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Christian Vurpillot, l’homme-orchestre

Comédien, metteur en scène et prof de théâtre, Christian Vurpillot jongle avec les casquettes comme avec les statuts. Fonctionnaire ou auto-entrepreneur, il court surtout le cachet pour retrouver le statut d’intermittent.

 

Dès le départ, la précarité de la vie d’artiste ne lui a pas échappé. En même temps qu’il suit les cours d’art dramatique au conservatoire de Besançon (Doubs), Christian Vurpillot prépare une maîtrise de philo, histoire de s’assurer une sécurité avec l’enseignement. Une double formation chargée mais « quand t’as vingt ans, t’y vas ». Jusqu’au jour où c’est devenu « conflictuel » : il jouait son rôle de prof et philosophait sur le plateau. « La troisième année, j’ai joué Le Misanthrope au centre dramatique national de Franche-Comté avant de partir en tournée pour cinq ou six mois ». De quoi arrêter ses remplacements comme prof de philo dans les lycées de Vesoul ou de Montbéliard et embrasser la carrière de comédien. Il va ensuite monter une association théâtrale à Besançon pour jouer Poivre de Cayenne, de René de Obaldia, avant de partir pour Paris où les possibilités de faire le métier sont plus vastes entre la télé, la radio ou le cinéma.

S’il a vite obtenu le statut d’intermittent du spectacle, il a toujours fallu qu’il se démène pour le garder, cherchant le juste équilibre entre les boulots alimentaires – doublage, pub, figuration – et la création artistique. Bref, comme beaucoup de comédiens, il va « courir le cachet ». Et c’est sportif… Il y a une vingtaine d’années, Christian songe à changer de métier pour plus de sécurité. « Je gagnais juste de quoi tenir, ce n’était pas assez stable financièrement, alors j’ai opté pour les métiers de la production ». Après une première formation, il fait des stages comme administrateur de production pour le magazine « Thalassa » de France 3, puis dans l’unité de fictions d’Arte avec Pierre Chevalier. Il fait d’une pierre deux coups, en rencontrant des réalisateurs qui, par la suite, peuvent l’employer comme acteur. Il entame ensuite une formation à l’INA pour s’orienter dans la direction de production de cinéma. Pas facile d’y faire sa place. « Il n’y a pas de producteur dans la famille », confie le fils d’ouvrier de chez Peugeot et Compagnie. Un des fleurons industriels du pays de Montbéliard où l’on fabrique motos, pièces détachées et appareils ménagers. « Je suis redevenu comédien puis j’ai répondu à une annonce de la mairie de Sannois (Val-d’Oise, NDLR) qui cherchait un professeur de théâtre », raconte-t-il. Et ça commence plutôt fort, il dirige quatre ateliers théâtre pour adultes et ados, est payé au cachet comme lorsqu’il joue. Au bout de deux ans, son statut change, il ne sera plus intermittent mais embauché en CDD par la mairie de Sannois. Un fonctionnaire en somme. À temps partiel avec un contrat annuel, Christian est payé tous les mois et peut souffler, tout en continuant à être comédien.

 

Il joue dans Drao (Derniers remords avant l’oubli), de Jean-Luc Lagarce, avec lequel il fit sa philo à Besançon, ou campe Louis Joxe, négociateur des accords d’Évian menant à l’indépendance de l’Algérie en 1962, dans Krim Belkacem. « Un sacré texte à mémoriser que celui des accords, j’ai réussi à avoir un prompteur », sourit-il. Il sera encore archevêque dans Jefferson à Paris de James Ivory. Il devait faire une silhouette (un figurant) mais la chef costumière lui a donné l’habit d’un rôle, du coup, il a donné la réplique à Charlotte de Turkheim, alias Marie-Antoinette. Il devra se battre par la suite pour ne pas être payé comme simple figurant, avoir un contrat de prétournage et figurer au générique. Il faut parfois s’armer de patience dans le métier. S’il fait des doublages, Christian doit attendre la sortie du film, parfois six ou sept mois, pour être payé. Alors qu’il joue lors d’une réunion du G8 à Versailles, il attend huit mois avant de toucher sa paye : « Personne ne savait quel ministère devait nous payer ! » En attendant, outre des fictions radiophoniques (sa voix grave est appréciée), il multiplie les prestations pour obtenir des cachets : il tourne dans le clip d’un chanteur à Sofia (Bulgarie) ou endosse le costume de père Noël pour les CE de l’Assemblée nationale, du Sénat ou chez Veolia, ce qui lui ramène dix cachets pendant les fêtes. Et « ce n’est pas négligeable… »

