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Madani, des « F(l)ammes » au Paradis…

Nées en banlieues, elles s’emparent de la scène pour témoigner de la réalité de leur existence. « F(l)ammes » ? Un spectacle plein de fougue où brillent dix filles en béton armé. Tandis que Véronique Sacri, en femme solitaire et incandescente, se la joue « Fille du paradis »… Deux récits mis en scène par Ahmed Madani.

 

La pièce s’ouvre sur un énoncé, celui de ces lieux refuges où l’on se retire pour se sentir bien : la médiathèque anonyme, l’intérieur capitonné d’une voiture… Des lieux hors les murs des chambres féminines, trop souvent ouvertes aux quatre vents et aux regards extérieurs. Dans OLYMPUS DIGITAL CAMERA« F(l)ammes », dix filles des quartiers populaires s’approprient un nouvel espace, celui de la scène, pour explorer des fragments de leurs vies intimes et dynamiter les regards.

Lancée en novembre à Sevran, cette deuxième création d’Ahmed Madani s’inscrit dans un triptyque artistique impliquant des jeunes des quartiers populaires. Après avoir donné la parole aux garçons dans « Illumination(s) » en 2013, le metteur en scène a sillonné la France afin d’auditionner des jeunes filles. Au terme de deux ans d’ateliers d’écriture et de jeu dramatique, où elles ont appris à chanter et à danser face à un public, a jailli « F(l)ammes », un projet cathartique porté par des comédiennes non professionnelles aux identités singulières.

Dérouter les jugements, déroger aux clichés, rejeter les tâches et places qu’on leur assigne. Sur scène, ces filles venues de Vernouillet, Garges-lès-Gonesse ou Bobigny déconstruisent les discours politiques et médiatiques, réfutant toute relégation identitaire. Invoquant « Race et histoire » de Claude Lévi-Strauss, « un livre où j’ai compris que je venais de la forêt » dit l’une des comédiennes, elles refusent d’être renvoyées « au monde du sauvage ». « Si je suis arabe, africaine, asiatique, je ne cesse pas pour autant d’être de France », clame l’une d’elles. Car la honte d’être soi, elles s’y confrontent dans le regard des autres. Plus blancs, mieux dotés, soit disant plus éduqués… Leurs dix tranches de vie se font aussi récits de bagarres face à la violence des hommes et des rôles sociaux qu’on leur impose. « Tu vois, quand un homme a peur, il se rassied », glisse une maman à sa fille qui a tenu tête à son père malgré la menace des coups. « Cette création OLYMPUS DIGITAL CAMERApartagée est un acte esthétique et poétique qui fait entendre une parole trop souvent confisquée », souligne à juste titre Ahmed Madani, le metteur en scène.

Quête de reconnaissance, chroniques d’existences, « F(l)ammes » dresse le portrait collectif d’une jeunesse tout simplement en mal… d’égalité. Cyrielle Blaire

 

…Et Madani aussi, « Fille du paradis » !

En écho aux cris des femmes de banlieues que nous fait entendre « F(l)ammes », résonnent et tonnent les propos dénonciateurs d’une « Fille du paradis » ! Ceux de madani3Cynthia, une jeune étudiante en littérature qui décide un jour de composer le numéro de la plus grande agence d’escortes de Montréal…

Ahmed Madani s’est emparé avec brio du récit autobiographique de Nelly Arcan, « Putain », pour l’adapter à la scène. « Fille du paradis » ? Une charge radicale et sans concession contre l’icône dévastatrice de la femme parfaite, « une parole bouleversante d’humanité, une rage de vivre qui déchire l’opacité des ténèbres telle une étoile filante »… Superbe, irradiante de sincérité et de naturel, Véronique Sacri relève le défi, s’engageant corps et âme dans cette parole à proférer dans la démesure et hors toute censure. Un texte d’une rare puissance évocatrice qui, de la plainte enfantine à la maturité féminine, dissèque et passe au scalpel le discours dominant sur la séduction, la beauté, la sexualité. Femme désir, femme objet, femme putain, Cynthia se veut toutes ces femmes à la fois, mais bien plus encore : la femme libre qui ose une parole publique, la femme impudique qui dévoile une madani1parole nue et pose des mots sur les maux d’une société qui monnaie la sexualité, marchandise les corps.

Dans une mise en scène épurée, sans artifice, Véronique Sacri illumine les planches de sa seule présence. Comme possédée par ce récit qu’elle fait sien : brisée, écartelée, violentée, pénétrée de l’urgence à libérer une telle parole ! Yonnel Liégeois.

