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Marivaux, quand la classe parle…

Jusqu’au 21 octobre, le Théâtre de l’Aquarium présente à la Cartoucherie Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux. Dans une mise en scène de Benoît Lambert, le directeur du CDN Dijon-Bourgogne. Giraudoux notait, des personnages, que « leur fantaisie ne doit pas nous tromper ». Sans oublier Eh bien, dansez maintenant au Mouffetard, Laïka au Rond-Point et L’occupation à L’oeuvre.

 

Benoît Lambert dirige, depuis janvier 2013, le Théâtre Dijon Bourgogne – Centre dramatique national. Il présente en ce moment sa mise en scène de la comédie en trois actes de Marivaux le Jeu de l’amour et du hasard (1730) à l’Aquarium (1). Fondée sur un double subterfuge, la pièce, modèle canonique d’un époustouflant jeu de rôle, jette ses personnages dans un imbroglio amoureux, résolu in fine par deux unions socialement logiques, suivant les ressorts de ce que le poète Michel Deguy qualifie, chez notre auteur, de « machine matrimoniale ». Silvia, fille de M. Orgon, ignorant que Dorante a agi de même en prenant l’état de Bourguignon-Arlequin, son valet, fait mine d’être sa femme de chambre Lisette, celle-ci endossant le costume de sa maîtresse… Silvia et Dorante, travestis en domestiques, se reconnaîtront donc dans l’amour vrai,

Co Vincent Arbelet

tout comme leurs subalternes, car on ne peut manquer à sa classe, qui parle non sans lutte…

De la plus parfaite escrime dans la langue du XVIIIe, si claire et vive – le désir n’existe que par elle – quatre jeunes comédiens (Rosalie Comby, Edith Mailaender, Malo Martin et Antoine Vincenot) donnent une version allègre et souple, non sans ce soupçon d’humeur sombre propre aux personnages de Marivaux, dont Giraudoux notait justement que « leur fantaisie ne doit pas nous tromper ». Cela se joue dans une scénographie qui envisage les Lumières, celles-ci également dues, en jouant sur les mots, à Antoine Franchet, qui a planté des arbres côté jardin, c’est la nature, et installé, côté cour, un petit cabinet de curiosités cher à M. Orgon, père noble un tant soit peu farceur (Robert Angebaud), et à son fils aîné Mario (Etienne Grebot), sacrément taquin, qui ne ménage pas sa sœur Silvia. C’est que nous

Co Vincent Arbelet

sommes dans le registre de l’expérimentation humaine. Marivaux y excella.

Dans cette réalisation, qui s’appuie sur une réflexion dramaturgique manifestement poussée, la visée intellectuelle ne mutile en rien les figures imaginées par Marivaux, ici habitant des corps jeunes fièrement présents, sans perruques ni poussières académiques. Patrice Chéreau, jadis, avait ouvert la voie avec La Dispute et La fausse suivante. Ainsi interprété, le théâtre de Marivaux retrouve sa fraîcheur initiale sans afféterie. La preuve en est à la fin l’enthousiasme de lycéens, l’autre soir, au spectacle d’une œuvre qui ne connut que quatorze représentations du vivant de son auteur. Jean-Pierre Léonardini

(1) À la Cartoucherie, route du Champ- de-Manœuvre, Paris 12ème (tél. : 01.43.74.72.74). Jusqu’au 21 octobre, avant une longue tournée en France jusqu’au 4 avril 2019.

 

À voir aussi :

– Eh bien, dansez maintenant : jusqu’au 17/10 au Mouffetard, avant une longue tournée en France jusqu’à fin mai 19. Ilka Schönbein, l’incroyable artiste qui fait de son corps une marionnette vivante, s’empare des contes traditionnels pour narrer à sa façon l’histoire de la cigale, de l’araignée, du petit chat ou de la petite vieille… Autant de personnages emblématiques surgis d’entre ses jambes ou derrière son dos, sous ses jupes ou entre ses doigts ! Un spectacle qui donne à voir avec talent et poésie, humour et gravité, la beauté ou la cruauté de la vie. Sublimé par les performances de Suska Kanzler et Alexandra Lupidi, ses deux complices chanteuses et musiciennes. Derrière ces figurines à la représentation troublante et une femme d’une imagination débordante qui excelle dans cet art d’avancer masquée, une ode à la vie qui n’est pas toujours un long fleuve tranquille. Yonnel Liégeois

– Laïka : jusqu’au 10/11, au Théâtre du Rond-Point. Pauvre mec, pauvre diable, il l’affirme, il n’est ni Marx ni Zola, juste un pauvre type qui rêve d’accrocher les étoiles comme Laïka, la chienne que les Russes projetèrent dans l’espace en 1957 ! Alors, il raconte le monde des gens de peu, mal aimés et tous déclassés, la putain ou le SDF, les grévistes ou les vieux, les exclus et paumés de la planète, qui méritent plus et mieux que le mépris ou le rejet : un regard, un sourire, un mot, un bonjour, un bon jour… Sans misérabilisme ou charité nauséabonde, mais avec beaucoup d’humour et de tendresse, David Murgia s’empare avec conviction des mots d’Ascanio Celestini. Contre vents et marées, le Belge et l’Italien font corps pour chanter l’humanité qui habite chacun, que tu sois pas grand chose ou moins que rien sous le regard des voisins. Qu’il parle ou chante, accompagné des interludes musicaux de l’accordéoniste Maurice Blanchy, qu’il rappe ou slame, Murgia est des nôtres ! Fort, puissant, convaincant ! Yonnel Liégeois

