Archives de Tag: Humour

Que c’est beau, c’est beau la vie !

Fin juillet, je rentre de vacances. Après la mer bleue, une semaine au festival d’Avignon, je ramène des images et des idées plein la tête !
J’ouvre la porte. Ci-gît une lettre du propriétaire me donnant congés : il veut vendre la maison. Je fais trois pas. Drôle d’odeur, les WC sont bouchés… Dans la cuisine, ça goutte, c’est la canalisation de la baignoire du haut qui fuit. J’allume le néon : il est grillé, plus encore quelques ampoules, ici ou là. Je cherche un plombier. La connexion internet ne fonctionne plus. Je prends le téléphone, pas de réseau.

Sans parler de la limite atteinte du découvert autorisé, du chat qui est trop maigre (il n’aime pas les nouvelles croquettes), du chien qui a des tiques, de l’aquarium qui manque d’eau, des piles de la télécommande de la télé qui sont HS (peut-on vivre sans BFM ?)… Sans parler aussi des factures impayées, du linge sale quand il n’y a plus de poudre à lessive alors que le frigo est vide et que même le rosé n’est pas au frais ! Enfin, il y a cette foutue balance sur laquelle je n’aurais pas dû monter ! Alors, je cherche la corde pour me pendre : impossible de mettre la main dessus.
Hier soir, dans mon jardin, de désespoir, je hurlais à la lune mais je n’ai pas pu continuer, maudite éclipse ! Jacques Aubert

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Samuel Gallet et l’état du monde, Avignon 2018

Avec La Bataille d’Eskandar, le collectif Eskandar se saisit à bras le corps du texte de l’un de ses membres, Samuel Gallet. Sous couvert d’humour noir, une vision implacable du chaos de notre monde. Sans oublier Criminel, Lettre à un soldat d’Allah et Stand up, rester debout et parler.

 

Samuel Gallet, d’ailleurs, n’hésite pas à payer de sa personne sur le plateau, et cela avec un plaisir évident, comme s’il savourait ses propres mots. Pour l’accompagner dans cette entreprise – une véritable bataille comme le stipule le titre, La Bataille d’Eskandar – on retrouve Pauline Sales pour le jeu, Aëla Gourvennec et Grégoire Ternois pour la composition et l’interprétation musicale. Il n’en fallait pas moins pour parvenir à mener à bien la difficile mission de rendre justice à un texte qui oscille entre différents registres d’écriture. Qui passe de la narration dramatique aux envolées poétiques sans crier gare, se développe dans un imaginaire parfois débridé, voire extravagant, pour répondre avec une ardeur de tous les instants à une volonté de vie inexpugnable. Que l’on veuille ou non, et le personnage principal à qui Pauline Sales prête corps et âme avec une belle autorité l’avoue clairement, « La

©Tristan Jeanne-Valès

vie me prend à la gorge chaque matin. Me plaque contre les murs. M’agresse soixante fois par minute… ».

Tout est dit, le ton est ainsi donné dans sa rythmique et sa tension implacables. Une envolée dans un imaginaire débridé, seul refuge sans doute pour cette femme harcelée par les huissiers et qui s’en va donc explorer d’autres univers dans lequel, parmi les animaux d’un zoo laissé à l’abandon, on trouve un certain Thomas Kantor dont le nom évoque bien évidemment le grand metteur en scène polonais (Tadeusz Kantor) et sa Classe morte. Le quatuor d’Eskandar nous renvoie ainsi avec autorité, et subtilité, au chaos de notre monde. Une vision implacable qui sait faire la place à une sorte d’humour noir, le masque d’une douleur profonde. Jean-Pierre Han

Jusqu’au 29/07 à 21h15, Théâtre des Halles.

 

À voir aussi :

– Criminel : Jusqu’au 27/07 à 12h05, Théâtre Artéphile. Libéré après quinze ans de prison, Boris sort sans illusion, ni colère et rancoeur. D’un regard l’autre, les plus perturbés sont les amis, les proches, condamnés à le revoir, lui parler, se confronter… Un texte percutant, écrit et mis en scène par Yann Reuzeau, brûlant d’humanité et transcendant le fait divers. Yonnel Liégeois.