 

 

À voir encore :

louis-perego-juste-cote-annette-compagne_0_730_730– « Une longue peine » à la Maison des Métallos : l’univers carcéral raconté par quatre anciens condamnés à de longues peines, dont Louis Perego (18 ans d’incarcération) en compagnie de sa compagne Annette Foex (8 années de parloir))… Des mots forts, emprunts de dignité et d’émotion. Un théâtre « documentaire » de belle facture, signé Didier Ruiz passé maître en la matière, qui permet d’entrevoir ce qui se vit derrière les murs. De la cellule au parloir, la violence, l’angoisse, la solitude, l’enfermement pour tous : détenu, épouse et enfants. Y.L.

richard– « Richard III, loyaulté me lie » en tournée nationale : l’un des chefs d’œuvre de Shakespeare revisité par Jean Lambert-wild en clown blanc dans le rôle titre et Élodie Bordas dans tous les autres rôles ! Un spectacle d’une rare beauté, où le comique tutoie le tragique dans leurs plus beaux effets… Une performance d’acteurs, une mise en scène collective de haute voltige, du grand art qui exige une maîtrise parfaite de la voix et du geste. Une création à ne pas manquer, qui mérite d’amples applaudissements. Y.L.

havel– « Audience&Vernissage » à l’Artistic Théâtre : deux courtes pièces de Vaclav Havel écrites en 1975, censurées en leur temps par le régime tchécoslovaque, rassemblées en un seul spectacle et superbement mises en scène par la patronne des lieux, Anne-Marie Lazarini. L’humour, l’autodérision, la parole dissidente d’un futur Président qui voulait que « le théâtre soit la voix de la conscience des hommes et de la société ». Pari gagné avec une bande de comédiens au mieux de leur forme, au service d’un théâtre qui n’a pris aucune ride. Quand le rire et l’absurde donnent autant à penser et réfléchir, un plaisir à ne surtout pas bouder. Y.L.

 

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Sarah Ourahmoune, de la tête et des poings

Championne du monde des moins de 48kg en 2008, huit fois championne de France, trois fois championne d’Europe, la boxeuse Sarah Ourahmoune est en finale des jeux de Rio ! Une femme de convictions qui ne fait pas parler que ses poings, généreuse et attachante, à la tête bien pleine autant que bien faîte.

 

 

Salle de boxe d’Aubervilliers, l’ambiance et l’odeur particulières des rings, entre les cordes claque le bruit sec des gants… Une jeune femme, charmante et élégante en tenue de ville, fait son apparition. A l’aise, décontractée dans cet univers d’hommes, le visage souriant et sans nulle marque de coups !

sarah4« Je suis venue à la boxe, presque par effraction », confesse la jolie Sarah Ourahmoune. « En tout cas sans l’autorisation de mes parents, j’avais quatorze ans et je me suis inscrite en cachette, il n’y avait encore aucune fille à la salle, pas de vestiaire pour elles. Said Bennajem, alors mon entraîneur, m’a proposé une séance, ça m’a plus, je suis revenue ». De la boxe éducative d’abord, les mercredi et samedi, puis le premier combat à Élancourt en 1999 pour Sarah, sa première victoire et son premier titre de championne de France la même année… « Mon père était fier, ma mère inquiète, les deux ont vite vu combien la boxe comptait pour moi ». La jeune femme enchaîne alors le parcours d’athlète de haut niveau : équipe de France féminine en 2000, premier championnat du monde en 2001, entrée à l’INSEP (Institut national du sport, de l’expertise et de la performance) en 2002… Durant quatre ans, elle raccroche les gants pour obtenir son diplôme d’éducatrice spécialisée auprès d’handicapés mentaux. Et de remonter alors sur le ring, encore plus forte et motivée, décrochant en 2008 le titre suprême lors des championnats du monde en Chine !

Une fille lucide, Sarah Ourahmoune, qui ne se laisse pas griser par le succès et la notoriété médiatique. D’autant qu’elle a éprouvé aussi le temps de la déception et de l’échec : sa non-qualification aux J.O. de Londres, contrainte de changer de catégorie puisque les moins de 48kg sont hors compétition… « L’échec fait partie du parcours d’un sportif de haut niveau, il faut l’accepter et apprendre à le gérer. La boxe est un sport exigeant, face à l’adversité j’ai appris à me blinder ! ». Sans perdre espoir ni faire l’impasse sur les Jeux de Rio : naissance d’une petite fille, changement de catégorie et d’entraîneur, reprise de la sarah1compétition et qualification pour le Brésil…. « Aujourd’hui, j’ai retrouvé le plaisir de la boxe, avant tout je m’amuse à l’entraînement, les performances suivront ».

Membre du réseau « Femmes et Sport, Sport et citoyenneté », elle n’hésite pas à livrer là aussi le combat sur son blog pour faire reconnaître ses droits et sa féminité. « Même si des progrès indéniables sont observés, le chemin vers l’égalité est encore long et appelle à une prise de conscience générale. Pour en découdre avec les préjugés machistes tenaces, il faudrait changer les regards sur la boxe féminine, des hommes mais aussi des femmes. Il demeure encore des aberrations en termes d’égalité des droits. Certaines salles refusent encore les femmes sous le prétexte que les entraineurs ne savent pas les gérer ou qu’elles pourraient perturber les autres pratiquants ». Et de poursuivre : « A Aubervilliers, les filles ont eu le droit à un vestiaire en 2004, avant nous allions squatter celui du baskett-ball. En équipe de France, il a fallu se battre pour obtenir des aides comme pour les hommes. Sans sponsor, c’est dur financièrement ».

