver une unité et une cohérence assez extraordinaire. Ils sont 9 qu’il faudrait tous citer avec une mention particulière pour le couple formé par Eitan et Wahida, Jérémie Galiana et Souheila Yacoub, de véritables révélations. Wajdi Mouawad tend la situation à son maximum dans une histoire qui à y regarder de près pourrait paraître presque extravagante (comme toujours chez lui), mais n’est-ce pas l’Histoire elle-même qui l’est ? Il emporte l’adhésion grâce à sa force de conviction, grâce à son talent d’écrivain (et de romancier). L’état de tension extrême de tous ces personnages que des traits d’humour ou d’auto ironie viennent à peine détendre saisit le spectateur emporté dans un véritable maelstrom. Celui de la douloureuse Histoire d’aujourd’hui. Jean-Pierre Han

 

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Berutti, son grand amour

Au Théâtre des Martyrs de Bruxelles, du 26/10 au 19/11, Jean-Claude Berutti signe la mise en scène d’Un grand amour, un texte de Nicole Malinconi. Celle qui vit à Namur est entendue comme une voix qui compte dans la littérature belge et c’est Janine Godinas, grande dame du théâtre belge, qui tient le rôle. Tandis qu’au Mouffetard, à Paris, Delphine Bardot joue Les folles.

 

 

Un grand amour (1), c’est un bref récit d’une cinquantaine de pages. Au fil d’une écriture délibérément maigre, factuelle peut-on dire, une femme d’âge se raconte devant un témoin muet qu’on ne verra pas, sauf, à point nommé, dans le grand miroir incliné dans le dos de celle qui parle, lorsqu’on décèlera la silhouette de la visiteuse esquissée en vidéo. On saisit assez vite que la bourgeoise au maintien digne qui se confie se délivre enfin d’un secret étouffant.

Son mari, nazi de la première heure, condamné et mort à l’heure où elle l’évoque, était le commandant du camp de concentration de Sobibor. À partir de là, d’arguties affectives en cuisants remords d’ordre moral, le discours devient de plus en plus complexe. Elle savait, bien sûr, ce qui se passait non loin du foyer où elle élevait ses enfants. L’homme, qu’elle aimait, n’était que déni, ayant pour seul prétexte d’énigmatiques travaux de construction.

La scène est supposée être au Brésil, à São Paulo précisément, où, après la guerre, la famille a vécu incognito. La vertu de la partition réside dans la franchise de la confession, mêlée d’infimes réticences propres à la classe sociale de celle dont le soliloque s’adresse, non seulement à celle qu’on ne voit pas, mais avant tout au public. C’est extrêmement difficile à mener à bien dans le jeu. Par bonheur, c’est Janine Godinas, grande dame du théâtre belge, qui tient le rôle. On l’a bien connue en France, aux côtés de Gildas Bourdet, dans les lointaines aventures du Saperleau et des Bas-Fonds. Parfaite maîtrise de la voix et du geste, au sein d’une sorte de calme fiévreux, avec de courtes fêlures dans le quant-à-soi.

Du grand art, dans la mesure où Janine Godinas parvient à presque émouvoir, ce dans une situation dont cette femme n’est qu’à demi victime de circonstances qu’elle n’eut pas la force de bousculer en partant. Là réside d’ailleurs la force subtile du texte. Beau travail théâtral d’ensemble, mené avec tact dans une entreprise de vérité criante, à des fins d’élucidation d’ordre historique, devant des spectateurs dont le silence, constant en cours de route, s’avère très parlant à l’instant des bravos. Jean-Pierre Léonardini

(1) Le texte est publié par Esperluète Éditions.

 

À voir aussi :

Les folles, au théâtre Mouffetard

Un spectacle tout en dentelles où la marionnettiste Delphine Bardot, accompagnée du musicien argentin Santiago Moreno, donne corps et vie à ces mères et grands-mères en quête des leurs, disparus tragiquement sous le joug mortifère de la dictature argentine. Surnommées « Les folles de mai », mains nues et seulement coiffées de leur foulard blanc, elles défilèrent inlassablement en rond à partir de 1977 sur la fameuse Place de Mai devant le palais présidentiel. Pour réclamer justice et réparation, défier la junte militaire et exiger des réponses à leurs questions : qu’avez-vous fait de nos 30 000 enfants, filles et fils ? Que sont devenus leurs corps ?