L’occupation : jusqu’au 02/12, au Théâtre de L’Oeuvre. Romane

Co Marion Stalens

Bohringer s’empare des mots d’Annie Ernaux, la grande romancière aux textes finement ciselés. Adaptée et mise en scène par Pierre Pradinas, l’histoire vraie de la passion jalouse d’une femme à l’égard de l’homme qu’elle a pourtant décidé de quitter. La comédienne avoue avoir été impressionnée par cette « écriture flamboyante qui dit « je » mais parle de nous tous. Une langue magnifique qui m’accompagne, me grandit et m’a rendue à moi-même ». Seule en scène, la parole d’Ernaux juste entrecoupée par les séquences musicales de Christophe « Disco » Minck, Romane Bohringer joue de toutes les émotions, du visage-de la voix-du corps, pour exprimer la palette de sentiments et de réactions que lui inspire cette rupture prétendument assumée. Plus son ancien amant fait secret de sa nouvelle vie, plus elle devient irascible et violente à l’évocation de cette supposée rivale. Une étrange plongée, au mitan de l’humour et de l’effroi, entre ce que chacun croit être et ce qu’il peut devenir au gré des événements. Yonnel Liégeois

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Christian Vurpillot, l’homme-orchestre

Comédien, metteur en scène et prof de théâtre, Christian Vurpillot jongle avec les casquettes comme avec les statuts. Fonctionnaire ou auto-entrepreneur, il court surtout le cachet pour retrouver le statut d’intermittent.

 

Dès le départ, la précarité de la vie d’artiste ne lui a pas échappé. En même temps qu’il suit les cours d’art dramatique au conservatoire de Besançon (Doubs), Christian Vurpillot prépare une maîtrise de philo, histoire de s’assurer une sécurité avec l’enseignement. Une double formation chargée mais « quand t’as vingt ans, t’y vas ». Jusqu’au jour où c’est devenu « conflictuel » : il jouait son rôle de prof et philosophait sur le plateau. « La troisième année, j’ai joué Le Misanthrope au centre dramatique national de Franche-Comté avant de partir en tournée pour cinq ou six mois ». De quoi arrêter ses remplacements comme prof de philo dans les lycées de Vesoul ou de Montbéliard et embrasser la carrière de comédien. Il va ensuite monter une association théâtrale à Besançon pour jouer Poivre de Cayenne, de René de Obaldia, avant de partir pour Paris où les possibilités de faire le métier sont plus vastes entre la télé, la radio ou le cinéma.

S’il a vite obtenu le statut d’intermittent du spectacle, il a toujours fallu qu’il se démène pour le garder, cherchant le juste équilibre entre les boulots alimentaires – doublage, pub, figuration – et la création artistique. Bref, comme beaucoup de comédiens, il va « courir le cachet ». Et c’est sportif… Il y a une vingtaine d’années, Christian songe à changer de métier pour plus de sécurité. « Je gagnais juste de quoi tenir, ce n’était pas assez stable financièrement, alors j’ai opté pour les métiers de la production ». Après une première formation, il fait des stages comme administrateur de production pour le magazine « Thalassa » de France 3, puis dans l’unité de fictions d’Arte avec Pierre Chevalier. Il fait d’une pierre deux coups, en rencontrant des réalisateurs qui, par la suite, peuvent l’employer comme acteur. Il entame ensuite une formation à l’INA pour s’orienter dans la direction de production de cinéma. Pas facile d’y faire sa place. « Il n’y a pas de producteur dans la famille », confie le fils d’ouvrier de chez Peugeot et Compagnie. Un des fleurons industriels du pays de Montbéliard où l’on fabrique motos, pièces détachées et appareils ménagers. « Je suis redevenu comédien puis j’ai répondu à une annonce de la mairie de Sannois (Val-d’Oise, NDLR) qui cherchait un professeur de théâtre », raconte-t-il. Et ça commence plutôt fort, il dirige quatre ateliers théâtre pour adultes et ados, est payé au cachet comme lorsqu’il joue. Au bout de deux ans, son statut change, il ne sera plus intermittent mais embauché en CDD par la mairie de Sannois. Un fonctionnaire en somme. À temps partiel avec un contrat annuel, Christian est payé tous les mois et peut souffler, tout en continuant à être comédien.

 

Il joue dans Drao (Derniers remords avant l’oubli), de Jean-Luc Lagarce, avec lequel il fit sa philo à Besançon, ou campe Louis Joxe, négociateur des accords d’Évian menant à l’indépendance de l’Algérie en 1962, dans Krim Belkacem. « Un sacré texte à mémoriser que celui des accords, j’ai réussi à avoir un prompteur », sourit-il. Il sera encore archevêque dans Jefferson à Paris de James Ivory. Il devait faire une silhouette (un figurant) mais la chef costumière lui a donné l’habit d’un rôle, du coup, il a donné la réplique à Charlotte de Turkheim, alias Marie-Antoinette. Il devra se battre par la suite pour ne pas être payé comme simple figurant, avoir un contrat de prétournage et figurer au générique. Il faut parfois s’armer de patience dans le métier. S’il fait des doublages, Christian doit attendre la sortie du film, parfois six ou sept mois, pour être payé. Alors qu’il joue lors d’une réunion du G8 à Versailles, il attend huit mois avant de toucher sa paye : « Personne ne savait quel ministère devait nous payer ! » En attendant, outre des fictions radiophoniques (sa voix grave est appréciée), il multiplie les prestations pour obtenir des cachets : il tourne dans le clip d’un chanteur à Sofia (Bulgarie) ou endosse le costume de père Noël pour les CE de l’Assemblée nationale, du Sénat ou chez Veolia, ce qui lui ramène dix cachets pendant les fêtes. Et « ce n’est pas négligeable… »