En dépit des préjugés, Sarah éprouve une véritable passion pour sa discipline. Une école de la vie et de l’effort, une école surtout de maîtrise de soi où il faut apprendre à « toucher » sans se faire toucher… « La boxe, c’est comme les échecs, c’est très stratégique ». Contrairement aux apparences, un sport où il faut autant compter sur la puissance de ses poings que sur son intelligence du combat ! Et la jeune sportive n’en manque pas, cultivant à profusion projets et initiatives. Une vraie femme dans la cité, qui met son expérience au profit des autres : création d’une halte-garderie à la salle d’Aubervilliers pendant que les mamans s’exercent à la boxe (une cinquantaine de femmes inscrites, de 18 à 60 ans), création d’une section de boxe éducative pour les enfants handicapés mentaux… Deux initiatives conduites par Sarah Ourahmoune dont elle est particulièrement fière et Said Bennajem également, le patron de la salle et ancien sélectionné olympique. Fier de « Sarah la battante », toujours prête à retourner au combat après chaque coup de gong, ne s’avouant jamais vaincue jusqu’à la dernière reprise ! Une femme à l’énergie sarah2débordante, attachante et généreuse, qui mène avec succès sa double carrière sportive et professionnelle : éducatrice spécialisée, diplômée de Sciences-Po, co-directrice avec son mari d’une salle de sport en entreprise.

Un quotidien très chargé pour la championne, qui assume son statut de femme entre ou hors les cordes ! N’omettant pourtant jamais de se garder du temps pour la famille et sa passion, la peinture et le dessin ! Un plaisir né au temps de l’enfance, dont elle rêve parfois d’en faire son métier… Pour l’heure, place au combat de sa vie, le 20 août à 19h00, pour décrocher l’or ou l’argent : à elle désormais de rentrer dans l’histoire à l’image d’Estelle Mossely, première championne olympique française de boxe féminine ! Au final, quelle que soit la couleur du métal, un incroyable parcours et un fabuleux palmarès. Propos recueillis par Yonnel Liegeois

 

A lire : « Le sport féminin, le sport dernier bastion du sexisme ? », de Fabienne Broucaret avec une préface de Marie-George Buffet. « Destin… et tout peut basculer », de Sylvie Albou-Tabart, illustrations de Sarah Ourahmoune.

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Rouen, de l’art en barre

Dans le cadre du festival « Normandie impressionniste », la ville de Rouen a inauguré le 3 juillet une vingtaine de fresques monumentales dans trois quartiers de la ville. Venus d’Argentine, de Pologne ou de l’Aveyron, 18 artistes ont investi façades, barres et hangars. Pour une superbe expo à ciel ouvert, conçue pour durer.

 

En sillonnant Rouen cet été, vous croiserez un calamar géant, des joueurs de foot portant horloge et bateau sur la tête ou un danseur de hip-hop en mouvement, trônant majestueux sur les hangars des quais de Seine, les barres du quartier des Sapins ou les bâtiments du centre-ville. Pour la troisième édition de « Rouen impressionnée », la ville n’a pas lésiné. Elle a chargé Olivier Landes, urbaniste et fin connaisseur de Street Art, de repérer les lieux et de rouen2trouver les artistes les mieux à même de les investir. Pas uniquement pour embellir les murs de la ville, mais pour évoquer des réalités urbaines et sociales.

Ainsi, sur les hauteurs de Rouen, dans le quartier des Sapins, injustement réputé mal famé, des réunions avec les habitants, petits et grands, ont permis de mieux cerner leur quotidien. Au cœur de ces barres, à deux pas de la forêt, il n’est pas rare de croiser des hérissons, des sangliers et des renards ! Rien d’incongru donc à ce que la fresque du Brésilien Ramon Martins sur l’immeuble Norwich nous montre une femme pensive en boubou coloré, tenant un renard par le col… Une œuvre splendide qui dit la diversité des lieux. Un peu plus loin, on rouen1croisera encore un sanglier multicolore peint par l’Aveyronnais Bault, ou une vache entourée de deux jeunes filles, imaginée par le Polonais Sainer. Grâce au parcours imaginé par la mairie, Rouennais et touristes viendront voir du beau sur les façades des barres. Ces dernières se distingueront enfin et pour longtemps. Les peintures sont suffisamment solides pour tenir le coup une dizaine d’années. À voir ces sept œuvres magistrales, on se dit que nombre d’édiles banlieusards seraient bien inspirés de mener pareil chantier.

En revenant au centre-ville, ne loupez pas « L’apparition » de Gaspard Lieb, un artiste de la ville qui a fait surgir un danseur en noir et blanc sur le mur du Conservatoire et surtout rouen4l’extraordinaire fresque du Polonais Robert Proch à l’arrière du cinéma Omnia. Là, l’artiste a respecté le rouge brique du bâtiment latéral pour le faire évoluer vers le bleu du ciel. Il a su mettre à profit les moindres recoins de la façade, comme les ventilos, pour y glisser des visages à la Bacon. C’est tout bonnement époustouflant !