Un spectacle d’une grande intensité dramatique, où le tragique le dispute au poétique. De la musique et des chansons, pas de mots, des images d’actualité de l’époque : contre la résignation et l’oubli, la force de l’amour et de la dignité bravant répression et violences policières au service d’une tyrannie sous les ordres du général Videla ! Une interprétation d’une extrême sensibilité où douleurs et souffrances percent derrière la délicatesse du geste, une pièce à ne pas manquer, en particulier pour celles et ceux qui, peut-être vous comme moi, furent gratifiés de l’immense honneur et privilège de « tourner » en compagnie de ces femmes courageuses dans la moiteur de Buenos-Aires. Créée lors du récent Mondial des marionnettes de Charleville-Mézières, une sombre tranche d’histoire sublimée par la grâce des planches, des images et souvenirs puissants ravivés par la « folle » Bardot. Yonnel Liégeois

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Saint-Étienne fait sa Comédie !

En présence de la ministre de la Culture, Françoise Nyssen, fut inaugurée le 16 octobre la nouvelle Comédie de Saint-Étienne, place Jean Dasté. À l’heure du 70ème anniversaire de la décentralisation théâtrale, un événement majeur que la renaissance d’un outil culturel au service d’un public avide de richesses et découvertes scéniques.

 

 

Sur le plateau de la grande scène, la bande de garçons et filles salue le public. Salve d’applaudissements, salle comble. Sous la houlette du patron des lieux, Arnaud Meunier, les élèves du lycée Etienne Mimard ont rendu une copie parfaite ! Comme leurs jeunes collègues du collège Gambetta, en levée de rideau… Deux spectacles amateurs encadrés par des comédiens professionnels, « L’homme libre » de Fabrice Melquiot et « Nous sommes plus grands que notre temps » de François Bégaudeau, parmi les cinq projets artistiques à l’affiche confiés à la crème des auteurs et metteurs en scène contemporains, une réussite totale lors de ces trois semaines de représentations gratuites ouvertes à la population stéphanoise, en prélude à l’inauguration officielle de la Comédie en cette mi-octobre 2017. Pour que le public découvre et s’approprie les nouveaux lieux, ce magnifique temple des planches érigé sur la cathédrale de fer que fut l’antique Société Stéphanoise des Constructions Mécaniques : un symbole fort, le mariage de la matière et de l’esprit, rouges peintures et rideau rouge, l’alliance des travailleurs et des bateleurs, tous créateurs en leur spécifique humanité.

 

Jean Dasté, le pionnier et défricheur, doit s’en féliciter et s’esclaffer de plaisir dans les cintres de sa divine Comédie ! C’est lui qui, en 1947 à l’aube de la décentralisation théâtrale initiée par Jeanne Laurent, plantait les premiers tréteaux au pays de l’or noir et, sillonnant villages et campagnes, allumait des étincelles de bonheur dans les yeux de tous ces gens de peu : en témoignent dans l’album « Le théâtre de ceux qui voient », toujours aussi émouvantes au regard, les superbes photographies d’Ito Josué. « Quelle beauté, quel miracle, quel mystère réussissent à remplir ces visages, ces corps d’épouvante, de jouissance, de terreur, d’effroi, de plaisir ? », s’interroge l’héritier et compagnon de route Jean-Louis Hourdin. « Les photos saisissent la beauté des êtres, dans le temps même de la représentation, au moment où ils ne s’appartiennent plus, où, libres, ils créent, avec les acteurs, une nouvelle communauté des hommes ». Pour qui croit au ciel et celui qui n’y croit pas, pour l’un qui scande son adresse au dieu comme pour l’autre qui se refuse à tutoyer la divinité, ainsi que l’énonce avec pertinence et talent l’écrivain Erri de Luca, c’est le miracle du spectacle vivant toujours renouvelé !