Christian a perdu le statut d’intermittent en 2012-2013 et quelques mois plus tard, la mairie de Sannois, en pleine tourmente financière – elle est alors mise sous tutelle de l’État – ne lui confie plus qu’un atelier théâtre par an, au lieu de quatre. « Je l’ai gardé, ça m’aide à payer le loyer, même si je dois faire 60 kilomètres aller-retour depuis Ivry », explique-t-il. Il a alors ouvert un autre atelier au théâtre de Nesle (Paris) qui le paye sur facturation. Autrement dit, le professeur de théâtre a dû opter pour le statut d’auto-entrepreneur. Une galère quant au paiement des charges et des impôts, non partagée avec le patron. « Pas le choix, c’est un sacré merdier ! » Il espère bien, via une association, être de nouveau payé au cachet et lâcher l’auto-entrepreneuriat. Et côté syndicat ? Il adhère dès le départ, comme nombre de ses confrères, au Syndicat français des artistes interprètes (SFA-CGT). Il y reste cinq ans, avant d’intégrer un collectif d’intermittents du côté d’Aligre, à la Maison des ensembles où se côtoient militants de Sud et de la CNT. Mais c’est de l’histoire ancienne.

« Là, je n’ai pas loin de 450 heures à déclarer mais toujours pas les 507, la durée minimale pour retrouver le statut d’intermittent », raconte le comédien, « on ne dit pas assez que nombre d’artistes cotisent chaque année, sans bénéficier d’aucune prestation ! » Les projets ne manquent pas pour autant : outre Le Boudoir, de Sade, qu’il aimerait monter à Ivry, Christian commence à travailler sur Mamie blues, une pièce écrite par une amie qui met en scène une belle-mère ashkénaze qui se prend le bec avec sa bru séfarade. Il entend bien aussi retrouver le statut d’intermittent à la veille de sa retraite, elle serait alors un plus confortable. À savoir toutefois, la retraite chez les comédiens ne rime pas avec le baisser de rideau : les rôles n’ont pas de limite d’âge ! Propos recueillis par Amélie Meffre

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Drouet, sale temps pour la forêt

Symbole d’une nature authentique, la forêt française connaît depuis quelques années une phase d’industrialisation inédite. Mécanisation lourde, monocultures, engrais et pesticides, la gestion forestière est désormais calquée sur le modèle agricole intensif. C’est le constat que fait François-Xavier Drouet dans son film Le Temps des forêts, en salle depuis le 12 septembre. Gilles Quentin, secrétaire général de la CGT de l’O.N.F. (Office National des Forêts) et agent forestier pendant quarante ans, livre son analyse.

 

 

Dominique Martinez – Quelle est votre première réaction après la découverte du film Le Temps des forêts ?

Gilles Quentin – Son constat est très juste. Il montre la mise à mal de la culture traditionnelle de la forêt qui suppose de longues années. C’est la différence avec une plantation d’arbres de même essence que l’on fait pousser rapidement pour des besoins de production. La biodiversité animale et végétale qui caractérise une forêt n’a plus sa place dans cette logique. On ne gère pas une forêt comme on gère un champ de maïs.

 

D.M. – La question écologique occupe en ce moment le devant de la scène médiatique. Qu’apporte le film ?

G.Q. – Il a le mérite de poser les choses, de clarifier les enjeux écologiques et productifs autour des forêts, symbole de la nature. Or, aujourd’hui, malgré les beaux discours, on n’accompagne plus, on ne respecte plus le rythme de la nature. On est entré dans une logique de rentabilité censée répondre à des pseudo-besoins industriels ou à des injonctions du marché du bois qui impose des modes avec tel ou tel diamètre, etc. Il ne faut pas céder à tout cela. Un sol forestier regorge d’une richesse inestimable qui n’a rien à voir avec celui d’une plantation d’arbres ou d’une culture intensive comme il y en a tant. Le modèle productiviste s’impose à nous également. Il faut faire du chiffre, quitte à détruire des espaces forestiers traditionnels séculaires.

 

D.M. – C’est aussi l’orientation de l’O.N.F. ?

G.Q. – Absolument. Seul compte le montant de mètres cubes de bois vendable rapidement. En forêt de Vierzon par exemple, où j’ai travaillé de nombreuses années, il y avait des centaines d’hectares d’un mélange de chênes, hêtres, frênes… Et sous prétexte qu’une essence rencontrait quelques difficultés, on a tout rasé pour replanter des pins maritimes et des pins sylvestres parce qu’ils ne vont pas générer de dépenses. Ils ont moins besoin d’eau et de protection du soleil et puis dans une cinquantaine d’années, quand ils seront exploitables, ceux qui sont aux responsabilités aujourd’hui ne seront plus là… Le titre du film est très juste : la question est bien celle du Temps des forêts qui est incompatible avec la logique de productivité immédiate aujourd’hui prioritaire.