– Lettre à un soldat d’Allah : Jusqu’au 29/07 à 14h, Théâtre des Halles. Mis en scène par Alain Timar, le réputé patron des lieux, le texte de l’auteur algérien Karim Alouche est sous-titré « chroniques d’un monde désorienté ». Un jeune homme (convaincant Raouf Raïs) s’adresse à un ami d’enfance devenu djihadiste. Plus qu’un plaidoyer en faveur de la laïcité, le refus de l’intolérance, de l’obscurantisme et du fanatisme, la foi en des valeurs et des idéaux qui ont pour nom justice, raison, liberté, art et poésie. Yonnel Liégeois

– Stand up, rester debout et parler : Jusqu’au 27/07 à 20h20, Théâtre 11-Gilgamesh Belleville. Qu’elle parle ou chante, Alvie Bitemo n’est point femme à se taire face à l’injustice ou au racisme. Qui, entre trois notes de musique et la prise à partie du public, déclame haut et fort ses convictions : qu’est-ce qu’être une femme noire en France aujourd’hui, en outre actrice ? Avec humour et talent, l’artiste d’origine congolaise distille et suggère quelques gouleyantes réponses. Yonnel Liégeois

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Didier Ruiz et le genre… théâtral, Avignon 2018

Avec Trans (més enllà), Didier Ruiz propose un étrange spectacle au public avignonnais. Les paroles fortes et bouleversantes de sept transsexuels, entre témoignage et curieux objet théâtral. Sans oublier Pulvérisés à Présence Pasteur, La guerre des salamandres à Villeneuve-en-Scène et Je délocalise au Théâtre de l’Ange.

 

Didier Ruiz, par sa manière d’envisager et de pratiquer son activité, occupe une place bien particulière au cœur du monde théâtral. Son avant-dernière production notamment, Une longue peine, nous en donne une idée bien précise : il avait recueilli les paroles de personnes ayant connu la prison mettant l’accent sur la question de l’enfermement. Avec Trans (més enllà) il poursuit son exploration de l’enfermement, mais cette fois-ci saisie (et mises au jour) dans les corps mêmes des personnes présentes sur scène. Soit cette fois-ci sept témoins choisis parmi de nombreux autres (c’est sans doute là d’ailleurs, dans ce choix, le premier acte théâtral de Didier Ruiz). Sept personnes donc, sept transsexuels barcelonais, quatre femmes et trois hommes de 22 à 60 ans invités à parler sur le plateau de leur vécu, de leur expérience, ce qui ne leur confère en rien, en tout cas comme peut le concevoir le public, le statut de comédien.

À moins que… Mais la question est bien celle-ci : sommes-nous au théâtre, et si oui, quels sont les éléments qui nous y mènent ? Question oiseuse ? Mais puisqu’il est question ici de genres (de transgenres), jouons sur les mots, et parlons du genre de l’objet présenté sur scène… Sommes-nous devant un objet théâtral ? Cette interrogation évacuée, reste ce qui est l’ordre du témoignage, mis en scène (mais oui) avec délicatesse et pudeur par Didier Ruiz aidé pour l’occasion par le chorégraphe Tomeo Vergès, dans une scénographie élégante d’Emmanuelle Debeusscher. Seules quelques animations visuelles et sonores viendront apporter une respiration entre les témoignages des uns et des autres. Pas de pathos, une parole simple et d’autant plus forte émise par les témoins immobiles face au public. Histoires bouleversantes, certes, que l’on imagine choisies parmi bien d’autres, sans doute tout aussi bouleversantes. On est saisi, mais au final on se demande s’il faut vraiment applaudir. Car enfin, qu’applaudit-on au juste : la « performance » des témoins ? Leur courage ? On ne sait trop. Jean-Pierre Han

Jusqu’au 16/07 à 22h, Gymnase du Lycée Mistral.

 

À voir aussi :

– Pulvérisés : Jusqu’au 29/07 à 16h40, Présence Pasteur. Nous connaissions « Le travail en miettes » du sociologue américain Georges Friedmann, il nous faudra désormais compter avec « Pulvérisés », le texte de la roumaine Alexandra Badea mis en scène par Vincent Dussart. Sur les planches quatre personnages sans nom, juste un sexe et une fonction : deux femmes (opératrice de fabrication à Shanghai, ingénieure d’études et développement à Bucarest) et deux hommes (responsable Assurance Qualité sous-traitance à Lyon, superviseur de plateau à Dakar) qui nous confient 24H de leur vie. Les comédiens se font porte-parole de ces inconnus que rien ne relie et que tout pourtant rapproche : aux quatre coins de la planète, mêmes illusions et déconvenues dans le labeur quotidien, mêmes souffrances et misères du monde pour chacun, qu’ils soient cadre supérieur dans les assurances ou petite main chinoise dans une usine de textile. Un chœur des lamentations contemporain, un regard sans concession sur notre humanité en faillite qui, paradoxalement, nous incitent plus à la rébellion qu’à la soumission. Yonnel Liégeois