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, à l’heure de la reconstruction quand les crédits si chichement comptés se dirigeaient essentiellement vers l’investissement économique et industriel, des hommes et des femmes osèrent mettre la culture au devant de la scène, une priorité à égalité avec d’autres ! Dans l’esprit nouveau insufflé par le Conseil national de la résistance, ce fut le pari d’une femme exceptionnelle, Jeanne Laurent, alors fonctionnaire au ministère de l’Éducation nationale, bien avant que le Général concède un ministère de la Culture à André Malraux : irriguer le territoire d’outils susceptibles de propager la bonne parole au cœur des villes et campagnes, s’appuyer sur les talents qui fleurissent déjà en ces contrées. En 1946, la Comédie de l’Est voit le jour à Colmar, suivent la Comédie de Saint-Étienne en 1947, le Grenier de Toulouse en 1948, le Centre dramatique de l’Ouest en 1949, la Comédie de Provence en 1952… Le réseau des centres dramatiques nationaux est né (trente-huit à ce jour). Fondateur du TNP (le Théâtre National Populaire) puis du Festival d’Avignon, Jean Vilar n’avait eu de cesse d’affirmer que le théâtre est un service public qui doit rejoindre l’ensemble des citoyens « au même titre que l’eau, le gaz et l’électricité » ! Après l’inauguration des premières Maisons de la culture en 1961 sous l’égide de Malraux, est créé en 1990 le label « Scène nationale », 71 au total tant en France métropolitaine qu’en Outre-Mer. La mission commune de tous ces lieux, selon leur statut et budget ? Faire exister la création et la culture hors la capitale, se donner les moyens de rejoindre et rassembler tous les publics avec priorité en direction des couches sociales éloignées des institutions culturelles ou privées des codes d’accès, partager outil et moyens de la structure avec les artistes et compagnies du cru.

 

Une mission initiée en 1947 par Jean Dasté dont Arnaud Meunier, le talentueux metteur en scène et directeur des lieux depuis 2011, s’enorgueillit de poursuivre. Fier d’hériter, sept décennies plus tard, de ce superbe écrin avec ses deux salles (700 et 300 places), ses grands espaces et studios de travail dévolus aux élèves de l’École supérieure d’Art dramatique, ses moyens techniques ultra-performants, son monumental hall d’accueil du public… « La Comédie de Saint-Étienne est forte de son histoire, en quittant la rue Loubet pour le quartier de la Plaine Achille, elle n’a rien perdu de son âme », souligne le jeune directeur. « La maison demeure tournée vers la création et les auteurs vivants, elle poursuit et développe son travail de sensibilisation avec les jeunes des lycées et collèges, elle n’abandonnera surtout pas son immersion dans les quartiers populaires et sa présence dans des lieux de représentation qui touchent un public fort éloigné du théâtre ». Et de l’affirmer haut et fort, « La Comédie de Saint-Étienne est l’un des théâtres les plus populaires de France » ! Qui est parvenue à presque doubler son taux de fréquentation en une petite décennie, qui consacre

©Ed. Alcoc-Myop

92% de son budget au bénéfice des compagnies locales et artistes du cru, qui bâtit les 2/3 de sa programmation en leur faveur… « Nous sommes la génération de la télévision, nous nous devons d’être ouverts et attentifs aux nouvelles générations ».

Une évidence s’impose aussi, la patte ou la griffe, le souffle que le patron des lieux est parvenu à distiller dans tous les recoins de la maison, administratif-technique ou artistique. Un besoin presque viscéral de partager ses convictions, par tous les moyens « rendre vivant le théâtre populaire », briser les clichés entre les publics, faire du théâtre un lieu chaleureux, convivial, accueillant… Et d’ajouter, ce dont l’homme fera silence par modestie et discrétion, la qualité des spectacles (Chapitres de la chute, Saga des Lehman Brothers qui obtient le Grand prix  du Syndicat de la critique en 2014, Le retour au désert, Je crois en un seul dieu…) qu’il met en scène : remarqués et salués par la critique, recommandés et applaudis sans modération par le public des salles parisiennes ou autres ! Arnaud Meunier ? Pas un homme d’appareil ni un banal faiseur de spectacles, un authentique militant de la culture qui ne craint pas d’écrire en majuscules le mot « combat » pour la défendre. « Avec d’autres, je suis et demeure un militant au service d’un idéal, d’un imaginaire ». Une belle et forte profession de foi à l’ouverture d’une saison stéphanoise qui prend forme dans un nouveau décor, du vert au rouge ! Yonnel Liégeois

 