 

D.M. – Le film montre le malaise des personnels de l’O.N.F. : à quoi est-il dû ?

G.Q. – Quand il n’y a plus que le budget et la quantité de bois vendu qui comptent, on perd le sens de notre travail. Et cela ne fait que s’aggraver progressivement. Au-delà des suicides de plusieurs collègues ces dernières années, des jeunes agents démissionnent désormais. On ne devient pas forestier par hasard. On le devient souvent par passion et après une formation technique. L’appartenance à un service public constitue une dimension supplémentaire : la forêt qu’on a choisi d’accompagner est un bien commun. Elle appartient à tous, et donc aux générations futures. Or, la logique productiviste de la direction de l’O.N.F. s’y oppose frontalement. Le nombre d’emplois en est une autre caractéristique : d’ici la fin de l’année, 135 postes seront supprimés sur 4 000. Nombre de maisons forestières dans lesquelles avaient obligation de vivre certains agents vont également être vendues. Nous n’échappons pas à l’austérité : réduction de la masse salariale et vente de l’immobilier. Propos recueillis par Dominique Martinez

 

Quatre marches pour la forêt

Pour la défense des forêts publiques, l’intersyndicale organise quatre « marches pour la forêt ». En lien avec diverses organisations et associations de défense de la nature et de la forêt au départ de Strasbourg, Mulhouse, Valence et Perpignan, entre le 17 septembre et le 24 octobre. Ces parcours convergeront vers l’emblématique forêt de Tronçais où doit se dérouler la dernière vente de bois traditionnelle de l’O.N.F., le 25 octobre. Ce sera l’occasion d’un grand rassemblement citoyen.

L’O.N.F. gère 25 % des forêts françaises. 8500 personnels y travaillent : 4000 agents (gardes forestiers de droit public), 3000 ouvriers forestiers (de droit privé), 1500 cadres et personnels administratifs. « La situation s’est considérablement dégradée depuis 2015 avec l’arrivée du dernier directeur général qui n’hésite pas à dégainer son arsenal procédurier dès qu’il peut contre nous », souligne Gilles Quentin. Les huit organisations syndicales, réunies en intersyndicale (Solidaires, CGT Forêt, CGT Fnaf, EFA-CGC, l’Unsa, deux organisations FO), ont d’ailleurs démissionné de tous leurs mandats en septembre 2017 pour marquer l’absence totale de dialogue social.

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L’espérance de Chouaki et d’Avedikian

Nous voici de retour à la source du théâtre, dans son bel et simple appareil. En combinant des textes d’Aziz Chouaki, Hovnatan Avedikian a composé Europa (Esperanza). Un grand bain de langue salée, jusqu’au 30 septembre au Lavoir Moderne Parisien ! Avec une première sélection de pièces à voir, en cette rentrée théâtrale.

 

Metteur en scène et interprète d’Europa (Esperanza), Hovnatan Avedikian dialogue avec la musique de Vasken Solakian, virtuose du saz, cet instrument d’Orient qui a le bras long ! Solakian, campé dans la posture de l’aède aveugle, genre Homère, donne le la en soulevant ses lunettes noires pour lire sa partition ! Le ton est donné d’un spectacle furieusement drôle et rudement tragique, dont Avedikian devient aussitôt le rhapsode, Arlequin chaplinesque jonglant avec la partition verbale éblouissante de Chouaki, grand poète mariole qui sait aussi bien donner la parole à deux gamins des rues d’Alger slamant leur désir de fuir une mère patrie ingrate que broder sur le pathos sublime de la mythologie grecque autour de la Mère Méditerranée. Celle des vieux dieux, des marins de tous rivages et des noyés potentiels d’aujourd’hui, ici, entre autres, un ingénieur au chômage, un passeur ou un handicapé en fauteuil roulant qui voguent vers Lampedusa…

Ah ! Sur les « migrants », combien de débats perclus, d’éditoriaux faux-culs ! Allez voir et entendre Europa (Esperanza) au Lavoir Moderne Parisien, et vous saisirez tout par la tête et le cœur, en riant les larmes aux yeux grâce à Aziz Chouaki, lequel n’a pas ses langues dans sa poche (il en avoue trois, l’arabe du peuple, le kabyle et le français), plus le Joyce, dont il est un spécialiste avéré. Il y a encore que, guitariste de jazz, il a le sens béni de la syncope, de la rupture sèche, du beat, le rythme, quoi. C’est donc rare merveille d’assister au concert sémantique à fortes gestuelle et mimique qu’offrent – au nom de tous les peuples d’exode – deux hommes aux racines arméniennes, historiques gens du voyage obligé, dans un grand bain de langue salée aux vagues percussives.