– La guerre des salamandres : Jusqu’au 22/07 à 19h, Villeneuve-en-Scène. Robin Renucci, le directeur et metteur en scène du CDN Les Tréteaux de France, s’empare des salamandres du tchèque Karel Kapech, décédé en 1938 peu de temps avant son arrestation programmée par la gestapo. Un texte teinté d’un certain humour noir, une charge virulente contre le national-socialisme en particulier et féroce contre la folie humaine en général ! « L’esclavage auquel conduit la cupidité des hommes dans un capitalisme sans frein est au centre de l’œuvre où l’on peut lire aussi une fable écologique », commente le metteur en scène, « ce que nous vivons actuellement avec le dérèglement climatique, la désertification de régions entières, la fonte des glaces et la montée des mers, tout est déjà là, traité par la fiction. Čapek, comme Tchekhov en d’autres temps et lieu, dépeint un monde au bord de la destruction dans lequel des personnages aux forts caractères s’estompent peu à peu pour laisser percer la marche inéluctable vers l’abîme ». Yonnel Liégeois

– Je délocalise : Jusqu’au 28/07 à 14h40, Théâtre de l’Ange. Héritier de Devos ou Desproges, Albert Meslay se joue des mots avec intelligence, et impertinence ! Le cheveu rebelle, sous ses insolentes bacchantes, truculent pince-sans-rire, il distille son humour noir et décalé entre trois ou quatre bonnes vérités pas toujours agréables à entendre pour les bien-pensants engoncés dans leur costume-cravate. En ce cru 2018, en pleine crise européenne, il a prévu de délocaliser sa petite entreprise d’humoriste : pour écrire ses sketches, il s’est entouré d’auteurs comiques issus de pays émergents, de préférence à monnaie faible ! Succès garanti, à moindre coût, le rire en sus surtout. Yonnel Liégeois

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L’Aquarium en eaux troubles, Avignon 2018

Les lieux sont bien connus du grand public, parisien ou non : L’Aquarium, L’Épée de bois, Le Soleil, La Tempête… Des noms de théâtre emblématiques implantés à la Cartoucherie, cet ancien entrepôt militaire, que des illuminés de la scène squattèrent au lendemain de mai 68 à la force de leurs bras et à coups de truelles ! La pérennité du Théâtre de l’Aquarium est menacée, avant qu’elle ne touche peut-être les autres sites. Un large pan de notre histoire culturelle, et populaire, risque de disparaitre. D’un trait de plume, en connivence entre Ville de Paris et ministère de la Culture.

Chantiers de culture alerte et se fait le passeur de l’Appel de l’équipe de L’Aquarium. Spectateurs, artistes, responsables culturels, acteurs du théâtre public et privé, tous rassemblés en Avignon : à vous de faire entendre votre voix ! L’heure de vérité a sonné : réagir et protester, ou se taire et envoyer son dossier ? Sans oublier d’aller applaudir Les mandibules à l’ancien Grenier à sel et Les gravats à la Fabrik Théâtre. Yonnel Liégeois

 

À l’heure où l’on choisit son maillot pour aller s’exposer sur les plages, où artistes comme public se préparent pour le Festival d’Avignon, la Ville de Paris, en accord avec le ministère de la Culture, a fait paraître le 13 juin un « Appel à projet en vue de l’exploitation de l’ensemble immobilier n°4 du site de la Cartoucherie ». Le nommé « ensemble immobilier n°4 », c’est le Théâtre de l’Aquarium : 46 ans d’histoire balayés par une ordonnance européenne entrée dans le droit français en avril 2017, qui induit que l’Aquarium, bâtiment loué à la Ville (mais non subventionné par elle), était libre pour qui (artiste ou non) aurait un projet « d’exploitation » après le départ en décembre 2018 de son actuel directeur François Rancillac. Open bar à tous les investisseurs… ! Le contenant prend le pli sur le contenu. 46 ans mis dans les cartons d’un coup. Une équipe dépossédée de sa substantifique moelle laissée là dans ses murs en attente d’un repreneur.