Poussez ensuite sur les quais de Seine et plantez-vous devant le hangar 23 où l’Allemand Satone a opté pour une abstraction chatoyante pour dire la circulation alentour, quand des rouen3dizaines de milliers de voitures empruntent le pont Flaubert chaque jour. Remontez enfin pour admirer le calamar géant qui s’étale sur les 400 m2 du hangar 11, imaginé par le Français Brusk. Attardez-vous devant l’œuvre faite entièrement à la bombe qui évoque la mer, Nuit debout et dissimule messages d’amitié et d’antipathie, comme le « Fuck Sarko » en beau lettrage bleu… Amélie Meffre

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Thérèse Clerc, comme une eau… de vie !

Thérèse Clerc, disparue le 16 février dans sa maison de Montreuil en Seine-Saint Denis (93), n’était pas une sainte, elle était beaucoup mieux : une femme engagée, gaie et pugnace. Qui a lutté pendant quarante ans et a porté à bout de bras de nombreux projets.

 

 

 

Thérèse Clerc, une femme extraordinaire dans l’ordinaire d’une vie, vécut deux existences, l’une et l’autre bien différentes mais aussi bien remplies : la première, très sage quand elle se marie à 20 ans, fort ignorante et vierge évidemment comme il se doit à l’époque… Elle aura 4 enfants en 10 ans. C’est une femme au foyer dans les conditions ordinaires du Paris des années 50 : eau sur le palier, WC communs et lavage des couches dans une Therese-Clerc-In-Memoriam-2grosse lessiveuse qu’elle descend vider dans la cour. Sous la lessiveuse, pourtant, couve un tempérament qui ne supporte pas l’injustice, et notamment celle faite aux femmes.
Thérèse Clerc ne se satisfait pas des réponses des prêtres-ouvriers qui ne dénoncent que l’exploitation des hommes au travail, comprenant à demi-mot que la femme est bien la prolétaire de l’homme. Elle refuse la soumission que lui préconise le vieux curé de la paroisse. L’ouragan de 68 dispersera les dernières timidités de la jeune bourgeoise, lectrice et vendeuse de « Témoignage chrétien », l’hebdo des « Cathos de gauche ».

Dès lors, elle sera de tous les combats humanistes et féministes. Elle milite pour le Mouvement de la Paix, le P.S.U. et s’investit à fond au M.L.A.C, le Mouvement pour la libération de l’avortement et de la contraception fondé en 1973. Dans une ivresse de liberté nouvelle, elle est alors divorcée et travaille comme vendeuse. La belle Thérèse découvre les joies de l’engagement collectif, le goût du débat d’idées et les plaisirs du corps. Plaisirs qui riment alors trop souvent pour les femmes avec angoisse de la grossesse, douleurs et risque d’avortement. En juin 2008, à la veille de recevoir des mains de Michèle Perrot, l’historienne du féminisme, sa médaille de Chevalière de la Légion d’honneur en présence de Simone Veil, elle évoque cette période avec Jacky Durand pour un portrait capture_decran_2014-09-25_a_09.49.22_1dans le quotidien Libération. « … J’allais aux réunions à Jussieu. C’est la première fois que j’entendais le mot « patriarcat ». On parlait aussi des avortements clandestins qui étaient à l’époque la première cause de mortalité des femmes entre 18 et 50 ans. Elles subissaient l’aiguille à tricoter, le curetage à vif, parfois la septicémie ». Elle pratiquera de nombreuses interruptions de grossesses clandestines chez elle, dans son appartement de Montreuil, « on se formait les unes les autres… ».

Thérèse n’arrête pas là son combat, ou plutôt ses combats : elle fonde à Montreuil « La Maison des Femmes », qui ouvre ses portes en 2000. Une maison destinée à toutes celles qui sont notamment victimes de violence, y compris la douleur permanente consécutive à l’excision ou l’infibulation… Quelques semaines avant sa mort, la maison a été rebaptisée à son nom. En sa présence.

Entretemps, cette joyeuse « grand-mère indigne » de 14 petits-enfants découvre une situation qui la scandalise : celle de nombreuses femmes âgées qui survivent à peine avec une retraite minuscule, rançon de salaires faibles et de carrières professionnelles souvent en pointillé à cause des maternités… Qui, de plus, souffrent souvent d’un isolement social. Elle veut les aider et, avec deux amies, elle lance un projet très innovant. Avec quelques idées fortes : mieux vieillir ensemble mais surtout vieillir libres, autonomes, solidaires et citoyennes ! Voilà notre infatigable combattante qui enfourche un nouveau cheval de bataille nommé « Babayagas », du nom imagesdes sorcières des vieilles légendes russes… La chevauchée sera très longue, près d’une quinzaine d’années, pour sauter enfin les obstacles du financement du projet. La « Maison des Babayagas », utopie réaliste s’il en est, sera inaugurée en fanfare le 28 février 2013. Avec, comme refrain pour toute ligne de vie, « Vivre vieux, c’est bien. Vivre bien, c’est mieux ! ». Satisfaite, malgré la tristesse d’une dissension dans le groupe fondateur, Thérèse continue sa vie de femme libre, assumant ses amours saphiques devant la caméra de Sébastien Lifshitz pour « Les invisibles », un documentaire consacré aux homosexuels nés entre les deux guerres.