Mine de rien, nous voici là devant de retour à la source du théâtre, dans son simple et bel appareil, soit tout l’univers dans un corps infiniment souple et mobile, escorté par des harmoniques savantes dans le but de tenir sur le monde où nous sommes le discours de l’art qui est le seul irréfutable. Europa (Esperanza), petite forme à grands effets sensibles, est sans doute un exemple bienvenu de la persistance d’un théâtre du texte souverain, pleinement assumé par l’acteur qui le fait sien, au plus profond de son être-là, dans un geste éperdu de partage. Ce n’est plus si fréquent, il importe de le dire. Jean-Pierre Léonardini

À voir aussi :

– L’année de Richard : jusqu’au 16/09, au Lavoir Moderne Parisien. Le monstrueux héros de Shakespeare revisité par les mots forts, puissants et dérangeants d’Angélica Liddell. Dans l’originale mise en scène d’Anne-Frédérique Bourget, Azeddine Benarama est monstrueux de présence ! Une dénonciation du pouvoir mortifère des puissants, monstrueusement bien orchestrée par le musicien Alexis Sébileau, monstrueusement bien illustrée par la jeune comédienne-danseuse Lauriane Durix.

– Focus, récits de vie : jusqu’au 23/12, à la Maison des Métallos. Une série de spectacles et débats, rencontres et expositions qui donnent à voir et entendre la parole d’hommes et de femmes blessés ou terrassés par la vie, mais qui se redressent et veulent vivre debout. Des ouvrières de Samsonite aux victimes de Colombie, des enfants des rues chiliennes au peuple Innu du Québec.

– La cicatrice : jusqu’au 30/09, au Théâtre de Belleville. Un enfant au bec de lièvre, des moqueries qui marquent à vie… L’histoire tragique de ces gueules cassées, dont le visage amoché masque la beauté d’âme et la grandeur de cœur. Une belle réflexion humaniste sur l’être et le paraître, sobrement servie par Vincent Minjou-Cortès.

– Les mots pour le dire : jusqu’au 19//01/19 les jeudi-vendredi et samedi, au Théâtre de L’archipel. Par Frédéric Souterelle, l’adaptation du célèbre roman de Marie Cardinal au titre éponyme. Aux bienfaits de la chirurgie, Marie la trentenaire décide de faire plutôt confiance à la psychanalyse.

– De si tendres liens : jusqu’au 20/10, au Théâtre du Lucernaire. Deux magnifiques et grandes comédiennes, Christiane Cohendy et Clotilde Mollet, entre jeunesse et vieillesse, dialoguent à tour de rôle sur la présence-absence de l’une dans la vie de l’autre. De l’émotion à fleur de peau, une interprétation de haut-vol.

– Points de non-retour : jusqu’au 14/10, au Théâtre de La colline. D’origine roumaine, l’auteure et metteure en scène Alexandra Badea propose une réflexion sur l’histoire et nos racines à partir de sa propre cérémonie de naturalisation. D’une histoire d’amour à l’histoire de France, le choc du passé à la réalité d’aujourd’hui.

– Au plus noir de la nuit : jusqu’au 21/10, au Théâtre de La tempête. Par Nelson-Rafaell Madel, l’adaptation du célèbre roman d’André Brink. L’histoire tragique d’un jeune noir et d’une femme blanche aux pires heures de l’Afrique du Sud sous le joug inique de l’apartheid.

– Le jeu de l’amour et du hasard : jusqu’au 21/10, au Théâtre de L’aquarium. La pièce emblématique de Marivaux, superbement revisitée par Benoît Lambert, le metteur en scène et directeur du CDN Dijon-Bourgogne. De l’art de dépoussiérer les classiques, de rendre actuel et vivant un texte d’antan.

– L’occupation : jusqu’au 02/12, au Théâtre de L’œuvre. Romane Bohringer s’empare des mots d’Annie Ernaux, la grande romancière aux textes finement ciselés. Adaptée et mise en scène par Pierre Pradinas, l’histoire vraie de la passion jalouse d’une femme à l’égard de l’homme qu’elle a pourtant décidé de quitter. Yonnel Liégeois

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HK, sans les Saltimbanks

Kaddour Hadadi, alias HK, ne lâche rien ! Au terme d’une longue tournée avec L’empire de papier, son album solo, il évoque les combats de son groupe. Ainsi que la communauté de valeurs formée avec un public en quête d’une parole engagée.

 

Jean-Philippe Joseph – Cela fait quoi de voir une de ses chansons devenir un emblème de la contestation ?

Kaddour Hadadi – Il y a de la fierté à accompagner les mouvements sociaux, à faire partie de l’histoire de tous ces gens qui se battent pour nos droits. J’ai écrit On lâche rien sur un coin de table, dans un cagibi aménagé en studio, au 5ème étage d’un HLM où j’habitais, à Roubaix. On a balancé la chanson en téléchargement gratuit un 1er mai, pour le symbole, pour qu’elle voyage. On l’a ensuite retrouvée dans la rue, lors de la rentrée suivante en 2010, au moment des grandes manifs pour les retraites.

 

J-P.-J. – Le lien avec le mouvement social s’est-il fait à ce moment-là ?

K.H. – Le lien s’est fait de manière naturelle. Je suis issu de cette mouvance du rap français, avec NTM – Assassin.., qui parle de la condition dans les quartiers, de solidarité, de racines. Par la suite, j’ai coloré ma musique avec différentes influences : le reggae, la soul… Ce faisant, je me suis ouvert à d’autres questions, d’autres thématiques. L’idée est de dépasser sa propre condition, d’aller à la rencontre de gens qui ont une autre histoire. Chacun se reconnaissant, au final, dans l’autre.

 

J-P.-J. – Dans quel cortège peut-on vous rencontrer lors de manifestations ?