Depuis septembre, la compagnie Théâtre de l’Aquarium était en phase de négociation avec le ministère de la Culture pour la succession de François Rancillac, afin d’assurer la continuité (les directions précédentes ont été choisies avec le ministère, à partir des artistes que l’Aquarium avait présélectionnés comme étant les plus à même d’en réinventer l’aventure). De ce choix organique, de ce dialogue rapproché, il n’en est plus question. Cette fois, l’association a juste eu le temps de lire l’appel à projet qu’il était déjà publié, sans concertation, alors que des points cruciaux étaient encore en pourparlers. Un « nouveau monde » prendra place dans le décor historique du « Bâtiment 4 » construit à la force du poignet par ses fondateurs qui, truelle à la main, ont transformé cet espace laissé à l’abandon dans les années 70 en théâtre de création. Mais ça, c’était avant, dira-t-on en ces temps de réformes…

Donc, c’est officiel. Porte ouverte aux amateurs de tout poil qui ont à peine un mois pour déposer leur dossier (échéance au 27 juillet) : juste avant les vacances d’août, pendant le Festival d’Avignon… Qui est disponible pour réinventer ce lieu avec une équipe en place ? Qui est dans les starting-blocks pour séduire le jury de septembre ? Un jury « équitable » : 4 représentants de la Ville, 4 du ministère, 3 de La Cartoucherie (Ariane Mnouchkine du Théâtre du Soleil, Antonio Diaz Florian du Théâtre de l’Épée de Bois, Clément Poirée du Théâtre de la Tempête) et 1 des fondateurs de l’Aquarium ou son représentant légal. Il risque d’être bien seul, ce Don Quichotte au grand cœur qui se battra pour que se poursuive cette belle histoire de théâtre, fort de ses convictions et de son expérience après deux changements de direction tonitruants (en 2001 et 2008) et la bataille pour défendre l’Aquarium en 2015.

Qu’est-ce que cela raconte ? Comment réagir ? Que dire ? Rien dire ? C’est déjà heureux qu’il y figure, ce fondateur ou son représentant (il a fallu le négocier)… Aura-t-il un quelconque pouvoir ? Que peut-il faire contre des silences, des non(m)s dits, des batailles souterraines ? Qui seront les futurs repreneurs (artistes ou administratifs ou…) qui redonneraient une nouvelle identité à ce lieu ? Avec quel projet ? Le nom même du Théâtre disparaîtra-t-il ? Est-ce que ces mêmes règles que l’Aquarium doit avaler comme des couleuvres seront encore appliquées aux prochains sur la liste ? Qu’est-ce que cela augure pour La Cartoucherie ? Ariane Mnouchkine devra-t-elle aussi s’y plier ? « Quand même pas » nous dit-on, en haut lieu – et heureusement ! Alors, pourquoi l’Aquarium ? Sourires gênés… Décidément, rien n’est simple pour ce théâtre-là !

Quid de la culture ? Mystérieux ministère qui laisse une décision patrimoniale prendre le pas sur une politique culturelle… Pour mieux reprendre la main ? Le silence fait loi. Il faut attendre septembre… Actuellement, le désarroi règne à l’Aquarium, car tout se joue en dehors de cette association loi 1901 qui a fait la réputation de ce théâtre. Cette belle maison de création aura-t-elle le même avenir que la Cerisaie ? L’été passera sans faire de vague et la rentrée sera peut-être houleuse. Tout du moins douteuse… Est-ce que l’Aquarium pourra prendre la vague d’automne sans se fracasser ? Il fallait le faire partager, ce sentiment. Se taire, c’est tout accepter ! Nous espérons néanmoins un projet majestueux, fort et durable pour ce magnifique Théâtre de l’Aquarium !

L’équipe du Théâtre de l’Aquarium, le 13/07/2018

 

À voir aussi :

Les mandibules : Jusqu’au 28/07 à 10h, Théâtre Grenier à sel-Ardenome. Les Walter et les Wilfrid adorent passer à table ! Au menu, toujours plus de viande, de gras et de graisse… Un seul mot en bouche pour ces accros à la bonne chair, ces acharnés des mandibules : se gaver, c’est la vie ! La nourriture pour oublier, noyer la peur du lendemain, et si la viande venait à manquer ? Depuis plus de vingt ans, Patrick Pelloquet se nourrit de l’œuvre de Louis Calaferte, une nouvelle fois le metteur en scène nous en livre une version à l’humour et l’ironie mordantes. Une comédie salée, avis aux pique-assiettes ! Dans un lieu mythique, une ancienne bâtisse du XVIIIème siècle classée aux Monuments historiques et résidence pour la dernière année des troupes de la région Pays de Loire, rachetée par le fond de dotation Edis et ridiculement rebaptisée. Yonnel Liégeois