Christian a perdu le statut d’intermittent en 2012-2013 et quelques mois plus tard, la mairie de Sannois, en pleine tourmente financière – elle est alors mise sous tutelle de l’État – ne lui confie plus qu’un atelier théâtre par an, au lieu de quatre. « Je l’ai gardé, ça m’aide à payer le loyer, même si je dois faire 60 kilomètres aller-retour depuis Ivry », explique-t-il. Il a alors ouvert un autre atelier au théâtre de Nesle (Paris) qui le paye sur facturation. Autrement dit, le professeur de théâtre a dû opter pour le statut d’auto-entrepreneur. Une galère quant au paiement des charges et des impôts, non partagée avec le patron. « Pas le choix, c’est un sacré merdier ! » Il espère bien, via une association, être de nouveau payé au cachet et lâcher l’auto-entrepreneuriat. Et côté syndicat ? Il adhère dès le départ, comme nombre de ses confrères, au Syndicat français des artistes interprètes (SFA-CGT). Il y reste cinq ans, avant d’intégrer un collectif d’intermittents du côté d’Aligre, à la Maison des ensembles où se côtoient militants de Sud et de la CNT. Mais c’est de l’histoire ancienne.

« Là, je n’ai pas loin de 450 heures à déclarer mais toujours pas les 507, la durée minimale pour retrouver le statut d’intermittent », raconte le comédien, « on ne dit pas assez que nombre d’artistes cotisent chaque année, sans bénéficier d’aucune prestation ! » Les projets ne manquent pas pour autant : outre Le Boudoir, de Sade, qu’il aimerait monter à Ivry, Christian commence à travailler sur Mamie blues, une pièce écrite par une amie qui met en scène une belle-mère ashkénaze qui se prend le bec avec sa bru séfarade. Il entend bien aussi retrouver le statut d’intermittent à la veille de sa retraite, elle serait alors un plus confortable. À savoir toutefois, la retraite chez les comédiens ne rime pas avec le baisser de rideau : les rôles n’ont pas de limite d’âge ! Propos recueillis par Amélie Meffre

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Drouet, sale temps pour la forêt

Symbole d’une nature authentique, la forêt française connaît depuis quelques années une phase d’industrialisation inédite. Mécanisation lourde, monocultures, engrais et pesticides, la gestion forestière est désormais calquée sur le modèle agricole intensif. C’est le constat que fait François-Xavier Drouet dans son film Le Temps des forêts, en salle depuis le 12 septembre. Gilles Quentin, secrétaire général de la CGT de l’O.N.F. (Office National des Forêts) et agent forestier pendant quarante ans, livre son analyse.

 

 

Dominique Martinez – Quelle est votre première réaction après la découverte du film Le Temps des forêts ?

Gilles Quentin – Son constat est très juste. Il montre la mise à mal de la culture traditionnelle de la forêt qui suppose de longues années. C’est la différence avec une plantation d’arbres de même essence que l’on fait pousser rapidement pour des besoins de production. La biodiversité animale et végétale qui caractérise une forêt n’a plus sa place dans cette logique. On ne gère pas une forêt comme on gère un champ de maïs.

 

D.M. – La question écologique occupe en ce moment le devant de la scène médiatique. Qu’apporte le film ?

G.Q. – Il a le mérite de poser les choses, de clarifier les enjeux écologiques et productifs autour des forêts, symbole de la nature. Or, aujourd’hui, malgré les beaux discours, on n’accompagne plus, on ne respecte plus le rythme de la nature. On est entré dans une logique de rentabilité censée répondre à des pseudo-besoins industriels ou à des injonctions du marché du bois qui impose des modes avec tel ou tel diamètre, etc. Il ne faut pas céder à tout cela. Un sol forestier regorge d’une richesse inestimable qui n’a rien à voir avec celui d’une plantation d’arbres ou d’une culture intensive comme il y en a tant. Le modèle productiviste s’impose à nous également. Il faut faire du chiffre, quitte à détruire des espaces forestiers traditionnels séculaires.

 

D.M. – C’est aussi l’orientation de l’O.N.F. ?

G.Q. – Absolument. Seul compte le montant de mètres cubes de bois vendable rapidement. En forêt de Vierzon par exemple, où j’ai travaillé de nombreuses années, il y avait des centaines d’hectares d’un mélange de chênes, hêtres, frênes… Et sous prétexte qu’une essence rencontrait quelques difficultés, on a tout rasé pour replanter des pins maritimes et des pins sylvestres parce qu’ils ne vont pas générer de dépenses. Ils ont moins besoin d’eau et de protection du soleil et puis dans une cinquantaine d’années, quand ils seront exploitables, ceux qui sont aux responsabilités aujourd’hui ne seront plus là… Le titre du film est très juste : la question est bien celle du Temps des forêts qui est incompatible avec la logique de productivité immédiate aujourd’hui prioritaire.

 

D.M. – Le film montre le malaise des personnels de l’O.N.F. : à quoi est-il dû ?