C’est une sacrée femme, une « flamme forte » qui s’est éteinte à 88 ans. Qui aurait pu adouber cette maxime à sa propre vie : « Vivre et aimer librement, vieillir et mourir debout ». Chantal Langeard

A lire : « Thérèse Clerc, Antigone aux cheveux blancs  » par Danielle Michel-Chich. La biographie de l’initiatrice de la « maison des Babayagas », inaugurée à Montreuil (93) en février 2013.

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Le Méliès à Montreuil, premier cinéma d’Europe

Le 19 septembre 2015, fut inauguré à Montreuil (93) le « Méliès », agrandi et rénové. Qui s’affiche, au lendemain de sa nouvelle implantation, comme le plus grand cinéma d’Europe classé « Art et essai » : six salles et 1120 fauteuils offerts aux passionnés du septième art.

 

 

Dans le vaste hall lumineux, suspendue au plafond, une gigantesque planète s’offre à la vue… Un clin d’œil appuyé au génie du cinéma qui fit de Montreuil sa terre d’élection, Georges Méliès, et à son fameux film « Le voyage dans la lune » réalisé en 1902 !
Melies2En cette mi-septembre, après une longue bataille juridique et technique, la vaste coque translucide du nouveau Méliès trône donc au cœur de ville, place Jean-Jaurès, entre la mairie et le Centre dramatique national. Un pôle culturel de grande ampleur pour cette ville de banlieue, sise en Seine-Saint Denis, au riche passé industriel et artistique, une alternative crédible et osée aux multiplexes commerciaux qui proposent popcorn et pellicules à profusion… Des tarifs attractifs, une programmation diversifiée et surtout un label « Art et Essai » qui en fait la grande originalité ! « Dans ces moments de crise, nous avons plus que besoin de la culture », déclarait Patrice Bessac, le maire de la cité ouvrière, lors de l’inauguration, « le Méliès est un flambeau de l’esprit de Montreuil et une œuvre collective ».

Et Stéphane Goudet, le directeur artistique du cinéma, de confier combien distributeurs et réalisateurs sont enthousiastes à l’ouverture de ce nouveau lieu, « ils veulent tous passer leurs films au Méliès ». Un « cinéma public », tel qu’affiché à la devanture du nouveau complexe, le plus grand cinéma « Art et essai » d’Europe, confronté à un pari osé : attirer entre 250 000 à 300 000 spectateurs à l’année pour assurer sa pérennité !

Alexie Lorca l'adjointe à la culture, Patrice Bessac le maire de Montreuil avec l'arrière petite-fille de Georges Méliès.

Alexie Lorca l’adjointe à la culture, Patrice Bessac le maire de Montreuil avec l’arrière petite-fille de Georges Méliès.

« Ce n’est pas gagné d’avance », reconnaît le fin connaisseur du septième art. « Nous allons être un contrepouvoir à un système qui donne la visibilité à deux films par semaine tout en en jetant quinze à la poubelle. Nous voulons toucher toutes les couches de la population, tous les publics sont bienvenus au Méliès ».

Lors de l’inauguration, François Aymé, le président de l’A.F.C.A.E., l’Association française des cinémas Art et Essai, n’a pas manqué de souligner publiquement l’enjeu de l’événement. Selon lui, un « Méliès » rénové, modernisé et aux capacités d’accueil surmultipliées contribue au renforcement des missions qu’un tel label cinématographique s’est assigné : la défense du pluralisme des lieux de diffusion cinématographique d’abord, indispensable au maintien de la diversité de l’offre de films et à l’aménagement culturel du territoire, le soutien du cinéma d’auteur ensuite, la formation des publics enfin, notamment des plus jeunes.

Six salles pour trois objectifs majeurs, le Méliès est désormais en orbite pour décrocher la lune ! Loïc Maxime
Cinéma Le Méliès, 12 Place Jean-Jaurès, 93100 Montreuil (Tél. : 01.48.58.90.13).

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Didierlaurent, liseur du RER

Jean-Paul Didierlaurent a été récompensé du « Prix du roman d’entreprise et du travail » 2015 pour son premier roman, « Le liseur du 6h27 ». Un conte moderne sur la magie de la lecture qui sublime nos vies.