De Los Angeles à Saint-Étienne

Des petits « Frenchies » en Californie ? Ce n’est pas un conte à la Walt Disney, mais la réalité : une dizaine d’élèves de l’école d’art dramatique de Saint-Étienne ont rejoint leurs collègues de CalArts, la réputée école d’art de Los Angeles fondée en 1971 par la veuve du célèbre réalisateur ! Pour répéter ensemble, sous la conduite d’Arnaud Meunier, une pièce qu’ils donneront en février 2018 sur les planches de la Comédie… Un texte écrit par l’auteure noire-américaine Aleshea Harris, « Fore ! » (un terme de golf qui veut dire « attention balle ! », ndlr) qui dénonce autant le racisme ambiant aux États-Unis que l’accession au pouvoir, sous les traits de Trump, d’une classe sociale blanche et riche. En dépit des différences culturelles entre jeunes Français et Américains, un projet artistique qui semble enthousiasmer les élèves de chaque coté de l’océan, suscite autant l’interrogation que la jubilation du public stéphanois dans l’attente du lever de rideau !

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Le grand art de Dominique Valadié

Au Théâtre de Poche Montparnasse, Christophe Perton met en scène Au but, la pièce de Thomas Bernhard. Du grand art, avec une prodigieuse Dominique Valadié. Sans oublier « Morgane Poulette » au Colombier de Bagnolet et « Comparution immédiate » au Rond-Point de Paris.

 

Monstre littéraire et théâtral, Thomas Bernhard a peuplé son œuvre d’êtres à sa ressemblance quand il n’est pas tout simplement question de lui-même, hommes ou femmes comme dans la pièce Au but justement, tous avec une bonne part de monstruosité, hors normes en tout cas très certainement. Pour les faire vivre, pour que leurs imprécations toujours formulées en boucle, dans une répétition qui se développe d’infimes variations en infimes variations mais qui s’affirme crescendo comme dans le Boléro de Ravel, il faut des acteurs exceptionnels.

On l’a encore vu récemment avec les comédiens lituaniens dirigés par Kystian Lupa, on l’avait vu avec François Chattot, avec Serge Merlin encore. On le voit aujourd’hui avec Dominique Valadié qui porte littéralement le personnage principal d’Au but de bout en bout, jusqu’« au but » final, ne laissant à personne, ni à sa fille quasiment muette, ni à l’auteur invité dans sa maison au bord de la mer à Katwijk (aux Pays-Bas) et qu’elle finit par faire taire, le soin d’émettre une quelconque opinion argumentée sur ce qui fait le moteur du spectacle : une prétendue discussion à propos d’une représentation d’une pièce au titre déjà emblématique, Sauve qui peut, du fameux auteur.

 

Un spectacle qu’elle et sa fille ont vu et sur lequel elles ont un avis diamétralement opposé. Elle, la mère, rejetant la pièce qui n’épargne rien ni personne, démolit tout jusqu’à la nausée, une pièce très bernhardienne en somme, au contraire de sa fille. Ce que réalise Dominique Valadié est simplement prodigieux. Elle illumine de son talent le personnage de la mère, une bourgeoise veuve du propriétaire d’une fonderie et dont la marotte consistait à dire à tout bout de champ : « Tout est bien qui finit bien »… D’un personnage qui pourrait être terne à force de ratiocination, elle parvient à détailler d’une simple inflexion de voix toutes les subtilités de son terrifiant raisonnement. Presque toujours assise, elle devient gigantesque (monstrueuse ?) lorsqu’elle se lève et arpente la petite scène du Poche Montparnasse chaudement habillé par le metteur en scène Christophe Perton qui signe également la scénographie avec Barbara Creutz Pachiaudi. Dominique Valadié est d’autant mieux mise en lumière que face à elle, dans un rôle presque muet, Lina Braban accomplit une performance de tout premier ordre. D’une présence physique d’une force étonnante (on la verrait bien dans le rôle principal d‘Yvonne princesse de Bourgogne !), elle ne cesse de circuler sur la scène pour faire les bagages pour la maison du bord de mer, entassant dans une malle vêtement sur vêtement avec une méticulosité obstinée, s’opposant par sa seule présence aux discours de sa mère. Le retournement opéré dans la deuxième partie du spectacle avec l’arrivée de l’auteur bien falot de Sauve qui peut ne durera pas longtemps, la mère reprenant très vite le dessus et Dominique Valadié irradiant encore davantage…