G.Q. – Quand il n’y a plus que le budget et la quantité de bois vendu qui comptent, on perd le sens de notre travail. Et cela ne fait que s’aggraver progressivement. Au-delà des suicides de plusieurs collègues ces dernières années, des jeunes agents démissionnent désormais. On ne devient pas forestier par hasard. On le devient souvent par passion et après une formation technique. L’appartenance à un service public constitue une dimension supplémentaire : la forêt qu’on a choisi d’accompagner est un bien commun. Elle appartient à tous, et donc aux générations futures. Or, la logique productiviste de la direction de l’O.N.F. s’y oppose frontalement. Le nombre d’emplois en est une autre caractéristique : d’ici la fin de l’année, 135 postes seront supprimés sur 4 000. Nombre de maisons forestières dans lesquelles avaient obligation de vivre certains agents vont également être vendues. Nous n’échappons pas à l’austérité : réduction de la masse salariale et vente de l’immobilier. Propos recueillis par Dominique Martinez

 

Quatre marches pour la forêt

Pour la défense des forêts publiques, l’intersyndicale organise quatre « marches pour la forêt ». En lien avec diverses organisations et associations de défense de la nature et de la forêt au départ de Strasbourg, Mulhouse, Valence et Perpignan, entre le 17 septembre et le 24 octobre. Ces parcours convergeront vers l’emblématique forêt de Tronçais où doit se dérouler la dernière vente de bois traditionnelle de l’O.N.F., le 25 octobre. Ce sera l’occasion d’un grand rassemblement citoyen.

L’O.N.F. gère 25 % des forêts françaises. 8500 personnels y travaillent : 4000 agents (gardes forestiers de droit public), 3000 ouvriers forestiers (de droit privé), 1500 cadres et personnels administratifs. « La situation s’est considérablement dégradée depuis 2015 avec l’arrivée du dernier directeur général qui n’hésite pas à dégainer son arsenal procédurier dès qu’il peut contre nous », souligne Gilles Quentin. Les huit organisations syndicales, réunies en intersyndicale (Solidaires, CGT Forêt, CGT Fnaf, EFA-CGC, l’Unsa, deux organisations FO), ont d’ailleurs démissionné de tous leurs mandats en septembre 2017 pour marquer l’absence totale de dialogue social.

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Dogman et Le poirier sauvage, deux films pour l’été

En salles depuis le 11/07 pour Dogman de Matteo Garrone, depuis le 08/08 pour Le poirier sauvage de Nuri Bilge Ceylan…Deux films qui retiennent l’attention et méritent une pause rafraîchissante dans nos salles obscures. D’une vie de chien à… la vie de famille !

 

D’une vie de chien…

D’abord il y a ces aboiements, cette mâchoire d’un molosse enragé qui vous saute à la figure. Un pitbull blanc, attaché, qui menace celui qui essaie prudemment de le laver. Ça pourrait mal finir. Il faut y aller doucement avec les animaux. Marcello, toiletteur pour chiens à la fois discret et gentil, tient boutique dans une banlieue décrépite du sud de l’Italie. Il sait s’y prendre avec les bêtes, vend un peu de coke pour arrondir les fins de mois et emmène sa petite fille faire de la plongée loin de chez eux dès qu’il peut. C’est un homme bon, un candide, presque, comparé à ses voisins commerçants. Le retour de Simoncino qui vient de sortir de taule, armoire à glace, accro à la cocaïne et à la castagne, ne lui fait d’abord pas peur. C’est l’enfant du quartier, on le tolère. Jusqu’à ce qu’il terrorise tout le monde.

L’auteur de Gomorra (2008) et de Tale of tales (2015) s’est inspiré d’un fait divers pour raconter ce conte social et urbain en forme d’hommage appuyé au néoréalisme italien. La vie quotidienne des petites gens comme elle va, entre fiction et documentaire. Ici, outre le décor majestueux d’un vieux quartier HLM antique comme décroché du monde, c’est la candeur du protagoniste principal qui s’impose comme la carte maîtresse du film : il est de tous les plans et le récit est entièrement filmé de son point de vue. Un rôle de loser dans lequel Marcello Fonte fait merveille et qui lui a valu le prix d’interprétation au Festival de Cannes. Dogman est une auscultation émouvante des zones d’ombre de l’âme humaine et une jolie variation sur l’impasse de la violence.

 

…à la vie de famille

L’erreur majeure serait de se laisser décourager par les trois heures huit minutes du Poirier sauvage, l’équivalent de trois épisodes d’une série lambda. Si l’on connaît le caractère contemplatif du cinéma de Nuri Bilge Ceylan, dont le précédent opus Winter sleep avait reçu la Palme d’or à Cannes en 2014, on connaît aussi sa propension à étirer ou comprimer le temps, une heure-trois heures-cinq heures-finalement c’est pareil… Ainsi qu’à écrire des dialogues à l’infini pour mieux disserter sur l’art, la création, la religion, l’amour au beau milieu des affaires courantes et quotidiennes de la famille, du village, de la société. Au beau milieu d’un écrin somptueux fait de paysages, d’animaux, de lumière et d’amour absolu pour le monde paysan. De retour dans son village natal d’Anatolie, le jeune Sinan, qui a toujours rêvé d’être écrivain, cherche l’argent pour publier son manuscrit, tandis que l’addiction au jeu de son père a plongé toute la famille dans un cycle de dettes sans fin.