Les gravats : Jusqu’au 24/07 à 11h, Fabrik Théâtre. Les amis et compères Bodin et Hourdin sont depuis longtemps fichés par les lecteurs des Chantiers de culture ! Deux saltimbanques à la fréquentation bienfaisante, à l’humour décapant et d’une intelligence décoiffante, amoureux des tréteaux et du théâtre populaire comme l’entendaient Vilar ou Vitez… Deux bons petits vieux – Jean-Pierre Bodin et Jean-Louis Hourdin – qui, en compagnie de leur commère Clotilde Mollet, nous proposent une saine, grave et hilarante réflexion sur la vieillesse. Faisant leur les propos d’Elbert Hubbard, « Ne prenez pas la vie au sérieux, de toute façon vous n’en sortirez pas vivant », pour évoquer ces temps de crépuscule à l’heure où la tête et les jambes ne sont plus qu’un vulgaire tas de gravats dans le regard des puissants, bien pensants et bien portants. Alerte aux jeunots, en marche conquérante pour écraser humains et acquis des générations passées, bêtise et décrépitude ne squattent pas forcément et uniquement les maisons de retraite ! Yonnel Liégeois

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Mai 68 : Jacques Aubert, que s’est-il vraiment passé ?

En ce cinquantième anniversaire des événements du mois de mai 1968, fleurissent sur les écrans et dans les librairies moult documents et témoignages. Pour encenser ou disqualifier la révolte citoyenne, étudiante et ouvrière, qui embrasa la France durant plusieurs semaines… Un dossier chaud que Chantiers de culture revisite en laissant la parole, au fil des semaines, à divers acteurs ou personnalités emblématiques qui font retour sur ces temps troublés.

Que s’est-il vraiment passé en Mai 68 ? C’est un peu tiré par les cheveux, mais je peux vous en parler savamment. À l’époque, je tenais un salon de coiffure sur le Boulevard Saint-Germain. En fait, tout a commencé avec l’invention de l’effilage au rasoir qui eut pour effet une augmentation du prix de la coupe de cheveux. Ce qui entraîna une désertification des salons de coiffure, ce qui eut pour conséquence une augmentation de la longueur des cheveux des plus démunis, et en premier lieu des jeunes, qu’ils fussent étudiants ou pas.

Les ouvriers, en ces temps-là, propres sur eux et cravatés, ne cédèrent pas à cette tentation. Voulant rester les oreilles dégagées, ils réclamèrent que les employeurs prissent en compte l’augmentation du merlan*. Le patronat s’y refusa, arguant qu’il ne pouvait être tenu responsable du dynamisme capillaire de la classe ouvrière. Une réponse qui engendra un certain mécontentement chez les salariés de tout poil. Chez les étudiants aussi, la grogne allait crescendo. Les loustics ne comprenaient pas qu’on leur interdise le dortoir des filles, vu qu’eux-aussi avaient besoin du peigne démêlant pour leur tignasse. Si certains recteurs allèrent jusqu’à dire qu’il s’agissait là d’un prétexte, la suite ne tarda pas à démontrer qu’ils se mettaient le bigoudi dans l’œil. De Gaulle, qui présidait la France depuis une dizaine d’années et qui était chauve, ne comprit pas la nature du conflit et au lieu d’envoyer les tondeuses, il déploya ses CRS. Qui, la tête trop près du casque, ne trouvèrent rien de mieux que d’empoigner les jeunes par les cheveux pour leur crêper le chignon !

Les ouvriers, c’est congénital, dès qu’il voit un cogne taper sur quelqu’un, fusse-t-il jeune, instruit et velu, ça les défrise ! Bientôt, au comble de la protestation, les étudiants cabossés refusèrent d’aller en cours et les prolos, mécontents et colériques, n’allèrent plus travailler non plus. De Gaulle, dans l’espoir de mater tout ça, mit son képi sur sa tête et s’en alla voir le Général Massu qui, bien qu’il ait lui-aussi la boule à zéro, possédait quelques chars. La tentation fut grande d’envoyer deux trois obus sur les gueux, mais vu qu’il ne sortait plus rien des usines et que si l’on massacrait les prolos, il n’en sortirait pas d’avantages, le patronat préféra négocier. C’est Georges Pompidou, un moins chauve que les autres et Premier ministre, qui s’en chargea. À Grenelle, ce fut « Je te tiens, tu me tiens par la barbichette ».