Du grand art toujours au service d’un grand auteur orchestré, ici, par le metteur en scène Christophe Perton. Jean-Pierre Han

 

À voir aussi :

– Sur la scène du Colombier à Bagnolet, « Morgane Poulette » conte et se raconte, se donne à voir et entendre ! Nimbée d’une lumière tamisée, naufragée solitaire sur son île imaginaire, dans un dispositif scénique original et poétique, la jeune chanteuse junkie confesse ses heurts et malheurs, douleurs et déboires amoureux. Entre révolte underground et dénonciation politique, chagrin d’amour et création artistique, le diptyque de Thibault Fayner, « Le camp des malheureux » et « La londonienne », résonne avec force sous les traits de Pearl Manifold. Seule en scène, entre humour et émotion, elle ondule magnifiquement du corps et de la voix pour noyer, au propre comme au figuré, chagrins et désillusions, blessures au cœur et naufrages dans l’alcool et la drogue, vie et mort de son ami-amant. Superbement mises en scène par Anne Monfort et créées lors du Festival des caves 2017, les tribulations d’un couple à la dérive dans une Angleterre désenchantée au capitalisme triomphant. Y.L.

– Tableau réaliste d’une justice expéditive, « Comparution immédiate » nous dresse sans concession la faillite d’un système judiciaire où les prévenus ont perdu leur humanité et ne sont plus que les numéros d’affaires à juger en un temps compté. En compagnie de Bruno Ricci impressionnant de vérité sur la scène du Rond-Point à Paris, nous naviguons d’un tribunal l’autre, Nevers-Nantes-Paris-Lille et bien d’autres, pour assister à des

Co Eric Didym

audiences surréalistes où l’ubuesque des jugements masque à peine sous le rire l’inhumanité et l’absurdité, l’incohérence et la lourdeur des peines prononcées. En adaptant le récit de Dominique Simonnot, Justice en France : une loterie nationale, le metteur en scène  et directeur de La Manufacture de Nancy Michel Didym nous donne à voir et à entendre sans fard ce qu’est véritablement une justice de classe ! Quand la scène de théâtre devient ainsi salle de prétoire, une expérience forte entre consternation et dénonciation, répulsion et émotion. Y.L.

 

 

 

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Ruzante, de Padoue à Paris

René Loyon crée en France avec bonheur, au théâtre de l’Épée de bois, Les Noces de Betia, d’Angelo Beolco dit Ruzante (vers 1502-1542). Autre spectacle à applaudir, You You au Studio Hébertot, un monologue du serbe Jovan Atchine, superbement interprété par Mina Poe. Ainsi que Lorenzaccio au Théâtre de l’Aquarium.

 

Les noces de Betia relève du genre « mariazo », soit une comédie sur le mode du conjungo empêché, ici finalement résolu sur un mode inattendu. Un paysan pataud brûle d’amour pour une donzelle rétive. Il se voit vicieusement conseillé par un faux ami malin – il a des vues sur elle – qu’un coup de couteau ramène à la raison. Pardons réciproques. Réconciliation générale. On frôle le ménage à trois. Construction magistrale, ingénieux retournements de situations, palabres d’ordre moral entre jeunes et vieux, habiles coups de théâtre. Ruzante fut acteur, auteur dramatique et metteur en scène tout en demeurant le régisseur d’Alvise Cornaro, riche propriétaire terrien. On s’enchante de la langue rendue en français par Claude Perrus, parfait connaisseur de l’idiome padouan de l’auteur, dont il a su trouver des équivalences verveuses sans hypocrisie : langue verte, crue, qui n’est pas de l’argot, inventive, rabelaisienne, plébéienne, terrienne, gorgée de sucs et d’humeurs corporelles. Stimulés par une mise en scène de grande intelligence, ils sont six à y aller de bon cœur avec véhémence et en souplesse (Charly Breton, Maxime Coggio, Titouan Huitric, Yedwart Ingey, Olga Mouak, Marie-Hélène Peyresaubes et Lison Rault), sillonnant avec esprit le vaste plateau au mur du fond troué d’ogives, sciemment éclairé par Jean-Yves Courcoux.