K.H. – CGT ou Solidaires, pour moi c’est la même famille ! Je n’ai pas envie que l’on me colle une étiquette. Lorsque tu rencontres des copains en manif, la moitié est chez les uns, l’autre moitié en face et il y en a qui, comme moi, ne sont pas syndiqués. Les partis politiques et les syndicats constituent des outils pour te sortir de ta condition, pas pour t’enfermer dans une autre.

 

J-P.-J. – Que pensez-vous de la séquence électorale qui s’est achevée avec l’élection d’Emmanuel Macron ?

K-H. – On vit un drame continuel : Sarkosy, Hollande, Valls, maintenant Macron… Et, en face, on n’arrive pas à se mobiliser de façon unitaire, collective, convergente. C’est désespérant et déprimant. Mais c’est aussi ce qui rend les victoires du quotidien si précieuses. Je pense aux copains de Fralib qui ont su créer quelque chose de nouveau à partir de leur outil de travail. Pas simple, leur principal concurrent était leur patron d’hier, Unilever, un mastodonte ! Ils sont dans le combat et l’alternative, ils incarnent les valeurs qui nous animent. C’est vital de réagir, mais il faut aussi de l’action et de la création.

 

J-P.J. – La chanson engagée paraît moins audible aujourd’hui ?

K.H. – Certaines émissions, à la radio ou  la télévision, rendaient compte d’une parole artistique alternative. À des horaires tardifs, d’accord, mais ce lien existait. Toutes ces émissions ont été déprogrammées. Du coup, les artistes comme nous ont dû se créer leurs propres espaces, sur les réseaux sociaux et ailleurs. 60 000 personnes nous suivent sur notre page Facebook. Ce sont autant de personnes qui, quand on sort un album ou que l’on donne un concert, sont réellement intéressées par ce qu’on fait. Il n’y a pas ce côté artistes et consommateurs qu’on voit souvent, ça va plus loin. Les gens qui nous suivent sont comme une « petite famille » avec qui on forme une communauté de pensée, de valeurs, de combats, qui pousse à être toujours plus exigeant dans le travail. Je ne dis pas qu’on n’a jamais rêvé de jouer dans des stades pleins, comme Bob Marley. On vit les choses à plus petite échelle, mais elles ont beaucoup de sens. Propos recueillis par Jean-Philippe Joseph.

 

Parcours

Né en 1976 à Roubaix, Kaddour Hadadi se lance dans la musique dès l’âge de 16 ans. En 2005, il monte avec un ami le groupe Ministère des Affaires Populaires, qui a pour ambition de porter l’identité d’une région ouvrière et métissée. En 2009, il crée HK et Les Saltimbanks. L’album Citoyen du monde, sur lequel figure la chanson On lâche rien, sort en 2011. L’empire de papier est le cinquième opus de Kaddour, le premier en solo, hormis la chanson Ce soir nous irons au bal où il retrouve Les Saltimbanks, un hommage aux victimes des attentats de novembre 2015. Kaddour Hadadi écrit aussi des romans : sorti en mars 2017 aux éditions Riveneuve, Le cœur à l’outrage est son troisième ouvrage.

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Les lanceurs d’alerte sur la sellette

Alors que la Commission européenne annonce un projet de directive sur la protection des lanceurs d’alerte, le 30 juillet en plein scandale Benalla, le Parlement français adoptait une proposition de loi sur « le secret des affaires » qui risque de les fragiliser et de mettre en péril la liberté d’informer. Paradoxe : leur salut passera-t-il par l’Europe ?

 

Transposition dans le droit national de la très décriée directive européenne sur le secret des affaires de juin 2016, le texte porté par LREM a été adopté par l’Assemblée nationale le 30 juillet en procédure accélérée malgré une levée de boucliers. Il était dénoncé par les collectifs « Informer n’est pas un délit » et « Stop secrets d’affaires » – coalition de journalistes, de lanceurs d’alerte, de syndicats, d’ONG et de représentants de citoyens – ainsi que par une pétition qui a rassemblé près de 600 000 signatures en moins d’un mois. Ils estimaient qu’avec cette loi, « le secret devient la règle, et les libertés [deviennent] des exceptions ».

Les parlementaires LREM qui ont poussé à l’adoption de la proposition de loi sur le secret des affaires prétendaient, quant  eux, vouloir lutter contre « l’espionnage économique, le pillage industriel et la concurrence déloyale ». Quitte à mettre en cause le droit des citoyens à l’information… Car si une directive est un texte minimum commun à tous les États membres, lesquels ne peuvent que l’améliorer, le député LREM Raphaël Gauvin, rapporteur de la proposition de loi, aggrave la situation du lanceur d’alerte.