 

 

Chaque matin, Guylain Vignolles répète le même rituel. Il s’assied dans le RER de 6h27 et, sans même jeter un œil à ce qui l’entoure, il entame à voix haute sa lecture du jour. Travailleur sans relief ni contours, « ni beau, ni laid, ni gros, ni maigre » écrit l’auteur, laissant le champ libre à notre imagination, Guylain sublime un quotidien cafardeux en lisant aux passagers de la rame qui l’emmène à l’usine des pages de livres arrachées au pilon. Un antidote à l’écœurement et une échappatoire pour cet ouvrier dont la tâche quotidienne est de livrer à l’autodafé des milliers de livres condamnés pour cause d’invendus.

liseurPremier roman d’un nouvelliste confirmé, récompensé à deux reprises du prix Hemingway, Jean-Paul Didierlaurent ne s’attendait pas à ce que le bouche à oreille des libraires, qui a devancé la parution du livre, crée une telle sensation autour de sa sortie. Le succès de ce petit livre ? Il tient sans doute à sa capacité à réinsuffler de la poésie et à réenchanter des vies d’apparence pourtant si ordinaires. Porté par des personnages en décalage avec le monde qui les entoure – un prince charmant qui s’ignore aux ordres d’un petit chef autoritaire, une dame pipi croquant le quotidien vu de ses toilettes sous forme de feuilleton aussi caustique qu’énigmatique, un vieux gardien d’usine dont le malin plaisir est de ne s’exprimer qu’en alexandrin – ce conte de fée moderne s’apprécie comme un remède à la résignation quotidienne et à la maussaderie.

A y réfléchir, il y a dans ce livre un peu de Muriel Barbery, l’auteur du réjouissant « L’élégance du hérisson » : l’histoire de cette concierge férue de littérature qui fait le choix de passer pour une inculte auprès de ses locataires. Avec en commun une même délicatesse à ébranler les certitudes sociales. Et à nous rappeler que le monde intérieur est bien souvent plus riche que ce que veulent bien laisser paraître nos vies. Cyrielle Blaire

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La Villa Mais d’Ici, usine à rêves

Fondée en 1666 par Colbert, l’Académie de France à Rome est installée à la Villa Médicis depuis 1803. Deux siècles plus tard, en 2003 à Aubervilliers (93), est inaugurée la « Villa Mais d’Ici ». Une étonnante utopie en acte. Une communauté d’artistes solidaires, travaillant ensemble, mettant leurs talents au service les uns des autres. Un lieu ouvert sur le monde, depuis son environnement immédiat jusqu’aux horizons les plus lointains.

 

 

 

En plein cœur d’Aubervilliers, en Seine-Saint-Denis, dans le quartier Villette-Quatre Chemins, est installé depuis douze ans un lieu sans doute unique en France. Le portail rouge du 77, rue des Cités met un peu de couleur dans un espace qui en manque singulièrement. Sur le portail, au pochoir, un motif à la peinture blanche. Une usine dont le profil se mêle à des arbres et à des pièces de machine, poulies et engrenages. De la cheminée, des étoiles s’échappent vers le ciel. Bel emblème pour cette institution qui se présente comme une « friche culturelle de proximité ».
villa3Une institution, ce lieu l’est assurément, si l’on envisage son importance et le caractère exemplaire de son fonctionnement. Mais cela ne doit pas faire oublier qu’à l’origine et au cœur de la Villa Mais d’Ici, il y a une aventure humaine. C’est en 1998, en marge de la Coupe du monde de football, que tout commence. À l’occasion de la « Carnavalcade » de Saint-Denis initiée par Banlieues Bleues, un groupe d’artistes et de techniciens, marionnettistes et spécialistes de théâtre de rue conçoivent des marionnettes géantes qui défilent dans les rues et connaissent un grand succès. Parmi eux, Babette et Jean Martin et quelques amis, qui décident de poursuivre l’aventure. La conception et la manipulation des marionnettes géantes exigent la réunion de compétences diverses, artistiques et techniques. Elles nécessitent aussi un lieu pour la fabrication, le stockage, les répétitions. Après avoir erré durant quelques années, le petit groupe s’installe rue des Cités et la Villa Mais d’Ici est inaugurée en novembre 2003.

Avec l’installation dans ses locaux actuels, le projet commun se précise. Il s’articule autour de trois axes. La Villa sera avant tout un lieu de création et d’expérimentation centré sur les arts visuels et vivants. Un lieu qui accueille en résidence de courte ou longue durée des équipes artistiques de tous les champs disciplinaires et les accompagne dans leur parcours depuis la création jusqu’à la production artistique. Pôle de création pluridisciplinaire à la fois artistique et technique, la Villa Mais d’Ici se veut un lieu d’expérimentation politique et social, en créant un cadre de travail commun et d’entraide qui permette l’épanouissement de chaque structure et de chaque individu. C’est là le second aspect fondamental de sa vocation. Car si la Villa favorise l’épanouissement de la démarche créatrice de chacun, elle est aussi un formidable lieu de rencontre et d’apprentissage. Rencontre tout d’abord entre les résidents de la Villa. La réunion en un même lieu de compétences et de personnalités aussi variées permet des collaborations, des échanges enrichissants pour chacun. Et il ne s’agit pas d’un vœu pieux. La Villa est le lieu d’un formidable brassage qui permet une diffusion, un véritable partage des compétences entre les résidents. Les artistes mettent souvent la main à la pâte pour la fabrication des décors ou des costumes de leurs spectacles et il n’est pas rare de voir des techniciens monter sur scène et jouer la comédie.
Ces échanges ne se font pas seulement entre les résidents. Chaque année, de futurs professionnels sont formés à la Villa dans des domaines tels que la scénographie, la construction de décors, le costume, la vidéo, la mise en scène, le son, etc. L’organisation et l’accueil de rencontres professionnelles, de stages et de formations dans différents domaines de la création artistique est l’un des aspects de cette ouverture sur l’extérieur qui est aussi une caractéristique fondamentale de la Villa Mais d’Ici.