Un monologue, autre monde à habiter. Elodie Chanut (Cie L’œil des cariatides) a mis en scène You You, de l’auteur d’origine serbe Jovan Atchine (1941-1991). C’est joué par Mina Poe. En 1993, sortant du conservatoire, elle interpréta déjà ce « monodrame » (ainsi que le définit Elodie Chanut) sous la direction de Philippe Adrien. Une émigrée yougoslave, à la faveur de son pot de retraite dans l’atelier de confection où elle a tout donné, narre cinquante ans de son existence en France dans les trous de son discours de remerciement officiel. Depuis l’exil jusqu’à ce jour-là, en passant par la vie de bohème, l’incrustation dans l’entreprise et les hommes rencontrés, on entend en sourdine le fin mot d’exploitation, qu’elle ne prononce jamais, ce qui constitue le nerf du texte, parfois filandreux, toujours éloquent. Mina Poe est allurale, a de la grâce, un charme fou et une voix suave apte à joliment distiller l’accent slave. Jean-Pierre Léonardini

 

À voir aussi :

Lorenzaccio, la politique désenchantée

Peu souvent montée en raison de la multiplicité des personnages, la pièce d’Alfred Musset, Lorenzaccio, a pourtant séduit Catherine Marnas, la directrice du TNBA. Qui, après sa création en 2015, la propose au Théâtre de l’Aquarium dans une nouvelle distribution. En ce XVIème siècle débutant, la ville de Florence est sous le joug des

Co Patrick Berger

Médicis. Le duc Alexandre préfère orgies et tyrannie, secondé par son « mignon » Lorenzo, plutôt que de répondre aux besoins et au bonheur de son peuple !

Double langage, double vie ? Entre meurtres et viols organisés à la solde de son maître, Lorenzo aspire à plus de justice et fomente l’assassinat du prince en vue de rétablir la République. Un projet fou et solitaire, qu’il conduira à son terme dans la plus totale confusion et désillusion : un Médicis en remplace un autre ! D’une brûlante actualité, la pièce fait écho aux impasses multiples dans lesquelles se fourvoie le pouvoir contemporain : sociale, écologique, humanitaire… La folie des grands semble toujours plus écraser le quotidien des petits. Sans qu’un espoir quelconque brille à l’horizon, hormis le coup de sang individuel. Entre musique rock et décor futuriste qui délimite, telle une frontière infranchissable, le territoire des puissants à celui des manants, Catherine Marnas joue donc de l’ambiguïté de la pièce, non la révolte d’un peuple mais la colère de notables humanistes et cultivés contre un despote vulgaire et vil, pour oser le rapprochement avec le temps présent.

Et d’interpeller, non sans talent, le spectacteur-citoyen : que faire face à un pouvoir intransigeant et à la solde des parvenus ? Quels chemins aujourd’hui pour la rébellion ou l’insoumission ? Lorenzaccio , à lui tout seul, un vaste programme ! Yonnel Liégeois.

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Churchill et de Gaulle, un face-à-face historique

Dans « Meilleurs alliés » au Petit Montparnasse, Jean-Claude Idée met en scène la rencontre de Churchill et de Gaulle à Londres, à la veille du débarquement des troupes alliées en Normandie. Un face-à-face houleux entre deux monstres de l’histoire, royalement interprétés.

 

Le 4 juin 1944, Winston Churchill, Premier ministre britannique, convoque Charles de Gaulle, chef du Gouvernement provisoire de la République française, dans un wagon aménagé en bureau de commandement, près de Portsmouth. L’heure est grave, le débarquement des troupes alliées en Normandie est imminent. Le grand Charles est furax de ne pas avoir été associé aux opérations, ni d’avoir été prévenu plus tôt. Et maintenant, voilà que Churchill lui demande de prononcer un discours à la BBC après tout le monde, même après la grande-duchesse Charlotte de Luxembourg – « Et pourquoi pas le sultan de Zanzibar, pendant que vous y êtes ! », tonne-t-il.

Le face-à-face va être houleux. Si les deux hommes se connaissent bien et s’estiment, ils s’exaspèrent mutuellement. On les voit s’affronter sur la place que prennent les États-Unis, sur le rôle que la France doit tenir dans la libération, sur la force de la résistance… Churchill, petit et trapu, s’agite en se servant moult rasades de vieux rhum quand de Gaulle, grand et maigre, reste calme en tirant sur ses cigarettes.