La broussaille sourcilleuse d’un Pompidou n’empêcha point Jojo, Séguy le syndicaliste tout rougeaud qu’il était, de frisoter de la tonsure sur un avenir meilleur et il fallut lui céder du terrain. Entre autres choses, il obtint l’augmentation de la prime de coiffure pour tous et les étudiants, même mal coiffés, furent autorisés à tenir les filles par la main. C’est alors que De Gaulle eut du cran ! Rappelant qu’à la Libération lui-aussi avait eu la raie sur le côté, il demanda aux gens s’ils l’aimaient encore. Il se trouva une majorité, dont les cheveux s’étaient dressés sur la tête à la vue des barricades, pour dire que oui, au fond, oui, ils l’aimaient encore et ce fut la fin de 68. À partir de là, chacun eut les cheveux qu’il voulait et la maison L’Oréal, qui fabriquait des shampoings, devint la plus riche entreprise du monde. Jacques Aubert

*À la grande époque des perruques, les coiffeurs qu’on appelait « perruquiers » devaient poudrer les dites perruques pour en masquer la crasse (on n’utilisait pas d’eau pour ne pas décranter la perruque). Les coiffeurs vaporisaient abondamment la poudre sur le client qui se masquait le visage avec une sorte de cornet en papier. Résultat ? Le coiffeur se retrouvait tout « enfariné ». Comme les petits poissons prêts à frire, les fameux merlans !

 

68, année érotique

Tel est le titre du documentaire de Claude Ardid et Philippe Lagnier, diffusé le 25/05 à 22h25 sur France 3 ! Avec le plaisir d’y découvrir la contribution de notre ami Jacques Aubert : « J’y fais une apparition mais je ne sais si c’est pour mes connaissances sur le sujet ou, justement, pour mon absence de connaissances… En fait, je ne sais rien et pour moi aussi, ce sera la surprise. Si je fus filmé et interviewé longuement, chez moi et à la fête de l’Huma, j’ignore ce qu’au montage le réalisateur a décidé de garder. Et, surtout, ce qu’il a bien voulu retenir de tout ce que j’ai raconté… ! ».

En tout cas, l’affiche s’annonce alléchante à la lecture de la présentation qu’en fait la chaine publique. « Une autre révolution a eu lieu en 68 : celle des mœurs. Virginité, fidélité, mariage : les tabous d’après-guerre sont bousculés. Les slogans politiques ont été oubliés, mais l’émancipation sexuelle est restée. Des Français anonymes racontent leur « année 68 ». Ils étaient étudiants, lycéens ou déjà dans la vie active. Leurs témoignages se mêlent aux archives pour restituer l’ambiance de l’époque. Une belle rétrospective, riche en témoignages souvent drôles, parfois bouleversants, qui permet de réaliser le chemin parcouru jusqu’à aujourd’hui et les combats menés. Des récits relatés avec une grande liberté de parole et de nombreuses images d’archives transportent le téléspectateur au cœur de cette époque fascinante ». Cul nu ou pas, seul(e) ou à plusieurs, squattons divans et canapés pour mater la petite lucarne ! Et gageons que 2018 s’affiche aussi comme un bon cru érotique, envers et contre Jupiter… Yonnel Liégeois

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Guillaume Meurice, comique d’investigation

Sur France Inter, Guillaume Meurice est l’un des boute-en-train de l’émission Par Jupiter !. L’humoriste épingle chaque jour politiques et grands patrons en les poussant sans coup férir dans leurs contradictions.

 

Cyrielle Blaire – Dans l’émission « Par Jupiter ! », au côté d’Alex Vizorek et de Charline Vanhhoenacker, vous pratiquez le « comique d’investigation ». Pouvez-vous nous expliquer ce concept ?

Guillaume Meurice – C’est une invention de Charline (il rit, ndlr) ! J’assume complètement le terme de « comique », je ne suis pas journaliste, juste un guignol qui donne son avis. Une sorte de Christophe Barbier avec des blagues ! J’aime bien démonter les idées préconçues, les failles de raisonnement et les contradictions. En tant que mammifère, on apprend par imitation, on a tendance à répéter ce qu’on a entendu. On nous apprend très peu à travailler notre esprit critique, à questionner les « vérités ». C’est intéressant d’ailleurs de décrypter le phrasé des « macronistes ». Ils disent, « on est des pragmatiques ». Comme si eux-seuls s’intéressaient à la réalité. D’un revers de la main, cela balaie tous les autres, comme si ceux-là relevaient de l’utopie, de l’irréalisme. Quand tu manges tes coquillettes devant la télé, ça te paraît anodin, mais c’est puissant comme élément de langage.

 

C.B. – Lors de vos chroniques, vous maniez l’humour face à vos interlocuteurs, en particulier les politiques. Cela vous permet-il de révéler leurs contradictions ?