De ce scénario minimaliste, Ceylan livre un film magistral d’abord en forme d’hommage à la relation père-fils, au portrait d’un jeune artiste puis au portrait de famille. Il ne choisit pas et traite de tout, prend le risque de se perdre sans se perdre jamais, joue sans crier gare la carte de l’onirisme. Pour rendre son récit accessible par sa capacité à appréhender la complexité des relations, par l’ampleur de sa mise en scène et par la beauté poétique de sa photographie. Ceylan ne surplombe pas son spectateur. Simplement, il ne lâche rien de l’exigence artistique au service d’histoires de jeunes profs diplômés qui deviennent flics par manque de postes, de vieux profs qui s’égarent en jouant aux courses pour essayer de tromper la pauvreté, de puits sans eau et de poiriers sauvages. Dominique Martinez

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En guerre, un film d’action… collective

Après La loi du marché, implacable critique sociale, le cinéaste Stéphane Brizé enfonce le clou avec En guerre. Un drame collectif où Vincent Lindon campe un syndicaliste CGT en lutte contre la fermeture programmée de son usine jugée trop peu rentable. Un film politique, réaliste et captivant.

 

C’est un film d’action. Un film d’action collective, même. Peut-être faut-il commencer par là pour appréhender En guerre, le nouveau film de Stéphane Brizé, qui fut en compétition au Festival de Cannes et désormais sur les écrans. Le pire serait qu’il soit reçu comme un film à charge ou à thèse. Ce qu’il n’est pas. Pas de tendres victimes ou de méchants bourreaux cyniques. Le récit évite toute vision manichéenne et préfère un vrai face à face nourri par une volonté farouche de comprendre ce qui mène des salariés au débordement, à la violence, soudaine et furtive, qui éclate dans des reportages télé.

Les images de salariés en colère, en grève ou en pleine manifestation sur fond de fermeture d’usine sont devenues courantes dans le paysage médiatico-économique ces dernières années. Ici, Perrin Industrie, une entreprise de métallurgie, annonce sa fermeture alors qu’elle fait encore des bénéfices, qu’elle a empoché des aides d’État en vue de développer l’emploi et que les salariés ont accepté de travailler 40 heures hebdomadaires payées 35 pour garder leur job. Ce scénario est un classique de l’action syndicale. Ses détails sont pourtant moins connus du grand public. Stéphane Brizé se saisit de cette parole non tenue, argument dramatique classique par excellence, pour dérouler une trame narrative menée tambour battant. Les salariés ont quatre mois pour mener la bataille et tenter de s’opposer à la délocalisation du site, jugé trop peu rentable par les actionnaires. Une injustice contre laquelle l’État lui-même ne peut rien…

Au-delà du suspense narratif qui tient le spectateur en haleine, le film assume une visée pédagogique et revendique une matière réaliste. Stéphane Brizé a enquêté pendant plusieurs mois et s’est inspiré de la lutte, en 2009, des salariés de Continental emmenés par Xavier Mathieu, ancien délégué syndical crédité au scénario ; de celle des salariés d’Air France qui en étaient venus à déchirer la chemise d’un de leur DRH à la sortie d’un comité d’entreprise mouvementé en octobre 2015 ; de celle des 38 ouvriers de Métal Aquitaine de Fumel, dans le Lot-et-Garonne, qui font encore tourner l’usine qui a servi de décor au tournage. Les impératifs temporels et le cadre institutionnel réels – bataille judiciaire, jeu du dialogue social, tenue des assemblées générales, des grèves et des manifestations – apportent les nuances des deux visions qui s’opposent et rythment savamment cette course contre la montre.

Le récit assume son indignation sur le sort des ouvriers, démolis par la financiarisation de l’économie, mais sa rigueur presque documentaire parvient à déconstruire l’image archétypale du syndicaliste CGT borné. Auréolé du prix d’interprétation à Cannes il y a trois ans pour son rôle de chômeur taiseux et d’employé sidéré par la violence du monde du travail dans La loi du marché, Vincent Lindon endosse ici le costume du leader de la contestation avec une colère et une fierté palpables. Et lorsqu’en pleine réunion de CE, il lance à son PDG « vous en avez un d’boulot, vous ?! », on ne sait plus bien qui s’indigne. Lui ? Son personnage ? Les deux ? Dominique Martinez

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Mai 68 : Henry Chapier, la rue fait son cinéma !

En ce cinquantième anniversaire des événements du mois de mai 1968, fleurissent sur les écrans et dans les librairies moult documents et témoignages. Pour encenser ou disqualifier la révolte citoyenne, étudiante et ouvrière, qui embrasa la France durant plusieurs semaines… Un dossier chaud que Chantiers de culture revisite en laissant la parole, au fil des semaines, à divers acteurs ou personnalités emblématiques qui font retour sur ces temps troublés.