villa4Que l’on y passe seulement comme simple visiteur, on se sent d’emblée dans un endroit ouvert sur le monde. Et ouvert avant tout sur son environnement immédiat : le quartier et la ville. La cohérence et la cohésion du tissu social, si difficiles à construire dans les villes de la banlieue parisienne, la Villa y contribue pour sa part grâce aux liens qui se sont constitués dans la durée avec les habitants, les associations et les structures socioculturelles d’Aubervilliers et des alentours. Cette volonté de s’impliquer sur le territoire et auprès de ses habitants se traduit par des actions de proximité auprès des populations du territoire, des propositions artistiques multiples et originales s’adressant à tous les publics, des ateliers de pratiques amateurs, des manifestations faisant découvrir la richesse de la création contemporaine et redécouvrir un territoire et ses particularités.
Cette ouverture sur le monde va bien au-delà de cet environnement proche, et les regards des résidents de la Villa se portent parfois vers les horizons les plus lointains. C’est le cas en particulier de la compagnie Les Grandes Personnes, qui travaille avec des artistes du Burkina Faso, ou de l’association Carrefour Nomade, dont l’activité est centrée autour des cultures traditionnelles du Sahara. Une diversité d’horizons donc, qui n’a d’égale que la multiplicité des modes d’expression artistique représentés à la Villa Mais d’Ici. On peut dire sans exagérer que tous les métiers du spectacle, tant du point de vue artistique que technique, y sont présents. Du côté des compagnies, sans doute faut-il commencer par Les Grandes Personnes. Né en 1998, à l’occasion de la Carnavalcade de Saint-Denis, ce collectif réunit deux associations du même nom, une à la Villa Mais d’Ici, l’autre à Boromo au Burkina Faso. Pendant huit ans, les Grandes Personnes et leurs marionnettes géantes ont participé à de nombreux festivals et parades, en France comme à l’étranger. Elles ont donné naissance à plusieurs autres associations qui, de Boromo au Burkina Faso à Valparaiso au Chili, font vivre quelques familles de géants. Autre compagnie de la Villa, Méliades est un collectif d’artistes, plasticiens, vidéastes, photographes, comédiens, créateurs sonores. Sa démarche est d’investir l’espace urbain, de le détourner en créant un univers imaginaire et onirique. C’est ainsi qu’elle propose des installations éphémères dans des lieux publics (rues, friches industrielles, hôpitaux, cités, métro, bus). Ses spectacles se présentent sous forme de parcours interactifs où le spectateur devient à son tour acteur. Certaines de ses créations sont élaborées avec la population des lieux investis par la mise en place d’ateliers de pratiques artistiques (son, théâtre, vidéo, arts plastiques) en direction des jeunes et des adultes.

villa6Il convient aussi de signaler le travail remarquable des « Anges Mi-Chus », dont les spectacles sont imprégnés de l’univers du clown, du théâtre de geste, du théâtre d’objet, du cabaret. « La machine à verser », l’un de leurs spectacles conçu par Anne Carrard, se révéla petit bijou de poésie et d’humour, construit autour de deux comédiens et d’une machine extravagante faite de seaux, de brocs, d’une gouttière et d’autres éléments de récupération, le tout actionné par un vilebrequin. La compagnie « Le Monte Charge », de Philippe Vasseur, est née d’une recherche qui a débuté au Québec en 1995. En janvier 2003, la compagnie faisait l’acquisition d’un manège forain datant de 1950, qui sera transformé en scène de spectacle. Le théâtre, la musique et les nouvelles technologies sont les outils utilisés pour explorer les possibilités qu’offre cette scène en mouvement. Depuis 2004, « Le Monte Charge » s’investit en parallèle sur son territoire, Aubervilliers, par la mise en place de projets avec les établissements scolaires et les services culturels de la ville.
La compagnie « Les Petits Zefs », un collectif né en 2006, s’est construite dans l’idée d’associer arts plastiques, marionnettes et sculptures animées. À la fois expositions et spectacles, les interventions des Petits Zefs ont pour but d’investir et de modifier l’apparence des lieux du quotidien. La compagnie est composée de personnes de pratiques et d’horizons différents là aussi : arts plastiques, construction, électromécanique, pyrotechnie, comédie, musique. D’autres collectifs participent également à la vie de la Villa, comme l’association Carrefour Nomade, qui a pour objectifs de promouvoir les cultures traditionnelles et populaires du Sahara, et par là même de créer des rencontres interculturelles et intergénérationnelles et de développer une économie sociale et solidaire. Les « Filéféristes », association créée en 2008, regroupe trois costumières (Morgane Olivier, Marleen Rocher et Alice Duval), une plasticienne et comédienne (Maria-Adelia Cardoso Ferreira), et une bijoutière (Ophélia Leclercq). Ensemble ou séparément, les membres des Filéféristes participent à la réalisation de nombreux spectacles. Leur atelier à la Villa Mais D’ici est un espace de travail mais aussi de recherche et leur permet de s’enrichir mutuellement des expériences de chacune.