G.M. – En fait, c’est même l’inverse. C’est quand on pointe les contradictions que ça rend le truc drôle parce que ça devient absurde. Face à mes interlocuteurs, j’essaie toujours de voir où est le cynisme et où est la bêtise. Par exemple, chez les nouveaux députés de La République en marche !, il y a énormément d’ignorance. Ils ne connaissent pas la réalité de la France. Ça me rassure un peu, parce qu’avant ils avaient conscience des choses mais ils s’en foutaient. Là, j’ai l’impression que ce sont des gens qui pioncent vraiment. Bon, il y a un peu d’espoir !

 

C..B. – Pour vous, l’ère Macron est une source intarissable d’inspiration ?

G.M. – On avait l’habitude des Sarkosy, des Fillon… On a découvert un nouveau monde avec sa « novlangue », les anglicismes et les trucs qui ne veulent rien dire. Toutes les phrases de Macron ont l’air d’être sorties d’un cabinet de communication. « Quand vous avez des drames et des blessures, pensez à la nation française ». C’est vertigineux de vide !

 

C.B. – Macron vous a-t-il un peu ému, lorsqu’il a promis qu’à la fin de l’année 2017 plus personne ne dormirait dans la rue, dans les bois ?

G.M. – J’y ai cru à fond (il rigole, ndlr) ! C’est fou. Le mec défend l’économie de marché, il sait très bien que sa promesse est intenable avec la politique qu’il mène. Il dit des choses et fait l’inverse, c’est la technique « good cop, bad cop »*. Le bad cop, c’est Gérard Collomb qui fait savater les migrants à coups de CRS. C’est dégueulasse.

C.B. – Vous vous félicitez du mouvement qui s’est créé avec le hashtag « Metoo » ?

G.M. – Ça va dans le bon sens. Moi, ça fait longtemps que je dis que je suis féministe.C’est comme être antiraciste. Le pire, c’est de dire « je suis féministe, mais… ». La tribune qui réclame le droit d’être importunée, vu les signataires, ça ne m’a pas étonné. Catherine Deneuve n’a jamais pris le métro de sa vie. On attend avec impatience qu’elle se prenne de grosses mains au cul dans le RER. Ce sont des gens qui ont peur que le monde change en « mieux ». Mais on ne les entend pas trop gueuler quand le monde est bien dégueulasse. Là, ils s’en accommodent. Comme La Manif pour tous qui a eu peur que des pluies de grenouilles s’abattent sur la France. Mais les gouvernants n’ont aucun intérêt à rassurer la population. C’est plus facile de diriger les gens quand ils ont peur. En les montant les uns contre les autres, de préférence contre les plus démunis. Propos recueillis Par Cyrielle Blaire

*Bon flic, mauvais flic

 

Repères

« Le moment Meurice » est à écouter du lundi au vendredi, à partir de 17h30 dans l’émission « Par Jupiter ! ». Le trio de « Si tu écoutes, j’annule tout » (Charline Vanhoenacker, Alex Vizorek et Guillaume Meurice) a repris du service pour proposer un traitement de l’actualité toujours aussi décapant. Avec son spectacle « Que demande le peuple ? », Guillaume Meurice poursuit une longue tournée jusqu’en novembre 2018, les 7-8-9/06 au Trianon à Paris. En compagnie de « Xavier, cadre dynamique, décomplexé et ambitieux, conseiller spécial d’Emmanuel Macron… ».

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Desproges, trente ans déjà !

Le 18 avril 1988, il y a trente ans, disparaissait Pierre Desproges. Un humoriste de grand talent qui sévissait avec bonheur, tant à la radio qu’à la télévision ou sur scène. En cette date anniversaire, s’impose une rafraîchissante plongée dans l’univers du rire et de la dérision que le chroniqueur de la « haine ordinaire » distillait en irrévérencieux libelles.

 

– Plus cancéreux que moi, tumeur !

– S’il n’y avait pas la science, malheureux cloportes suintants d’ingratitude aveugle et d’ignorance crasse, s’il n’y avait pas la Science, combien d’entre nous pourraient profiter de leur cancer pendant plus de cinq ans ?

 

– La naïveté grotesque des enfants fait peine à voir, surtout si on veut bien la comparer à la maturité sereine qui caractérise les adultes. Par exemple, l’enfant croit au Père Noël. L’adulte, non. L’adulte ne croit pas au Père Noël. Il vote.

 

– Pourquoi l’idée que mes enfants souffrent m’est-elle si complètement insupportable, alors que je dors, dîne et baise en paix quand ceux des autres s’écrasent en autocar, se cloquent au napalm ou crèvent de faim sur le sein flapi d’une négresse efflanquée ?

 

– Plus je connais les hommes, plus j’aime mon chien. Plus je connais les femmes, moins j’aime ma chienne.