Journaliste, ancien rédacteur en chef de Combat et animateur du célèbre Divan sur France 3, Henry Chapier est un amoureux fou du cinéma. En 2008, avec son élégance coutumière, le directeur de la MEP (Maison européenne de la photographie) nous accueillait en son bureau parisien. Pour nous conter quelques chauds souvenirs de cette année 1968. Des propos qui, dix ans plus tard, ont gardé toute leur saveur… Chantiers de culture les offre à ses lecteurs.

 

Pour la première fois dans l’histoire contemporaine de la société française, la jeunesse est descendue dans la rue : le 14 février 1968, très exactement ! Pour défendre un homme devenu le symbole de la liberté, et de l’amour du cinéma. Ce jour-là, avec l’équipe des Cahiers du Cinéma et les réalisateurs de la fameuse « Nouvelle vague » (François Truffaut, Jean-Luc Godard, Claude Chabrol, Eric Rohmer, Agnès Varda), nous avions décidé d’appeler à une manifestation dans les jardins du Trocadéro pour protester contre l’éviction d’Henri Langlois de son poste de directeur de la Cinémathèque Française. Et la mise sous tutelle de l’État de l’association qu’il avait fondée avec Georges Franju en 1936… En d’autres termes, le cabinet d’André Malraux, alors ministre de la Culture, souhaitait prendre le contrôle de cet espace de liberté pour y placer des fonctionnaires et surveiller le contenu frondeur de la programmation.

 

À l’époque, rédacteur en chef à Combat, j’ai aussitôt ouvert nos colonnes aux grands cinéastes du monde entier, décidés à retirer les copies de leurs films devant cette menace d’étatisation. « Mais de quoi avaient donc peur ces vaillants flics qui nous ont assommés hier soir devant les grilles de la Cinémathèque de Chaillot ? De quelques pancartes dressées à la hâte, de quelques cris désordonnés d’un millier de jeunes scandant « Langlois, Langlois » et « Malraux démission » ? », ai-je donc écrit dans les colonnes du journal le 15 février*. Et de poursuive : « Monsieur Malraux, vous êtes un chef ! Vous avez gagné cette première manche, vous avez répondu à Chabrol, Godard et Truffaut en fendant leurs crânes, en cassant leurs lunettes, en détruisant leurs caméras et en confisquant leurs pellicules… Il est un peu triste d’avoir été ce que vous avez été pour finir dans la peau d’un poujadiste qui fait « tabasser » cinéastes, critiques ou étudiants qui ont l’âge de vos fils et se battent pour le respect des œuvres d’art… Quant à vos fonctionnaires modèles, vous savez les choisir. Il vous reste tout de même pour faire fonctionner la Cinémathèque de « passer à tabac » Fritz Lang, Marcel Carné, Orson Welles et Rossellini ! Ce sera plus difficile ».

 

Rappelons qu’en 1968 la télévision n’avait guère l’impact dont elle bénéficie de nos jours et que le cinéma était, comme l’avait compris Lénine en son temps, un champ d’affrontement des idéologies, un dialogue des cultures et une vitrine des diversités sociales. Le climat étouffant qui régnait en ces dernières années du pouvoir gaulliste agitait les campus universitaires que le combat pour la Cinémathèque stimulait depuis que le jeune Daniel Cohn-Bendit s’était rallié à cette cause. Parallèlement, ce leader turbulent de Nanterre allait créer le Mouvement du 22 Mars qui contenait en germe l’explosion de la rébellion des étudiants dès les premiers jours de mai.

L’utopie matrice s’exprimait pour cette génération par le refus de la société de consommation, ainsi que par l’envie de changer le monde, en libérant l’individu du poids des contraintes morales, sociales et religieuses. Que le cours des événements ait conduit ce mouvement anarcho-idéaliste à être récupéré par les syndicats et les partis politiques de gauche ne change rien à la vérité historique. Personne ne contestera que les accords de Grenelle ont consacré un mieux-être de la classe ouvrière et de milliers de salariés.

 

Au-delà de cet acquis social, et grâce à la révolte des jeunes, Mai 68 aura été une victoire des lettres sur les chiffres et une exaltation des valeurs spirituelles et culturelles qui nous rend nostalgiques aujourd’hui. L’économie de marché, par ses excès, abolit toute velléité de fronde. Cet état de choses comporte d’autres menaces à l’horizon, à savoir des ripostes de plus en plus violentes de certaines catégories sociales. Commémorer ces événements de Mai 68 conduit forcément notre société à faire un sacré retour sur elle-même, à une prise de conscience qui laissera des traces. Propos recueillis par Yonnel Liégeois

*Page 25, in Pour un cinéma de combat (éditions Le passage, 393 pages, 20€) : à travers un choix d’articles, parmi les 6000 critiques publiées entre 1960 et 1978 dans Combat et Le Quotidien de Paris, les partis-pris et coups de cœur d’Henry Chapier en l’honneur du grand écran et des plus grands réalisateurs ! À noter qu’André Malraux fera machine arrière : évincé, Henri Langlois sera réintégré dans ses fonctions à la direction de la Cinémathèque le 22 avril 1968.