Alors que la directive de 2016 met celui-ci à l’abri de toute poursuite pour violation du secret des affaires si, en révélant une « faute, une malversation ou une activité illégale », il a « agi pour protéger l’intérêt général », la transposition française bouleverse la donne. En ajoutant que le lanceur d’alerte devra prouver sa « bonne foi », la proposition de loi inverse la charge de la preuve. Christophe-André Frassa, rapporteur au Sénat, s’est quant à lui évertué à élargir le champ des informations concernées par le secret des affaires. À la notion de « valeur commerciale », il préfère celle, plus floue, de « valeur économique ». Autre flou : le périmètre des individus exonérés du secret des affaires. Si c’est le cas des journalistes et les syndicalistes, rien n’empêchera par exemple les multinationales de porter plainte contre eux. Le juge pourra se prononcer pour la relaxe au nom de la liberté d’expression tout comme il pourra retenir le « dénigrement commercial ».
De quoi produire une abondante jurisprudence sur laquelle le député Gauvin semble compter pour fixer le droit. Le texte ne dit rien sur les militants associatifs. Quant aux actes qui, sans être illégaux sont immoraux, ils ne sont pas concernés (comme les LuxLeaks). Autant de zones d’ombre qui laissent entrevoir le poids des lobbies économiques et financiers dans la transposition LREM de la directive secret des affaires. C’est pourquoi la coalition d’opposants au texte lançait une pétition (près de 600 000 signatures recueillies) pour lui demander « de défendre le droit à l’information et l’intérêt général en restreignant le champ d’application du secret des affaires aux seuls acteurs économiques concurrentiels ». En vain, la loi est adoptée en l’état le 30 juillet. Finalement, curieux paradoxe, le premier signe d’ouverture viendra peut-être de la Commission européenne elle-même qui planche sur une très attendue directive organisant la protection du lanceur d’alerte ! Encore faut-il qu’elle passe la barre du Parlement européen, surtout celle du Conseil qui réunit les États membres…

La mobilisation de la société civile européenne finira-t-elle par payer ? Christine Morel

 

Rappel : Pétition aux parlementaires

Mesdames, Messieurs,

Vous serez prochainement amenés à vous prononcer sur la proposition de loi portant « sur la protection des savoir-faire et des informations commerciales non divulgués (secrets d’affaires) contre l’obtention, l’utilisation et la divulgation illicites ». Ce texte est la transposition d’une directive européenne adoptée en 2016 malgré les mises en garde des ONG, des syndicats, des journalistes et l’opposition massive des citoyens. Élaborée par les représentants des lobbies des multinationales et des banques d’affaires, elle constitue une offensive sans précédent contre l’intérêt général et le droit des citoyens à l’information.

La « loi secret des affaires » a des implications juridiques, sociales, sanitaires et environnementales graves. Sous couvert de protéger les entreprises, elle verrouille l’information sur les pratiques des firmes et les produits commercialisés par les entreprises. Des scandales comme celui du Mediator ou du bisphénol A, ou des affaires comme les Panama Papers ou LuxLeaks, pourraient ne plus être portés à la connaissance des citoyens. En gravant dans le marbre la menace systématique de longs et couteux procès, cette loi est une arme de dissuasion massive tournée vers les journalistes, les syndicats, les scientifiques, les ONGs et les lanceurs d’alertes.

Nous, signataires de cette pétition, lanceurs d’alertes, syndicats, ONGs, journalistes, chercheurs, et simples citoyens, nous opposons à l’application en l’état de cette loi en France, et vous demandons de défendre le droit à l’information et l’intérêt des citoyens que vous représentez, en adoptant les amendements qui vous sont présentés pour restreindre son champ d’application aux seuls acteurs économiques concurrentiels.

 

Soutiens de la pétition

Lucet Élise, journaliste ; Perrin Edouard, journaliste, Président du Collectif « Informer N’est Pas un Délit » ; Deltour Antoine, lanceur d’alertes Luxleaks ; Dr Arazi Marc, lanceur d’alerte du Phonegate ; Cossart Sandra, Directrice de Sherpa ; Poilane Emmanuel, Directeur Général de France Libertés et Président du CRID ; CrimHalt ; Collectif On ne se taira pas ! ; Nothing2Hide ; Remy Clément, Président de l’ONG POLLINIS ; Laarman Nicolas, directeur Général de l’ONG POLLINIS ; Julliard Jean-François, directeur-exécutif de l’ONG Greenpeace France ; Compain Florent, Président de l’ONG Les Amis de la Terre France ; Chateau Martial, coprésident du Réseau « Sortir du nucléaire » ; Potier Julie, directrice de BIO CONSOM’ACTEURS ; Christophe Noisette, rédacteur en chef d’Inf’OGM ; Ingrid Kragl, directrice de l’information, Foodwatch ; Action Aid France – Peuples Solidaires ; Cellier Dominique, Président de Sciences Citoyennes ; Petitjean Olivier, journaliste, coordinateur de l’Observatoire des multinationales ; Alt Éric, Vice-Président d’ANTICOR ; Pigeon Martin, militant chercheur, Corporate Europe Observatory ; Malik Salemkour, Président de la Ligue des droits de l’Homme ; Ramaux Christophe, économiste à l’Université Paris 1, membre des Économistes atterrés ; Plihon Dominique, économiste, porte-parole d’ATTAC ; Collectif Éthique sur l’étiquette ; Mathilde Dupré, Présidente du Forum citoyen pour la RSE ; Bernard Salamand, Ritimo ; Kalinowski Wojtek, Co-Directeur de l’Institut Veblen ; Lepers Elliot, Directeur de l’ONG Le Mouvement ; Trouvé Aurélie, porte parole d’ATTAC ; Darmon Muriel, Présidente de l’Association Française de Sociologie ; Borrel Thomas, porte-parole de Survie ; ISF-France ; Ingénieurs Sans Frontières-AgriSTA ; Thibaud Clément, Président de l’Association des Historiens Contemporanéistes de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche ; du Roy Ivan, journaliste, co-rédacteur en chef de Basta! ; Rousseaux Agnès, journaliste, co-rédactrice en chef de Basta! ; Apel-Muller Patrick, directeur de la rédaction de l’Humanité ; Merckaert Jean, rédacteur en chef de la Revue Projet ; Alternatives Économiques ; La Télé Libre ; Magneto Presse ; Raffin Patrick, photographe ; Syndicat National des Journalistes ; Roques Laurence, Présidente du Syndicat des avocats de France ; Vire Emmanuel, secrétaire général du Syndicat national des Journalistes CGT (SNJ-CGT) ; Peres Eric, secrétaire général de FO Cadres ; Fédération CGT des finances ; Aiquel Pablo, journaliste, SNJ-CGT ; Patrick Kamenka, journaliste, SNJ-CGT ; Monfort Patrick, secrétaire général du SNCS-FSU ; Binet Sophie, secrétaire générale adjointe de l’UGICT-CGT ; Kotlicki Marie-José, secrétaire générale de l’UGICT-CGT ; Christofol Hervé, secrétaire général du SNESUP-FSU ; Beynel Eric, porte-parole de l’Union syndicale Solidaires ; Lefevre Christophe, secrétaire national de la CFE-CGC ; Martinez Philippe, secrétaire général de la CGT ; Société des journalistes de l’AFP ; Société des journalistes du Figaro ; Société des rédacteurs du Monde ; Société des journalistes de France 2 ; Société des journalistes et du personnel de Libération ; Société des journalistes de l’Humanité ; Société des journalistes de BFMTV ; Société des journalistes des Échos ; Société des journalistes de Premières Lignes ; Société des journalistes de RMC ; Société des journalistes du Point ; Société des journalistes de Mediapart ; Société des journalistes de la rédaction nationale de France 3 ; Société des journalistes de Challenges ; Société des journalistes de TV5 Monde ; Société des journalistes de Télérama ; Société des journalistes du JDD ; Société des rédacteurs de La Vie ; Société des journalistes de Radio France ;  Société des Journalistes de Radio France Internationale ; Société des journalistes du Parisien-aujourd’hui en France ; AJSPI (Association des Journalistes Scientifiques de la Presse d’Information) ; 60 millions de consommateurs.