 

Au-delà de leurs différends, ils se livrent. Churchill lui confiant que l’alcool l’aide « à chasser un vieux découragement qui menace toujours », de Gaulle méditant sur l’amour : « Un spasme de quelques secondes, aussi bref et violent qu’un coup de mitraillette, suivi d’un long malentendu… ». On rit de leurs réparties, l’un comme l’autre ne manquent pas d’humour. On les sent un brin désabusés, après quatre ans de guerre. Quant à l’avenir, difficile de savoir de quoi il sera fait. En attendant, ils devisent sur leur pays respectif. « Les Anglais aiment le roi, mais sont démocrates, les Français tuent le leur, mais sont monarchistes », déclare Churchill qui ne comprend pas la différence entre la droite et la gauche françaises. Et de Gaulle de lui répondre que « la droite idéalise le passé, et la gauche, l’avenir… Ce qui fait que personne ne s’occupe du présent ! ». Les images d’archives défilent en fond de scène du Petit Montparnasse, Pascal Racan incarne un de Gaulle plus vrai que nature, tant dans la stature que dans la voix quand Michel de Warzée campe un Churchill bougon à souhait. Nous voilà aux premières loges de l’histoire en train de s’écrire, le texte d’Hervé Bentégeat nous la fait revivre au plus près des deux hommes. Après leur rencontre, on suit les tractations en coulisses. Entrent alors en scène Anthony Eden, ministre des Affaires étrangères du gouvernement Churchill et Pierre Viénot, ambassadeur de la France libres à Londres.

« La bataille de France a commencé. Il n’y a plus, dans la nation, dans l’Empire, dans les armées, qu’une seule et même volonté, qu’une seule et même espérance (…) ». Scène finale : Churchill écoute le discours de de Gaulle à la BBC et lève son verre pour lui porter un toast. Une image nous les montrera douze ans plus tard, une nouvelle fois réunis quand de Gaulle, revenu au pouvoir, décore Churchill comme compagnon de la Libération. Et l’on ne peut s’empêcher d’être émus devant deux hommes politiques d’une telle stature. Amélie Meffre

 

À voir aussi :

– En travaux pour l’heure, le théâtre de La Huchette n’en poursuit pas moins sa programmation… En toute liberté, dans les rues du 5ème arrondissement de Paris ! Une balade « littéraire et impertinente » entre petite et grande histoire, entre humour et canular sur un texte de Jacques Mougenot, pour nous conter les belles heures de ce lieu emblématique de la scène parisienne.

Co Martin Wagenhan

Ionesco en rigole encore, et nous de même !

– Aux allures du facteur Tati, Nikolaus et sa bande font leur cirque au Nouveau Théâtre de Montreuil ! Un spectacle totalement déjanté, où l’humour le dispute à la dérision quand tout se déglingue autour de soi, quand chacun cherche son chien et qu’un chimpanzé à visage humain se prend pour Tarzan dans les cimaises de la scène… D’une audace déconcertante, entre fragilité et beauté, un spectacle où l’homme se dévoile dans toute sa complexité.

– Sur les planches du Rond-Point, deux monstres sacrés de la scène s’affrontent. Catherine Hiegel et Tania Torrens, deux opposantes au syndrome de la vieillesse, s’étripent sur leur vision d’un passé révolu et d’un avenir en perdition. L’humour et l’ironie le disputent au tragique des situations, les divergences entre les deux femmes se muent en complicité, « La nostalgie des blattes » signée Pierre Notte laisse entrevoir une lueur d’espoir. Une interprétation de haute volée.

– À la Bourse du travail de Charleville, durant le Mondial

Co Camille Chalain

de marionnettes, il faut aller voir « Vu » ! Étienne Manceau, solitaire et pince-sans-rire, est irrésistible dans son décor miniature agencé au cordeau ! Du théâtre d’objets minimaliste, où l’humanité paraît bien coincée entre thé à infuser et sucre sauteur… Quand le rire tourne au vinaigre, la moutarde monte au nez du génial manipulateur et tous les obsédés de la terre sont au garde à vous.

– La compagnie Kulturscio’k présente au théâtre de La Girandole, à compter du 28/09, « Les voleurs de jambon ». Écrit et mis en scène par Alessia Siniscalchi, un hommage à l’univers de Federico Fellini. Yonnel Liégeois

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