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Mai 68 : cinquante ans déjà !

En ce cinquantième anniversaire des événements du mois de mai 1968, fleurissent sur les écrans et dans les librairies moult documents et témoignages. Pour encenser ou disqualifier la révolte citoyenne, étudiante et ouvrière, qui embrasa la France durant plusieurs semaines… Un dossier chaud que Chantiers de culture inaugure avec trois ouvrages majeurs et une originale collection de films. Avant de laisser la parole, au fil du mois, à divers acteurs ou personnalités emblématiques qui font retour sur ces temps troublés.

 

Rues dépavées, voitures incendiées, barricades assiégées, facs et usines occupées, visages ensanglantés… La capitale à feu et à sang, Paris brûle-t-il ?, s’interroge le citoyen de province à cent lieux des émeutes qui secouent le Quartier latin. À l’heure où l’ORTF est en grève, que les journaux télévisés sont pilotés en direct de l’Elysée, seules les radios périphériques commentent les événements. Au cœur de l’action, voix essoufflées entre jets de grenades lacrymogènes et charges des CRS !

Loin de l’effervescence parisienne, entre Cherbourg sa ville natale et l’université de Caen où il est inscrit en section philo, un jeune homme vit aussi des heures chaudes. Mais depuis quelques mois déjà… « À Caen, Mai 68 commence en janvier », se souvient Jean-Pierre Le Goff dans La France d’hier, Récit d’un monde adolescent, Des années 1950 à Mai 68. Avec la réception mouvementée  au cri de « Peyrefitte démission » du ministre de l’Éducation nationale venu inaugurer la nouvelle fac des Lettres le 18 janvier et, quelques jours plus tard, la grève illimitée votée par les 1500 ouvriers de l’usine Saviem de Caen. Le 26 janvier, la manif ouvrière, que les étudiants ont rejointe, tourne à l’émeute. Des affrontements qui durent toute la nuit, plus de 200 blessés, une répression policière qui suscite une large indignation. « Des triques à la mode de Caen », titre Le Canard Enchainé en première page ! Plus sérieusement, l’éditorialiste du quotidien Ouest-France constate que « pour la première fois à Caen, des jeunes sont descendus dans la rue. Avec des pierres dans les mains et des boulons dans les poches ». Et de poursuivre : « Dévalorisés à l’usine, ces jeunes ont voulu vendredi se valoriser dans la violence […] Il est urgent de prendre conscience de l’impatience de tous ces jeunes, impatients à vingt ans de mordre au fruit d’une vie dont on ne cesse de vanter le progrès ! Déçus trop longtemps, ils finiront par se croire collectivement victimes d’un mirage. Et ils viendront dire à leurs aînés qu’on leur a menti ». La mèche est allumée, les meneurs autoproclamés du printemps parisien, « juif-allemand » ou maoïste, n’ont toujours pas accaparé les feux des projecteurs, désormais plus rien ne sera jamais comme avant !

Qu’on se le dise et avant tout qu’on le lise, « La France d’hier » est un grand livre ! Pas seulement parce qu’il narre les événements de mai 68 d’un regard décalé, surtout parce qu’il les replace dans le contexte généralisé d’une France en pleine mutation, en plein basculement d’une époque l’autre où tous les repères générationnels hérités de l’après-guerre, éthiques – politiques – économiques, arrivent à saturation. Un modèle social s’effondre, la frustration est  son comble. Et si l’impossible devenait possible : vivre dignement, partager les fruits de la croissance, libérer la parole, proclamer l’égalité des chances à l’école, briser les chaînes de l’usine ? À travers son parcours singulier d’un adolescent de province, Jean-Pierre le Goff en sociologue avisé nous conte de l’intérieur ce basculement sans retour dans un autre monde. Au lendemain de la guerre d’Algérie et en pleine guerre du Vietnam, entre catéchisme et premiers baisers volés, « les débuts de la grande consommation et des loisirs de masse, le livre de poche, le cinéma, la publicité, les lumières de la ville, le quotidien des femmes, le yéyé »… Une plongée fascinante, non sans humour et tendresse, dans cette France d’antan que la ménagère de moins de cinquante ans n’a pu connaitre, un document passionnant pour les survivants de ce temps révolu auxquels Le Goff offre une seconde jeunesse !