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Migrants et écrivains, un livre pour la fraternité !

Quand des êtres humains meurent pour avoir tenté de survivre, quand la Méditerranée devient leur cimetière en cherchant loin de chez eux une terre d’accueil, l’indifférence est-elle envisageable ? En publiant Osons la fraternité !, trente écrivains répondent par la négative et un cri d’espoir. Outre le geste de solidarité, une lecture porteuse d’avenir.

 

L’onde de choc produite par l’image du corps échoué sur une plage du petit Aylan, « réquisitoire sans hurlement » écrit Patrick Chamoiseau, ne sera-t-elle qu’un éphémère sursaut ou un appel aux consciences pour agir ? Alors que se multiplient les gestes de solidarité indispensables et anonymes, trente écrivains ont décidé de se tenir « aux côtés des migrants ». Après l’appel lancé de Saint-Malo lors du festival Étonnants Voyageurs (rédigé par Mireille Delmas-Marty, Patrick Chamoiseau et Michel Le Bris), qui invite à mettre en place une gouvernance mondiale en faveur des migrants, trente auteurs ont publié un ouvrage collectif, Osons la fraternité ! Les écrivains aux côtés des migrants. « Tous, ensemble, nous sommes bien plus grands que nous. C’est ce « plus grand » qu’il nous faut deviner. Qu’il nous faut invoquer », affirment d’une même voix Patrick Chamoiseau et Michel Le Bris.

Chacun des auteurs a choisi une forme différente. De l’écriture poétique au pamphlet, de l’étude chiffrée au récit dont émerge l’émotion… Tous en appellent à ne pas s’accommoder de l’inhumain. Ils parlent exils, exodes, familles brisées, espoirs trahis ou réalisés, surprenantes rencontres, expériences uniques : leurs paroles s’insurgent et appellent à une nouvelle fraternité. Des textes d’humour aussi lorsque, par exemple, tous les mots d’origine étrangère quittent le dictionnaire en protestation contre le sort fait aux migrants… Ou des récits d’anticipation figurant un choc de civilisations sur fond de flux migratoires. D’autres textes dénoncent les violences et barbaries à l’œuvre, ainsi que les guerres des identités.

Un ouvrage que l’on referme sur une note d’espoir, avec une Déclaration des poètes et un Manifeste pour une mondialité apaisée, visant à transformer notre rapport à l’hospitalité.Les droits d’auteurs sont intégralement reversés au Gisti, le Groupe d’information et de soutien des immigrés. Isabelle Avran

Liste des auteurs : Kaouther Adimi, Tahar Ben Jelloun, Pascal Blanchard, Patrick Boucheron, Patrick Chamoiseau, Velibor Ĉolić, Céline Curiol, Mireille Delmas-Marty, Ananda Devi, Laurent Gaudé, Raphaël Glucksmann, Christelle Labourgade, Lola Lafon, Michel Le Bris, J. M. G. Le Clézio, Claudio Magris, Achille Mbembe, Léonora Miano, Maya Mihindou, Anna Moï, Gisèle Pineau, Jean Rouaud, Lydie Salvayre, Elias Sanbar, Boualem Sansal, Felwine Sarr, Christiane Taubira, Sami Tchak, Chantal Thomas, Gary Victor.

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