– Les femmes n’ont jamais eu envie de porter un fusil, pour moi c’est quand même un signe d’élégance morale.

 

– Si c’est les meilleurs qui partent les premiers, que penser des éjaculateurs précoces ?

– Qu’est-ce que le premier janvier, sinon le jour honni entre tous où des brassées d’imbéciles joviaux se jettent sur leur téléphone pour vous rappeler l’inexorable progression de votre compte à rebours avant le départ vers le Père Lachaise…

 

– Si les ministères concernés m’avaient fait l’honneur de solliciter mon avis, quant aux paroles de la Marseillaise, j’eusse depuis longtemps déploré que les soldats y mugissassent et préconisé vivement que les objecteurs y roucoulassent, que les bergères y fredonnassent et que les troubadours s’y complussent.

– Il ne faut pas désespérer des imbéciles. Avec un peu d’entraînement, on peut arriver à en faire des militaires.

 

– On ne m’ôtera pas de l’idée que, pendant la dernière guerre mondiale, de nombreux juifs ont eu une attitude carrément hostile à l’égard du régime nazi.

– Il faut toujours faire un choix, comme disait Himmler en quittant Auschwitz pour aller visiter la Hollande, on ne peut pas être à la fois au four et au moulin.

 

– Aujourd’hui encore, quand on fait l’inventaire des ustensiles de cuisine que les balaises du Jésus’Fan Club n’hésitaient pas à enfoncer sous les ongles des hérétiques, ce n’est pas sans une légitime appréhension qu’on va chez sa manucure.

– Si on ne parlait que de ce qu’on a vu, est-ce que les curés parleraient de Dieu ? Est-ce que le pape parlerait du stérilet de ma belle-sœur ? Est-ce que Giscard parlerait des pauvres ? Est-ce que les communistes parleraient de liberté ? Est-ce que je parlerai des communistes ?

 

– Attention, un suspect pour un flic ce n’est pas forcément un arabe ou un jeune. Là, par exemple, c’était un nègre.

– Les étrangers basanés font rien qu’à nous empêcher de dormir en vidant bruyamment nos poubelles dès l’aube alors que, tous les médecins vous le diront, le Blanc a besoin de sommeil.

 

– La culture, c’est comme l’amour. Il faut y aller par petits coups au début pour bien en jouir plus tard.

 

 

Tout Desproges

Rire et se moquer de tout, mais pas avec n’importe qui… Telle était la devise de Pierre Desproges à (re)découvrir dans le Tout Desproges, enrichi d’un DVD de ses « interviews bidon » et de textes lus par quelques grands comédiens. Profondément antimilitariste depuis son service militaire au temps de la guerre d’Algérie, l’humoriste irrévérencieux fit ses classes dans les colonnes de L’Aurore, un journal réactionnaire où il tenait une rubrique abracadabrante. Son esprit de dérision explosa dans les années 80 au micro de France Inter, à l’heure de l’inénarrable « Tribunal des flagrants délires » en compagnie de deux autres trublions de service, Claude Villers et Luis Régo.

Pour les accros de Monsieur Cyclopède, l’incontournable est disponible aux éditions du Courroux. Desproges par Desproges : 1kg900 d’humour et d’intimité, 340 pages grand format, 80% d’inédits, 600 documents (photos, manuscrits, dessins et… lettres d’amour à Hélène, son épouse !) rassemblés par Perrine, la fille cadette. Un bel ouvrage qui révèle l’homme sous toutes ses facettes, de « l’écriveur » amoureux de la langue à « l’intranquille » hanté par la mort. « À ma sœur et moi, Desproges nous a transmis le pas de côté pour regarder l’existence », confesse Perrine. « Mon père admirait Brassens. L’un des points communs qu’il a avec lui, c’est vraiment la liberté de dire ce qu’il pensait ». Teinté d’inquiétude rentrée et d’une profonde humanité pour les gens de peu, Pierre Desproges maniait l’humour avec intelligence et érudition. Un homme de plume qui se risqua même sur scène avec un égal succès.

Le mercredi 18/04, de 20h à 22h, France Inter propose une soirée spéciale « Génération Desproges : Commémorons n’importe quoi » ! En public et en direct, présentée par Antoine de Caunes et animée par la bande de Jupiter (Guillaume Meurice, Charline Vanhoenacker et Alex Vizorek) qui réincarnera Le tribunal des flagrants délires, l’émission culte diffusée sur la chaîne de 1980 à 1983. Une invitation qui ne coûte pas cher mais peut rapporter gros : éteignez la télé, allumez la TSF !   Yonnel Liégeois

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