 

Et l’historienne Ludivine Bantigny, enseignante à l’université de Rouen Normandie, de lancer un autre pavé dans la mare avec la publication de 1968, de grands soirs en petits matins, un titre en hommage au fameux film de William Klein, tourné au jour le jour en ces heures chaudes ! Dès 1967, les braises sont ardentes, les disparités flagrantes, les grèves fréquentes. La production stagne, le chômage s’accroit, « fin 1967 à Longwy, les moins de 25 ans représentent désormais 50% des demandeurs d’emploi contre 25% deux ans auparavant […] Plus de 5 millions de Français vivent sous le seuil de pauvreté et 2 millions de salariés gagnent moins de 500 francs par mois, soit l’équivalent de 750 euros ». Non, contrairement au célèbre éditorial du quotidien Le Monde, la France ouvrière ne s’ennuie pas en ces années-là : elle souffre, galère, courbe l’échine et ne dit mot, se révolte parfois. À la Rhodiaceta de Besançon en février-mars 67, en Guadeloupe aux mêmes dates, aux chantiers navals de Saint-Nazaire en avril, pour ne citer que les conflits les plus emblématiques et au retentissement national… À l’unisson de Le Goff, en ce mois de janvier 68, « Caen fut « banc d’essai » et rampe de lancement », note la chercheuse aux premières pages de son volumineux ouvrage. De premiers liens se tissent entre monde ouvrier et monde étudiant, ténus et fragiles. Les jeunes de la fac sont souvent marqués par une idéologie d’extrême-gauche, les jeunes à l’usine les considèrent pour beaucoup comme des « favorisés, des fils de bourgeois ». Si la population étudiante a explosé (500 000 en 1968, 100 000 vingt ans plus tôt), il n’empêche : les enfants d’ouvriers ne représentent que 10%, les enfants de paysans 7%… Pas étonnant donc que les deux mondes se toisent, s’épient, s’observent ! Hors les outrances des uns, les jeux de mots douteux des autres, la rencontre se fera pourtant au fil des événements.

C’est le grand mérite du livre de Ludivine Bantigny : quitter le pavé parisien et plonger dans les archives pour s’en aller explorer les chemins de province. Partout où ça bouge, ça parle, ça lutte… Elle déroule « l’événement 68 » pour montrer en profondeur ce qui change : l’avénement, l’éclosion d’un temps nouveau où chacun prend le temps de se parler, de se rencontrer, de se connaître et se reconnaître en de communes aspirations ! Ce qui compte, au final ? « Le temps d’un printemps, l’événement a renoué avec la démocratie du quotidien, il a bouleversé des existences », conclue l’historienne. « Il a rendu palpable le spectre d’autres avenirs, renoué avec l’hypothèse de la révolution en la rendant tangible et possible, fait de l’imagination une action. Le travail, les métiers, la culture, l’âge, l’art, le corps et la sexualité, le temps même y ont été repensés ».

 

Un bouleversement dont témoigne à juste titre Mai 68 par celles et ceux qui l’ont vécu ! Une démarche inédite, comme surgie de l’imaginaire de soixante-huitards sur le retour : enfants, jeunes et adultes, étudiants et ouvriers, salariés ou professions libérales de tout bord, reprendre fil avec leur mémoire et témoigner de « leur » Mai 68… Sans filtre, sans censure, en dix lignes ou trois pages, juste leurs récits organisés et coordonnés par trois universitaires, spécialistes de cette époque ( Christelle Dormoy-Rajramanan, Boris Gobille et Erik Neveu). « C’est un livre d’histoire, d’histoires au pluriel », précisent les trois chercheurs dans la préface, « écrit par des anonymes. Tel est le premier pari du livre : redonner la parole à celles et ceux qui en ont été privés au fur et à mesure des commémorations décennales ». Et de poursuivre : « les témoignages rassemblés ici, dans tout leur bariolé, disent à hauteur d’homme, à hauteur de femme, à hauteur d’enfant, ce que fut la chair concrète de l’événement ».

Une affirmation qui se vérifie au fil des pages. Le Havre, Valenciennes, Dijon, Niort, Poitiers et tant d’autres villes, quartiers cossus ou banlieues ouvrières, fils à papa ou femme au foyer, acteur chaud bouillant ou spectateur atterré, employée des postes ou animateur culturel : ils viennent de partout et parlent de tout. Surtout, quelle que soit leur appréciation finale, victoire ou défaite, de « leur » Mai 68, du comment et pourquoi ces quelques semaines hors norme ont chamboulé, transformé leur existence. À jamais. Un livre aux senteurs poétiques et sensuelles quand l’ordinaire se révèle extraordinaire, des pages libérées de toute langue de bois à picorer au fil du quotidien pour que perdure le bonheur du dire ensemble. Yonnel Liégeois

À voir, le 02/05 sur la chaîne Toute l’Histoire à 20h50 : Les racines de mai, un documentaire de David Martin (60mn). Bien avant le fameux printemps, le film révèle combien la colère grondait dans le pays dès 1967 ! En compagnie des deux historiens Ludivine Bantigny et Xavier Vigna, retour sur les faits au côté des ouvriers de Massey-Ferguson et des cheminots de Lille.

 

Le cinéma de Mai 68

En deux coffrets superbement agencés (Une histoire et Un héritage), les éditions Montparnasse nous offrent une fantastique plongée dans Le cinéma de Mai 68 ! Si chanteurs et comédiens ont franchi les portes des ateliers à l’occasion des occupations d’usines, les cinéastes y ont aussi braqué leurs caméras. Du cinéma militant et partisan, certes, mais révélateur d’une démarche, d’un projet : filmer de l’intérieur, être partie prenante de l’Histoire en train de se faire. Du « Premier mai à Saint-Nazaire » à « Citroën-Nanterre », pour beaucoup des films « inestimables, rarement montrés, voire occultés », commente Patrick Leboutte, le coordinateur du projet.