villa8C’est le cas également d’« Achromatik », l’association créée en 2003 par la photographe Suzane Brun et le plasticien José Rodamilans. Elle a pour vocation première de pratiquer et promouvoir la photographie à travers l’enseignement, la réalisation de visuels pour les compagnies (résidentes ou non), la participation à des événements culturels. L’association « EthnoArt », quant à elle, mène des actions de valorisation de la diversité culturelle en Île-de-France en diffusant les savoirs ethnologiques et en s’appuyant sur les disciplines artistiques (musique, danse, théâtre, photographie, arts plastiques, audiovisuel). Intervenant en milieu scolaire, en entreprises ou dans d’autres cadres, les membres de l’association œuvrent à lutter contre les préjugés et à encourager le respect mutuel.
Par des pratiques émergentes à mi-chemin entre arts plastiques, paysagisme, installation et performance, la Compagnie « Les Allumeurs » se veut un laboratoire de nouvelles formes. La distance entre l’artiste, l’amateur et le spectateur, associés dans un même acte, s’efface dans la célébration festive d’une réalité quotidienne.

La Villa Mais d’Ici accueille donc des groupes et compagnies, mais aussi des artistes individuels, comme Parme Baratier, plasticien. Au fil de ses recherches botaniques, il défile la fibre naturelle de la toile ou des plantes (lin, chanvre, coton, etc.) pour en extraire son papier. Papier qu’il utilise ensuite pour ses dessins, gravures et peintures. Parme Baratier a ouvert en 2002 un atelier de création papier équipé d’une presse pour l’impression des gravures en taille-douce. L’audiovisuel est aussi présent à la Villa, en particulier avec Étienne Chaillou et Mathias Théry, qui réalisent des films documentaires en essayant de proposer des formes nouvelles de narration, grâce notamment à l’usage de l’animation. Ils travaillent par ailleurs également sur d’autres types de projets liés à l’image : photo, dessin, graphisme. Il faut signaler aussi Édouard Blaise, dont les recherches portent sur les effets spéciaux, la décoration, les accessoires et les films d’animation. Sarah Letouzey, elle aussi, pratique plusieurs disciplines artistiques. Spécialisée dans l’illustration, elle a déjà élaboré plusieurs maquettes de livres pour jeune public. Son investissement à la Villa Mais d’Ici, sa pluridisciplinarité l’amènent à travailler avec plusieurs compagnies résidentes (décors, illustrations), ainsi qu’avec quelques commerçants du quartier dont elle réalise les vitrines.

la foire aux articules

Mélusine Thiry enfin, éclairagiste et accessoiriste de formation, est également vidéaste et illustratrice. Après avoir obtenu les Prix du public et des médiateurs à Figures Futur 2006 – Salon du livre et de la presse Jeunesse de Montreuil ‒ elle a réalisé plusieurs albums pour le jeune public et poursuit des recherches graphiques, dans ce domaine entre autres. Dirigée par le compositeur Michel Risse, la compagnie « Décor Sonore » est un outil de composition et de réalisation unique en son genre, dédié à la création sonore. Reconnue internationalement comme l’une des compagnies françaises les plus innovantes, Décor Sonore est aussi un « lieu de fabrique » sans équivalent.
Si la Villa Mais d’Ici se caractérise aujourd’hui par sa vitalité et une exceptionnelle diversité de talents, il fallait à son origine une certaine audace pour parier sur ce projet un peu fou. Le soutien de Jack Ralite, alors maire d’Aubervilliers, s’est avéré absolument décisif. Le courage avec lequel il a accompagné l’aventure de la Villa Mais d’Ici contraste singulièrement avec la frilosité des élus actuels. On peut en effet être surpris de voir un lieu aussi remarquable à tout point de vue fonctionner quasiment sans subventions. Tout juste de quoi payer quelques mois de loyer et de charges pour les 3000 m2 de la friche industrielle où est installée la Villa. Pour les mois restant, les résidents assurent le fonctionnement de l’institution. Une situation qui empêche la Villa Mais d’Ici de donner son plein rendement. Et pourtant elle tourne !

Au moment où les subventions allouées à la culture sont de plus en plus faibles et aléatoires, la mutualisation des compétences et des moyens s’avère une solution viable. La Villa Mais d’Ici en donne une preuve éclatante. Karim Haouadeg, critique à la revue Europe

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