Un printemps du cinéma qui dévoile Mai 68 sous tous ses aspects : ouvrier, paysan, étudiant. Qui se poursuit, dans le second coffret, avec l’objectif braqué sur le collectif Cinélutte opérant de 1968 à 1978, « symbolisant à lui tout seul tous les enjeux de la période et offrant quelques uns de ses plus beaux films du cinéma militant ». Des titres emblématiques ? « Le joli mois de mai », « Oser lutter, oser vaincre », « La reprise du travail aux usines Wonder » ou dix minutes d’intensité dramatique folle selon les propos de Jacques Rivette… Avec, en prime, « Reprise », le fameux film d’Hervé le Roux tourné trente ans plus tard : « Cette femme à la reprise du travail, comme une reprise de justice, j’ai décidé de la retrouver car elle n’a eu droit qu’à une seule prise et je lui en dois une deuxième ». Une précieuse collection, à offrir ou s’offrir. Y.L.

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Van der Linden, la liberté qui dérange

Il est des artistes qui bousculent, tant ils interrogent nos consciences comme nos inconsciences. Anne Van der Linden en fait assurément partie. Elle s’expose jusqu’au 28 avril à la Galerie Corinne Bonnet. À ne pas manquer !

 

Avec « Zoo », la peintre Anne van der Linden expose, à la galerie Corinne

Totem, Co Avdl

Bonnet, un bestiaire tout à la fois étrange, déroutant et fascinant, mêlant encres de Chine et peintures. Pour exemple, son « Totem » nous montre une tête de cerf au regard doux, surmontée d’une femme nue impassible bien que prise entre ses bois, tandis qu’un oiseau la chevauche à l’envers. Qu’en penser ? Que c’est assurément beau dans la composition, où la verticalité et la rondeur s’accouplent à merveille dans des couleurs chaudes, surprenant dans le sens « La femme serait-elle irrémédiablement coincée entre deux mâles, fussent-ils d’une autre race ? », et il faut croire dérangeant. Message de l’artiste Anne Van der Linden, le 9 avril dernier, sur Facebook : « Le compte de la galerie Corinne Bonnet étant suspendu pour la 2e fois depuis le début de mon exposition Zoo du fait de photos censurées, je ne savais pas que mon travail était aussi dangereux!!!! ». Pour l’occasion, elle affiche son « Emboucaneuse » qui n’est

Nostalgie, Co Avdl

autre qu’une femme oiseau verte à la poitrine ferme, mangeant le cerveau d’un homme moustachu, nu mais en chaussettes.

Le puritanisme à l’assaut des réseaux

« Si elle a l’art de la provocation, elle l’appuie avec humour », explique la galeriste Corinne Bonnet. Qui doit contourner la censure sur Internet pour la promouvoir, en affichant une encre splendide, « Nostalgie ». Là, un singe souriant, cueillant des pommes, a la main posée sur la tête d’une jeune femme blottie contre lui, le regard vide. Ici encore, que penser de l’allégorie ? Cette femme serait-elle triste de s’être éloignée de sa condition animale ? Sans doute. En attendant, Corinne Bonnet légende l’œuvre d’un post nerveux : « La femme n’est pas à poil, le singe oui, gageons que cette image sera raccord avec la cravate de Zuckerberg et les standards de la

Le perchoir, Co Avdl

« Communauté » puisque les autres sont censurées. Sinon bye bye, la prochaine fois j’en prends pour un mois. Ça me fera des vacances (…) ».

Des aficionados tenaces

Mais si Anne Van der Linden fait souvent les frais d’une censure mal placée, elle peut compter sur des collectionneurs hors pairs comme ce couple, déjà doté d’une dizaine d’œuvres, venu acheter un nouveau tableau. « Modestes mais hyper cultivés », aux dires de Corinne Bonnet, ils ont chez eux une pièce consacrée à l’artiste. Un jour, alors que leurs petits-enfants débarquaient, ils se sont demandé s’ils devaient verrouiller le cabinet. Ils ont laissé les portes ouvertes et les mômes ont pu causer des toiles en toute liberté. Finalement, c’est sûrement ça la magie un brin explosive de la peintre : nous livrer ses visions sans explications comme un « Jardin des délices » à la Jérôme Bosch devant lesquelles petits et grands n’ont pas fini de rêver. Amélie Meffre

 À noter :

Le jeudi 19/04 à 20h, Anne Van der Linden invite le réalisateur Pascal Toussaint à projeter à la galerie Corinne Bonnet son film « Les intestins dionysiens d’Anne van der Linden » et une sélection de ses « Tablovidéos » réalisés en 2017 . Entrée libre

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